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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 21:33

Si le régime Syrien est réellement responsable d’un bombardement au gaz sarin ayant fait plusieurs centaines de morts, une réaction « de force » serait légitime, nécessaire et même indispensable ; s’il elle a lieu dans le cadre de l’ONU. Dans tout autre cas, les conséquences en seraient catastrophiques. L’enjeu dépasse en effet largement le sort de la Syrie et même l’équilibre régional. L’enjeu serait plutôt quelle paix mondiale au XXIème siècle et quelle organisation pour la promouvoir ?

http://img.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L296xH219/Observateur_ONU-3-aae29.jpg

L’ONU, en tant qu’organisation garante du droit internationale est aujourd’hui décrédibilisée, vacillante.

  • Elle a échouée à résoudre les différents entre états par la diplomatie et la paix dès lors que l’intérêt d’un des membres du Conseil de Sécurité est en jeu, par exemple dans le conflit Israélo-palestinien.
  • Elle a échouée à protéger les populations contre les exactions de leur propres gouvernements ; en Syrie bien sûr, mais également au Darfour par exemple.
  • Les interventions internationales sans son mandat se multiplie, Kosovo, Irak et d’une certaine manière la Lybie ou le Mali où elle n’a servie que de faire valoir.
  • Si aujourd’hui, l’ONU échoue à faire respecter des principes aussi fondamentaux que le droit de la guerre, l’interdiction d’user d’une armes bannies par les traités internationaux depuis presque cent ans, il est à se demander à quoi l’ONU peut encore servir.

 

En ce sens, si la preuve est apporté que le régime syrien a bien volontairement utilisé des gaz de combat dans un quartier populaire de sa propre capitale, l’ONU ne pourrait rester sans réagir, sous peine de perdre le peu de crédibilité qui lui reste.

Ce serait envoyé un signal à tous les régimes autoritaires de la planète, qu’ils peuvent user sans restriction de tous les moyens de répressions à leur disposition contre leurs populations sans crainte de représailles dès lors qu’ils ont un parrain complaisant, Chine ou Russie en tête.

Encore faut-il que la preuve en soit apportée. Elle ne peut l’être par les services secrets de l’une ou l’autre des parties. Le précédent Irakien est dans toutes les têtes, décrédibilisant pour toujours la CIA et par contrecoup la DGSE. Peut-on apporter plus de crédits aux preuves du FSB (l’ex KGB, le renseignement Russe) impliquant les rebelles ? Ils sont tout autant adeptes des coups-tordus et des manipulations, ils sont tout autant juges et partis.

La preuve ne peut en être apportée que par la mission des experts de l’ONU, seuls garants d’une certaine impartialité ; du moins peut-on l’espérer.

De plus, une intervention unilatérale des USA et de leurs alliés, sans mandat de l’ONU serait tout aussi catastrophique. Que les USA s’érigent seuls en « gendarmes du monde » pour « punir » ceux qui violent le droit international est tout simplement inacceptable.

D’une part, parce qu’ils n’en ont pas la légitimité. Du soutien à Saddam Hussein lorsqu’il gazait l’armée iranienne il y’a à peine 25 ans au coup-monté pour justifier la guerre d’Irak il y’a 10 ans, les USA sont loin d’être des modèles en la matière.

Ensuite, parce que nul n’ignore que les USA suivent d’abords leurs intérêts. Les coups d’états et la répression dans le sang ne les effraient pas s’ils servent leurs objectifs, on l’a vu au Honduras en 2008, en Egypte ces dernières semaines. Combien de dictateurs furent soutenus par les USA dans l’histoire ? Bien trop.

Egalement parce que, notamment par leur soutien à Israël, les USA sont perçus par beaucoup comme les ennemis du monde musulman. Tout ce qu’ils feront dans ce secteur du monde sera toujours vu comme une atteinte à cette religion.

Enfin et surtout parce qu’une nation, fut-elle la plus puissante militairement, ne peut et ne doit jamais s’arroger la possibilité de dire le droit international. Le droit international n’est légitime que s’il est la voix de la majorité des nations, et non pas la volonté d’une superpuissance.

http://img.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L291xH169/Chassaigne2-2-8287c.jpgLe « Non » anglais à l’intervention militaire doit également servir à faire évoluer les consciences. Aujourd’hui, la majorité de la population française exprime des doutes quant à une intervention armée française, surtout si elle devait être sans mandat de l’ONU ni preuve impartiale de la responsabilité du régime.

La constitution de la Vème République, issue du Gaullisme doit s’adapter et évoluer. Le président de la République ne peut pas entraîner la France dans une aventure militaire étrangère, aux conséquences imprévisibles sans l’aval ni de l’ONU, ni de la représentation nationale.

A l’issu du débat, l’Assemblée Nationale doit voter !

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 13:25

http://transports.blog.lemonde.fr/files/2013/07/Br%C3%A9tigny-image-Conducteur-SNCF1.jpgCheminot, plus particulièrement cadre dans la maintenance de l’Infrastructure ; mais aussi syndiqué à la CGT, je me sens particulièrement interpellé par le drame de Brétigny. Est-il dû à la dégradation du réseau de lignes classiques, où est-ce simplement la faute à « pas de chance » ?

La dégradation du réseau.

La dégradation de la maintenance du réseau de lignes classiques depuis de nombreuses décennies est un fait indéniable. Dénoncé depuis longtemps par les syndicats, elle a été également confirmée par les audits externes commandités ces dernières années par la direction de l’entreprise.

Cette dégradation a pour origine le sous-investissement chronique dont sont victimes ces lignes depuis de nombreuses années, RFF n’ayant pas les capacités financières d’y investir massivement. De même, dans sa recherche de productivité, la SNCF a réorganisé à de multiples reprises la maintenance de l’Infrastructure : fusions d’établissement, agrandissement des parcours d'astreinte, réduction des effectifs qui n’ont pas été sans conséquences.

Néanmoins, notamment en Ile-de-France, ont peu constater une augmentation réelle des financements pour régénérer le réseau, ainsi qu’une hausse des embauches depuis environs 2 ans. Néanmoins, on ne rattrape pas 30 ans de sous-investissement et de sous-recrutement en quelques années.

Un réseau globalement sûr ?

La question m’aurait été posée avant l’accident de Brétigny, je vous aurais répondu que cette dégradation affecte très certainement la régularité des trains, mais pas leur sécurité et que le réseau SNCF est globalement sûr. Je le pense toujours.

Même avec la meilleure maintenance du monde, une panne peut toujours arriver, par négligence, erreur humaine, malchance… Si la sécurité des trains ne reposait que sur le principe d’une maintenance efficace, le réseau ferré serait extrêmement dangereux. Mais heureusement, la sécurité repose sur un système censé être robuste aux pannes. En clair, une panne sur le réseau SNCF est censée déclencher l’arrêt des trains, ce qui va certes causer des retards, mais ne devrait mettre en danger personne.

Pour prendre l’exemple des éclisses rattachant les rails, come celle mise en cause dans le drame de Bretigny. Elles sont fixées par 4 ou 6 boulons, ce qui permet de penser qu’elles ont relativement peu de chance de se détacher entre deux tournées de maintenance si elles sont correctement espacées. Néanmoins, chacun a pu constater que cela peut arriver. Dans 99 % des cas, une telle rupture de l’éclisse ne devrait cependant pas entraîner de catastrophe ferroviaire. En effet,

D’une part, le réseau ferré est capable de détecter le « rail cassé ». La rupture d’une éclisse entraîne automatiquement la fermeture des signaux en amont du rail, interdisant de fait à tout train de rouler dessus.

D’autre part, un simple « rail cassé », ou une éclisse détachée ne cause pas de déraillement. Elle cause des dommages matériels, elle impose l’arrêt des trains et d’importants retards, mais pas de blessés et encore moins de mort.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini, mais dans l’immense majorité des cas, la dégradation du réseau a pour conséquence des trains en retard, des dommages matériels, mais pas de problèmes de sécurité, de blessés ou de morts parmi les voyageurs.

Le cas de Brétigny

http://www.laprovence.com/media/imagecache/article_detail/hermes/2013-07/2013-07-16/20130716_1_6_1_1_0_obj4278105_1.jpgPourtant, il y’a eu une catastrophe ferroviaire à Bretigny, qu’il ne s’agit pas de minorer.

Si l’éclisse de Brétigny s’était seulement déboulonnée, il n’y aurait pas eu de drame ferroviaire. Au passage, le train aurait percuté l’éclisse, l’aurait envoyé volé dans le ballast et c’est tout. Les passagers auraient été un peu secoués, le trafic ralentit pendant quelques heures, les essieux auraient mérités une bonne révision et on en serait resté là.

Mais, hélas, l’éclisse ne s’est pas détachée. Elle a pivotée sur elle-même, ce qui là encore n’aurait pas été catastrophique… pour venir se planter dans le cœur de traversé voisin. Fiché dans le cœur, l’aiguille a résistée au choc quand le train est passé et a éjectée les essieux, provoquant le déraillement.

Si l’éclisse avait été située 50cm plus loin du cœur de l’aiguille, la même cause n’aurait pas été un accident majeur de l’histoire de la SNCF, mais un petit incident parmi d’autres. Ce n’est sans doute pas la « faute à pas de chance », mais peut-être pas non plus la faute à un manque d’entretien età un délaissement de la igne. Peut-être une faiblesse de conception de ce type d’aiguillage que personne n’avait jusqu’à aujourd’hui pu anticiper ?

 

Je ne veux pas préjugé de ce que diront les experts SNCF. Mais, si je souhaite que chacun prenne conscience de la dégradation du réseau ferré national, je pense qu’il faut également savoir raison garder concernant le drame de Brétigny et le niveau général de sécurité du réseau ferré français.

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 22:59

Une réforme ferroviaire de très grande ampleur est en préparation. Après les assises du ferroviaire au 2ème semestre 2012, le rapport Bianco paru en avril 2013 a fait un certain nombre de recommandations, pour une loi qui serait votée au 2ème semestre 2013 et une mise en œuvre effective au 1er janvier 2015.

Opposés aux principes énoncés par le rapport Bianco comme avant lui par les assises du ferroviaires, les cheminots ont répondu nombreux à l’appel à la grève unitaire de l’ensemble des syndicats de la SNCF ( 9% de grévistes selon la CGT, 33% selon la direction de la SNCF).

Retour sur les raisons d’un conflit social qui ne fait que commencer :

 

Le démantèlement programmé de la SNCF.


Les ratés de la réforme de 1997.

SNCFRFFF.jpgDepuis la réforme de 1997, les voies ferrées et la dette attenante (coût de la création des LGVs principalement) sont la propriété de RFF.

Mais les personnels concernés n’ont pas été transférés et sont toujours à la SNCF, au sein de la Branche Infrastructure (maintenance du réseau) et de la Direction de la Circulation Ferroviaire (exploitation du réseau).

RFF délègue à la SNCF, moyennant une convention révisée chaque année, la maintenance du réseau à la SNCF.

Les nombreux ratés de cette situation, où deux établissements publics ont pour client / fournisseur quasi exclusif un autre établissement public, et où chacun est prié par le même actionnaire de faire des bénéfices - sur le dos de l’autre par conséquent - ont été pointés tant par les syndicats que par l’Etat ou que par les directions des deux établissements ; notamment à l’occasion des assises du ferroviaire. Le rapport Bianco confirme cette analyse.

La dette a été sortie des comptes de la SNCF, ce qui lui a redonné une réelle marge de manœuvre financière (prêt de 400 millions d’euros de bénéfice en 2012) et de nouvelles capacités d’investissement. A l’inverse, RFF croule sous les dettes, qui s’accroissent de prêt de 2 milliards d’euros par an ; principalement en raison du service de la dette existante et des besoins de nouveaux investissements dû à la création de nouvelles lignes LGVs.

Le système tel qu’il est n’est effectivement reconnu viable par personne, ni l’état, ni la direction, ni les syndicats.

La restructuration prévue par le rapport Bianco.


GIU.jpgLa réforme prévoit de regrouper RFF et les branches de la SNCF qui ont la gestion délégué par RFF de l’infrastructure : la Direction de la Circulation Ferroviaire (exploitation du réseau) et l’Infrastructure (maintenance du réseau) au sein d’un nouvel établissement public appelé pour l’heure GIU pour Gestionnaire de l’Infrastructure Unifié.

Le rapprochement de RFF, la DCF et l’Infra est une bonne chose, souhaité par tous. Mais pour les cheminots, pas au prix d’un éloignement de la Branche Infra et de la DCF du reste de la SNCF.

Le rapport Bianco prévoit en effet la création d’un EPIC « Transporteur » au côté de l’EPIC « GIU » qui reprendrait les autres branches de la SNCF (Proximité, Voyageurs, Géodis-Fret et Gare &Connexion). Au dessus des deux EPIC « filles », il prévoit un EPIC mère qui assurerait la cohésion stratégique, financière et sociale de l’ensemble.

Si le projet n’est aujourd’hui pas défini dans les détails, il suscite plusieurs inquiétudes et interrogation, voir refus catégorique de la part des cheminots et leurs syndicats :

Il faut noter tout d’abord que le nom « SNCF » n’apparaît nulle part dans le projet. La SNCF actuelle serait-elle le « Transporteur » ou l’ « EPIC mère » ? La question n’est certes que symbolique, mais compte tout de même.

La sortie de l’Infra et de la DCF de la SNCF est vécue comme une étape supplémentaire et majeure du morcellement déjà en court au sein de la SNCF. Aujourd’hui, les différentes activités Voyageurs ( TGVs et Intercités), Proximités ( TER et Transilien), Géodis (Fret) sont de plus en plus séparées. Un guichetier Voyageur ne peut plus vendre de billets TER, et on peut simultanément manquer de conducteurs RER et avoir un surplus de conducteurs Teoz. Des trains ne partiront pas, tandis que des conducteurs resteront au foyer… Sortir officiellement deux branches de la SNCF est une étape de plus dans cette direction que les cheminots dénoncent depuis longtemps. A titre d’exemple, dans de petites gares de province, on peut être à la fois guichetier – chef de gare – aiguilleur. Que deviendront-ils si leurs missions appartiennent à deux établissements différents ?

Le devenir des filiales de la SNCF n’est pas évoqué dans la réforme. Il ne s’agit pas d’une question anecdotique. La SNCF possède 657 filiales. Parmi elle, Geodis est une des principales entreprises de logistique en Europe et notamment de transport fret par camion ; Keolis est une des principales entreprises privées de transport voyageur opérant car, bus, métro et tramway. Cela concerne plus de 100 000 salariés du secteur privé, au-delà des seuls cheminots.

La question de la dette n’est pas résolue. Si le rapport Bianco espère des économies dues aux synergies nouvelles du regroupement RFF, DCF, Infra, elles ne suffiront pas à combler les 30 milliards d’euros de dettes de RFF, qui resteront vraisemblablement au nouveau GIU.

Mais surtout, alors que l’ouverture à la concurrence du trafic voyageur doit être total à l’horizon de 2019, la réforme sépare d’un côté ce qui ne peut pas être soumis à la concurrence (l’infrastructure) de ce qui sera totalement soumis à la conséquence (le Transporteur), faisant perdre à l’opérateur historique SNCF toute son expertise et ses compétences particulières d’entreprise intégrant simultanément l’infrastructure et le matériel roulant. La concurrence ne pouvait rêver plus beau cadeau !

La remise en cause des accords d’entreprise

Le rapport Bianco préconise la création d’un cadre social harmonisé à toute la branche ferroviaire (SNCF, Entreprise Ferroviaire privées). Les cheminots garderaient le statut SNCF, mais l’accord concernant le temps de travail, travail de nuit, astreinte etc… serait remis en cause.

Un décret-socle serait proposé par l’état, puis serait négocié entre les partenaires sociaux une convention collective nationale applicable à toutes les entreprises ferroviaires (fret, voyageurs, infrastructures) puis des accords d’entreprise.

On imagine aisément que pour les directions tant de la SNCF que des entreprises privés, cette harmonisation sociale se fasse par le bas, et que si les cheminots risquent d’y perdre beaucoup, les salariés du privés n’y gagneront vraisemblablement pas grand-chose …

Les propositions de la CGT Cheminots.

La CGT Cheminot a développé un contre projet appelé « la voie du service public ».

 

  • Transformation de la dette de RFF en dette publique. Cette dette est issue de la création des LGV, un investissement national qu’il appartient à l’état de financer.
  • Intégration de RFF au sein de la SNCF, avec une séparation comptable des activités pour respecter les normes européennes. C’est peu ou prou le modèle allemand où le gestionnaire du réseau DB Netz est une filiale de la Deutch Bahn. La commission européenne a perdu le procès intenté à l’Allemagne contre ce modèle.
  • L’accord d’entreprise SNCF (le RH 77 en jargon interne) comme socle commun de l’accord de branche des travailleurs du ferroviaire.
  • La création d’établissement multi-activités à l’inverse des séparations actuelles pour mutualiser au maximum les moyens et les savoir faire de la SNCF.
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 14:49

180 000 selon le Front de Gauche, 30 000 selon la Préfecture de Police, la bataille de chiffres concernant la manifestation du 5 mai atteint des sommets rarement égalés. Revenons y calmement.

 

Quelques éléments d’appréciations

Le parcours de la manifestation était Bastille - Rue de Lyon, - Boulevard Daumesnil - Boulevard Diderot - Nation, soit environs 2,250 km.

Le rassemblement était donné à 13h30, Place de la Bastille. La manifestation a démarrée aux alentours de 14h, mais la tête s’est arrêtée pour écouter les différents intervenants à la tribune à l’angle des rues Daumesnil et Rue de Lyon, dont elle n’est réellement partie que vers 15h. La tête de la manifestation est arrivée Place de la Nation entre 16h30 et 17h. A cette heure, il restait encore une foule importante qui n’avait toujours pas démarré de la Bastille. La queue de la manifestation est arrivée place de la Nation vers 18h30-19h.

Comme en attestent les différentes photos, la foule étaient dense, tant à la Place de la Bastille que durant le parcours sur les boulevards.

La foule était cependant un peu moins dense que lors du rassemblement de la Bastille lors des élections présidentielles, mais le parcourt était également un peu plus long (Nation – Bastille en ligne droite par le Faubourg St Antoine). On peut donc imaginer qu’il y’avait sensiblement le même nombre de manifestants, peut-être un peu moins.

 

La méthode de calcul de la police,

Comme le rappelle cet article de Libération, la méthode de calcul de la police est « tout à fait artisanal(e) et ce n’est certainement pas la solution idéale » selon René Bailly, Directeur du Renseignement à la Préfecture de Police de Paris :

Depuis des points d’observation en hauteur, les policiers comptent manuellement les manifestants par groupe de dix, en appuyant sur un compteur. Même si la manifestation est ensuite filmée pour un recomptage tout aussi manuel le lendemain, on imagine que la marge d’erreur est importante.

Cette méthode serait éventuellement envisageable si les manifestants défilaient en rang bien ordonné comme à un défilé militaire. Ce n’est évidemment pas le cas. Dans le cortège, les manifestants sont par groupe plus ou moins compacts. Mais surtout, de nombreux manifestants remontent le long des trottoirs, d’autres ne font que la première moitié de la manifestation, ou que la seconde moitié, voir se contentent de la regarder passer depuis un point fixe. La coulée verte était ainsi bien occupée par des manifestants. Tous ceux-là ne sont pas pris en compte.

Ensuite, ce n’est pas faire injure aux fonctionnaires ayant réalisé le comptage, que de penser que – sur ordre du ministère – leurs supérieurs aient pu remanier quelque peu les chiffres dans un sens plus favorable au gouvernement. A ce titre, on peut s’étonner que la Préfecture de Police ait annoncé ne pas publier de comptage avant la manifestation, avant d’en fournir un à l’issu de celle-ci.

 

La méthode de calcul du Front de Gauche,

Explicité sur le site du Parti de Gauche, le Front de Gauche a basé ses calculs sur la superficie totale de la manifestation à son apogée (ce qui est une donnée à peu prêt objective), et sur une estimation de la densité de la manifestation (ce qui est une donnée plus subjective).

La Bastille fait environs 14 500m2, la Rue de Lyon pour sa partie empruntée par les manifestants 4 500m2, l’Avenue Daumesnil 10 000m2, le boulevard Diderot 15 000 m2, la Place de la Nation 17 000m2. Le Front de Gauche a estimé les manifestants à l’apogée de la manifestation à 4/m2 à Bastille, 3/m2 sur les boulevards et 2/m2 à la Nation.

Ces chiffres me paraissent pour le moins exagérés. Les manifestants se dispersant quasi immédiatement Place de la Nation, celle-ci était très faiblement occupé, à tout moment de la manifestation. Quelques milliers de personnes tout au plus. Compter 2 manifestants/m2 Place de la Nation est disproportionné. De même, s’il y’a sans doute eu 4 manifestants/m2 au début de la manifestation place de la Bastille, ce n’était certainement plus le cas au moment où la tête atteignait Place de la Nation. Idem, on peut peut-être minorer un peu le chiffre de 3 manifestants au m2, atteint en de nombreux points des cortèges, mais qui ne tient guère compte de différents points moins denses.

 

Regardons-y de plus prêt

Sans compter la Place de la Nation, le cortège faisait environs 44 000m2. Si on s’en tient aux chiffres de la préfecture de police de 30 000 manifestants, on tombe sur environs 0.68 manifestants/m2, ce qui aurait été un cortège extrêmement clairsemé. Les photos (voir ci-contre l'arrivée du carré de tête Place de la Nation)  montrent clairement que ce n’est pas le cas, et que les chiffres de la préfecture sont clairement sous-évalués.

Maintenant, en reprenant le mode de calcul du Front de Gauche, mais si on minore un peu les densités estimées par le Front de Gauche, avec une moyenne d’un peu plus de 2 manifestants/m2 sur les boulevards et un peu moins de 3 manifestants/m2 à la Bastille au moment où la tête à atteint la Place de la Nation, on obtiendrait environs 100 000 manifestants.

Ce chiffre me paraît plus proche de la réalité.

Ce chiffre est en lui-même effectivement le signe d'une grande réussite de la manifestation, qui a su mobiliser plus que lors de la précédente manifestation à l'appel du Front de Gauche, à l'automne, contre le Mécanisme Européen de Stabilité. Il témoigne que la contestation de gauche à la politique du gouvernement Hollande grandit.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 16:47

Lors de son interview télé du 16/04, Cahuzac déclarait à propos de F. Hollande : « "J'ignore quel était son degré de connaissance de cette affaire" ». Hélas, l’état exact d’ignorance de F. Hollande ne le dédouane en rien, bien au contraire.

 

Si François Hollande savait, c’est évidemment grave. Qu’un Président de la République tolère qu’un de ses ministres puissent s’adonner à l’évasion fiscale et mentir effrontément à l’Assemblée Nationale dénoterait d’un état de déliquescence morale que je ne peux guère imaginer. Et que F. Hollande ait pu avoir si peu de confiance à la fois en la justice et en la presse qu’il ait pu croire que les mensonges de Cahuzac ne seraient pas dévoilés dénoterait un irrespect des institutions dont il est le garant là encore inimaginable.

 

Mais si François Hollande ne savait pas précisément la fraude fiscale, pouvait-il ignorer l’attirance de Cahuzac pour l’argent, le monde des affaires en général et l’industrie pharmaceutique en particulier. Et pouvait-il ignorer également les amitiés avec de M. Cahuzac des hommes politiques proches de l’extrême droite.

Cahuzac apparaît aujourd’hui comme un homme qui voulait« ‘faire du fric » (pour reprendre les propos de N. Sarkozy pour lui-même) et qui avait des accointances avec l’extrême droite. Sans parler du fait qu’il était un chantre de l’austérité et n’avait « jamais cru en la lutte des classes », même à l’époque où cette notion était en préambule de la charte du parti dont il était soit-disant membre. Bref, Cahuzac aurait été plus à sa place dans le gouvernement Fillon que dans le gouvernement Ayrault.

Si F. Hollande a nommé ministre du budget un homme dont il savait pertinemment que les valeurs le portait à droite, et même très à droite, tout encarté qu’il fut au PS, c’est au moins aussi grave, voir pire que d’avoir nommé un ministre en délicatesse avec la justice.

 

Mais si Hollande ne connaissait rien de la personnalité de M. Cahuzac, son goût pour l’argent, ou ses amitiés, que savait-il de lui pour le nommer ministre ? Il l’aurait nommé ministre, en charge de la mise en œuvre d’une des pierres angulaire de son programme, la réduction des déficits publics sans riens avoir de lui ? Ce serait faire preuve d’une telle incompétence et d’une telle naïveté que ce serait peut être pire que tout.

 

Bref, soit Hollande savait et c’est grave, soit il ne savait pas, et c’est pire.

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 13:25

Quand par les voix de Benoît Hamon[1] ou Michel Sapin[2], le PS dénonce le « populisme » d’un Jean-Luc Mélenchon qui favoriserait le Front National, il trompe les français. Ce ne sont pas les propos de Mélenchon mais les actes de Cahuzac qui provoquent la colère des électeurs et le sentiment du « tous pourris ». Et cette colère s’enracine d’autant mieux qu’elle trouve un terreau fertile dans la très vive déception des électeurs, notamment de gauche, envers une politique gouvernementale qui l’est chaque jour un peu moins.[3]

 

L’appel de Jean-Luc Mélenchon à une grande marche pour la VIème République met cependant en évidence un point de frottement au sein du Front de Gauche : où mettre le curseur entre faire pression sur le gouvernement pour en changer le cap et être dans l’opposition à celui-ci ? Le PG étant à cet égard plus radical que le PCF. Néanmoins, au fil des mois, celui-ci s’est fait entraîné et le curseur s’est progressivement déplacé vers l’opposition « à la politique du gouvernement ». La réaction officielle du PCF au discours de François Hollande du 27 mars était ainsi extrêmement critique[4] ; il n’aurait pas dit autre chose dans une opposition « assumée » pour reprendre les mots d’Olivier Besancenot.[5]

Mais en parlant de « coup de balais », Jean-Luc Mélenchon fait un grand pas dans cette direction, pas que ses camarades communistes ne suivent pas tous avec le même élan. Patrick le Hyarick, député européen PCF et directeur de l’Humanité a publié un vibrant plaidoyer en faveur de la manifestation[6]; Pierre Laurent, secrétaire général du PCF en approuve le principe mais pas les termes employés[7], André Chassaigne, président PCF du groupe FdG à l’Assemblée Nationale déclare attendre de voir quelle forme prendra la manifestation avant de se prononcer[8].

 

Car la formule du « coup de balais », fait appel à une symbolique forte. L’expression « tous pourris » préemptée par Marine Le Pen n’est pas loin. Et nombreux s’en effraient qui se rappellent l’usage qu’en firent les fascistes au XXème siècle en Europe. Mais, ils en oublient l’histoire immédiate des forces émancipatrices de ce début du XXIème siècle, en Amérique Latine et au Maghreb. Car la symbolique à laquelle se réfère Jean-Luc Mélenchon, ce sont les slogans comme « Qu’ils s’en aillent tous » qui ont mis le peuple en marche dans les révolutions du Vénézuela, de la Bolivie, de l’Equateur, ou bien les « Dégage » des révolutions tunisiennes et égyptienne (avant que les islamistes ne les détournent à leur profit).

 

Alors Jean-Luc Mélenchon a raison de prendre ostensiblement ses distances avec une « gauche » qui ne l’est plus. A une faillite idéologique avec la mise en œuvre de solutions politiques libérales s’ajoute la faillite morale de l’affaire Cahuzac. Après l’échec de la droite libérale, l’échec de plus en plus prévisible du social-libéralisme, sans alternative crédible à gauche, voilà ce qui ferait le jeu du Front National.

 

Mais « l’affaire Cahuzac » peut-elle être l’étincelle qui déclenchera la révolution citoyenne que Jean-Luc Mélenchon appelle de ses vœux ? Ce serait sans doute faire trop d’honneur à M. Cahuzac lui-même, quand ni l’ANI, ni l’annonce d’une probable nouvelle réforme des retraites pour ne parler que de l’actualité immédiate ne semblent mobiliser les foules.

 

Si je donne raison sur le fond à Jean-Luc Mélenchon, à trop vouloir théoriser et anticiper un mouvement révolutionnaire qui fut partout ailleurs spontané et imprévisible, sans doute Jean-Luc Mélenchon va-t-il un peu plus vite que la musique. L’histoire le dira.



[1] « Benoit Hamon contre le Front de Gauche ». Le Monde, 08 avril 2013

[2] « Mélenchon « joue dans la même cour que Mme Lepen » selon Michel Sapin ». Le monde, 07 avril 2013

[3] « Le PS n’est plus un parti de gauche ! » Sur ce blog
   « Hollande est-il encore de gauche ? » Libération, le 29 mars 2013.

[6] « Séisme Politique » L’Humanité du 08 avril 2013

[7] « Pierre Laurent ne veut pas du « grand coup de balais » de Jean-Luc Mélenchon » Le Nouvel Obs, 07 avril 2013

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 14:02

Hugo Chavez a souvent été dépeint comme ayant connu une dérive autoritaire, voir même comme un dictateur. Mais ses détracteurs se trouvent être également d’ardents défenseurs de l’idéologie libérale[1], vraisemblablement plus effrayés par son opposition au système capitaliste que par ses prétendues atteintes aux droits de l’homme. Sans être le système parfait – existe-t-il ? – le Venezuela est tout à fait démocratique. En quelques matières pourrions nous peut-être lui donner des leçons (liberté de la presse), mais tout aussi vraisemblablement pourrait-il nous en donner en d’autres (démocratie participative, référendums d’initiatives populaires par exemple)

Le Venezuela, une démocratie vivante

Le Venezuela a connu 15 élections nationales en 13 ans de présidence d’Hugo Chavez, toutes reconnues libres et sincères par la communauté internationale (UE, USA, ONU notamment). Notons tout d’abord que si les « vrais » dictateurs se livrent parfois à des simulacres d’élections, ils évitent de multiplier l’exercice sans raison. Au Venezuela, il y’a eu plus d’une élection par an ! Notons également que l’une d’elle, le référendum constitutionnel de 2007 fut perdu par Hugo Chavez. Là encore, les « vrais » dictateurs évitent en général de perdre un référendum augmentant leurs pouvoirs.[2].

Mais surtout, si le parti d’Hugo Chavez a remporté l’immense majorité des élections nationales, il n’en va pas de même des élections locales. Le Venezuela est un état fédéral, où les états régionaux ont donc des prérogatives non-négligeables. Or aux élections régionales de 2012, l’opposition a remporté 3 des 23 états du Venezuela ; et le candidat malheureux de l’opposition à l’élection présidentielle Henrike Capriles a lui-même conservé son fauteuil de gouverneur de l’Etat du Miranda. Là encore, dans les « vrais » dictatures, le chef de l’opposition est rarement gouverneur régional.

Une démocratie très avancée par certains aspects

L’assemblée constituante

Un thème majeur de la campagne présidentielle de 1998 pour Hugo Chavez fut la convocation d’une assemblée constituante, destinée à jeter les bases de la « Révolution Bolivarienne ».

La nouvelle constitution a ainsi été débattue dans tous le pays, a fait l’objet d’un référendum, très largement approuvé (74%). Elle est bien connue des vénézuéliens, la plupart en possédant un exemplaire.

L’assemblée constituante a ainsi été la base d’une volonté d’inscrire un processus révolutionnaire par les urnes, ce qu’en France, le Front de Gauche appelle « révolution citoyenne ».

La démocratie participative

Le Venezuela est un des pays où la démocratie participative est la plus aboutie. Les « conseils municipaux », assemblées de démocratie participative y disposent non seulement d’un budget autonome, mais surtout de la possibilité de s’opposer aux projets des échelons supérieurs (commune, état régional, gouvernement fédéral par exemple).

La démocratie participative se joue également à échelon extrêmement bas de la population, puisqu’un conseil municipal de démocratie participative concerne 200 familles en zone urbaine, 50 familles en zone rurale, 15 familles en zone indigène.

Les référendums d’initiative populaire

La constitution bolivarienne du Venezuela instaurée par Hugo Chavez prévoit deux référendums d’initiatives populaires :

Le référendum révocatoire : A l’initiative de 20% du corps électoral concerné, un référendum peut être organisé pour révoquer tout élu ou fonctionnaire (maire, administrateur public, gouverneur, député ou même le président de la république) à mi-mandat. A noter que cette procédure a été utilisée par l’opposition et qu’un référendum révocatoire a eu lieu contre Chavez en 2004, remporté par celui-ci avec 54% des voix (sous surveillance internationale et reconnu par l’opposition).

Le référendum abrogatif : A l’initiative d’au moins 10% des électeurs, un référendum peut être organisé pour demander l’abrogation d’une loi.

Si le référendum d’initiative partagé est en cours d’approbation en France, depuis la réforme constitutionnelle de 2008, ses conditions en sont bien plus drastiques qu’au Venezuela.[3]

La liberté de la presse.

Les atteintes du gouvernement Vénézuélien à la liberté de la presse sont régulièrement dénoncées, il convient d’y revenir en détail.

D’abord, précisons que selon Reporter Sans Frontière, le Venezuela se classe 117ème sur 179 pays avec une note de 34.44. Parmi ses « voisins » au classement RSF, on retrouve ainsi Israël (112ème note de 32.97) et le Brésil, (108ème, note de 32.75). A noter que le seul pays classé « rouge » en Amérique Latine par RSF est le grand allié des USA dans la région, la Colombie (129ème, note de 37.48 et encore a-t-il gagné 14 places en 2012. il était auparavant 143ème). Selon RSF, si la situation n’est pas idéale au Venezuela, elle est loin de relever de la dictature, ou alors faudrait-il considérer également Israël, et l’ensemble des pays d’Amérique Latine ayant à peu près le même classement RSF comme des dictatures.

Mais venons-en aux faits. Hugo Chavez est accusé d’abuser des chaînes d’Etat pour sa propagande. Il faut savoir que seulement 10% des chaînes radios et 12% des chaînes TV sont publiques, ce qui laisse une grande liberté de choix aux citoyens. Près de 300 radios et 30 chaînes TVs privées se sont ainsi crées entre 1998 et 2010.

Il est néanmoins exact que le gouvernement d’Hugo Chavez a retiré l’agrément hertzien de la RCTV plus grande chaîne privée nationale en 2007 (la chaîne continue d’émettre sur le câble et le satellite). Il faut cependant dire que la RCTV, comme d’autres médias privés tel son concurrent privé Globovision qui émet toujours a directement participé au coup d’état de 2002. Au-delà de cet événement majeur, la presse d’opposition vénézuélienne a un ton bien plus belliqueux, voir diffamatoire et insultant envers le gouvernement qu’en France. Comment aurait-on réagit en France si sur TF1, PPDA avait appelé au 20h00 l’armée à renverser le gouvernement démocratiquement élu ?

Alors sans doute n’accepterions nous pas en France les batailles judiciaires du gouvernement vénézuélien contre sa presse privée. Mais de même, nous n’accepterions pas en France l’extrême violence de la presse privée vénézuélienne contre le gouvernement, une violence qui n’existe pas, même dans un journal comme l’Humanité quand Nicolas Sarkozy était le président. Quant aux chaînes TVs d’opposition, rappelons qu’elles n’existent tout simplement pas en France. Si la presse d’opposition était aussi virulente en France qu’elle l’est au Venezuela, est-on sûr que les réponses ne seraient pas du même ordre.

Rappelons donc que la France n’est pas parfaite en la matière. Si RSF la classe au 37ème rang mondial, les limogeages de PPDA ou d’Alain Genestar par Nicolas Sarkozy ne sont pas des faits de gloires de la France. On peut aussi parler du procès en diffamation de Cahuzac contre Médiapart, de l’affaire des fadettes du Monde …

Le culte de la personnalité

Le culte de la personnalité.

Hugo Chavez est aussi accusé de tomber dans le culte de la personnalité, la médiatisation à outrance, notamment avec ses discours fleuves à la télévision.

Oui, pour ce que j’ai pu en voir personnellement, je trouve excessif le culte de la personnalité dont font l’objet les différents leaders de la gauche bolivarienne en Amérique du Sud, Chavez au Venezuela, Morales en Bolivie, Correa en Equateur. Oui, on peut y voir le ferment d’une dérive autoritaire, ne serait tout ce que j’ai écris plus haut visant à démontrer le contraire.

Mais quant on voit l’idolâtrie dont peuvent également faire preuve certains concernant Nicolas Sarkozy, dont l’apport à la nation française a été bien moindre qu’Hugo Chavez au Venezuela, on peut se dire que ce travers est international dès lors qu’un homme politique semble sortir du lot.

L’usage des médias.

Sans doute Hugo Chavez a-t-il quelque peu abusé de sa stature de président de la république pour avoir un accès aux médias supérieurs à ses rivaux lors de la pré-campagne présidentielle de 2012. Néanmoins, il faut également dire qu’il a temporairement renoncé à ses fonctions de président au moment de l’ouverture de la campagne officielle, confiant le pouvoir à son vice-président, poste créé pour l’occasion. Durant cette période de campagne officielle, il n’a, de fait, pas abusé de sa stature présidentielle.

En France, Nicolas Sarkozy a également multiplié les voyages présidentiels durant la pré-campagne. Peut-être un peu moins qu’Hugo Chavez, mais il a quant à lui continué durant la campagne officielle. Ses comptes de campagnes sont ainsi sérieusement mis en cause (ils ont été rejetés, mais il a fait appel, ce qui suspend la décision) pour un tel mélange des genres. Pour l’anecdote, le Canard Enchaîné de cette semaine relate qu’alors ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy faisait venir de faux journalistes avec fausses caméras à ses interviews pour donner l’impression que toute la presse s’intéressait à lui et se donner la stature d’un présidentiable.

Si on ne peut pas féliciter Hugo Chavez pour son non-usage des médias en tant que président, on ne peut guère lui jeter la première pierre non plus.

Le putsch de 1992

Le péché originel d’Hugo Chavez, qui démontrerait son penchant autoritaire serait son coup d’état raté de 1992 contre le gouvernement Pérez. Or, c’est tout l’inverse. Le fondement de la légitimité démocratique et de la popularité du « Commandante Chavez » est justement d’avoir tenté de renverser le gouvernement Pérez. Explications :

Le Caracos

En 1989, le Venezuela est dirigé par un président de gauche, membre de l’internationale socialiste (tout comme le PS Français, le PS grec de Papandréou, ou bien la dictature Ben Ali par exemple, soit dit-en passant). Il fait alors face à une crise économique majeure à laquelle le président répond par une politique ultra-libérale, sur les conseils « avisés » du FMI.

Il s’ensuit un fort mouvement de protestation, au départ manifestations étudiantes qui sont rapidement rejoints par une immense partie de la population, les syndicats appelant à la grève générale. Même la police se joint au mouvement de protestation. Le gouvernement décrète alors l’état d’urgence et envoie l’armée rétablir l’ordre.

Celle-ci le fera à balle réelle dans les rues de Caracas. Les chiffres officiels parleront de 300 morts, mais des charniers découverts plus tard feront monter le nombre à environs 3 000 selon l’opposition !

Le putch de 1992

Hugo Chavez et d’autres officiers de l’armée vénézuélienne refusent d’avoir à nouveau à réprimer leur peuple par la force. Trois ans plus tard, ils organiseront un coup d’état, qui échouera. Il est à noter qu’à cette tentative de coup d’état participeront des civils et notamment des étudiants.

Les officiers qui arrêtent Chavez lui avoueront alors comprendre son geste même s’ils se refusent à le suivre. Ils lui permettront néanmoins de parler en direct à la télévision pour appeler ses partisans à se rendre, en uniforme et non-menotté. Hugo Chavez termine en disant « pour l’instant », ce qui forgera sa légende.

En s’engageant à poursuivre son combat, il devient alors une icône populaire.

L’élection de Caldera en 1994 et la grâce en 1996.

Le putchiste Chavez est alors considéré par le peuple vénézuelien comme engagé pour sa liberté, tant est si bien que le rival du président Pérez aux élections de 1994, Caldera fera de la grâce d’Hugo Chavez une promesse de campagne.

Depuis sa prison, Hugo Chavez alimente la vie politique de ses écrits, et sera finalement gracié en 1996. Il fonde aussitôt un parti politique, qui remportera les élections présidentielles 2 ans plus tard.

Voilà comme le « putch » de Chavez est en réalité la base de son engagement révolutionnaire et de sa popularité.

Une opposition peu exemplaire en matière démocratique

Si l’opposition à Hugo Chavez s’est aujourd’hui convertie au jeu démocratique, cela n’a pas toujours été le cas.

En avril 2002, l’opposition organise un coup d’état militaire qui renverse brièvement Hugo Chavez pendant quelques jours. Une immense manifestation populaire, soutenue par une partie de l’armée restée fidèle rétablit Hugo Chavez à son poste. Une partie des médias privés soutiendront directement le coup d’état, notamment la principale chaîne de télévision privée RCTV (interdite de diffusion hertzienne depuis, mais qui continue à émettre sur le câble et le satellite – peine somme toute légère). Les USA reconnaîtront immédiatement le nouveau pouvoir, ce qui fera dire à Hugo Chavez qu’ils l’ont soutenu voir aider matériellement.

A l’hiver 2002, le patronat pétrolier organise un lock-out, bloquant l’approvisionnement en pétrole du Venezuela. Celui-ci est déjoué là encore par l’implication populaire et notamment par les salariés du secteur, qui désobéissent aux ordres de leur hiérarchie et maintiennent en fonctionnement les puits et livrent le gouvernement vénézuélien en pétrole.

En mars 2004, plus d’une centaine de paramilitaires colombiens d’extrême-droite sont arrêtés aux environs de Caracas, avec un arsenal militaire conséquent. Le gouvernement les soupçonne d’une tentative de déstabilisation, venue de Colombie soutenue par les USA, mais aucune preuve ne sera obtenue.

L’opposition vénézuélienne boycottera également les élections législatives suivantes.

L’opposition vénézuélienne joue aujourd’hui le jeu démocratique, mais depuis moins d’une dizaine d’année. Nombre de ces dirigeants actuels ont été impliqués à divers degrés dans la tentative de coup d’état et le lock-out pétrolier de 2002. Le chef actuel de l’opposition, Henrike Capriles a lui-même été accusé d’avoir participé au coup d’état de 2002 avant d’être finalement acquitté.

Le soutien aux dictatures anti-américaines.

Hugo Chavez s’est fait connaître pour son bruyant soutien aux dictatures tel que l’Iran, la Syrie, la Lybie, bref toutes celles s’opposant à l’impérialisme américain, même pour des raisons totalement opposées aux siennes. Quoi de commun entre le socialisme du XXIème siècle revendiqué par Chavez et la dictature iranienne ?

Il n’y a rien à dire pour défendre cette « realpolitik » à la Vénézuelienne ou l’ennemi de mon ennemi (les USA) est mon ami. Elle est indéfendable.

Je dirais seulement que d’autres démocraties pratiquent également la realpolitik vis-à-vis des dictatures favorisant leurs intérêts géostratégiques. La France de Nicolas Sarkozy a ainsi déroulé le tapis rouge à Bachar Al-Assad, Ben-Ali ou Kadhafi avant que le vent ne tourne. La France de François Hollande n’est guère regardante non plus sur l’allié tchadien au Mali, alors que chacun sait que c’est la répression sanglante des mouvements autonomistes qui rend les « soldats du désert » tchadien si bien entraîné à traquer les jihadistes maliens.

Je critique l’une comme l’autre de ces politiques.

Les atteintes aux droits de l’homme

Je n’en ai pas parlé jusqu’ici et pour cause, il n’y en a pas. Il n’y a pas de prisonniers politiques au Venezuela, pas de violations des droits de l’homme par sa police.

Le Venezuela est bien une démocratie

Le Venezuela est une démocratie, sans aucun doute. Certes, elle n’est pas une démocratie « apaisée » et sans conflit social. Comment pourrait-elle l’être alors que la dernière répression du peuple par l’armée date d’il y’a 20 ans, que la dernière tentative de coup d’état date d’il y’a 10 ans,?

Il y’a 10 ans, la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’un quart. Les inégalités sociales se résorbent lentement, mais pas encore totalement. Si, au Venezuela, la « lutte des classes » est bien visible, ce pays est bien une démocratie, aucun doute à ce sujet.



[1] En France, l’hommage à Chavez de M. Lurel, ministre de l’Outre-Mer s’est ainsi vu critiqué par l’UMP et le Medef.

[2] L’exhaustivité m’oblige cependant à préciser qu’un nouveau référendum constitutionnel a eu lieu en 2010, remporté celui-là par Hugo Chavez. On peut critiquer un gouvernement qui fait revoter un résultat électoral qui lui déplait… Mais la remarque s’applique tout autant aux pays européens qui ont revoté quand leurs électeurs ont refusé une plus grande intégration dans l’Europe : Irlande, Pays-Bas, France par exemple. Mais organiser un nouveau référendum comme au Vénézuela est moins critiquable que faire voter un parlement acquis à sa cause comme en France.

[3] La loi française prévoit un référendum d’initiative partagé. Introduit dans la réforme constitutionnelle de 2008 de N. Sarkozy. Le projet de loi organique nécessaire à sa mise en application est en attente de deuxième lecture à l’assemblée nationale. D’initiative « partagé », ce référendum requière 185 députés ou sénateurs sur 925, ce qui de fait en limite l’initiative aux seuls UMP et PS dans la configuration politique française, ainsi que les signatures d’au moins 10% du corps électoral (4 600 000 signatures donc). Néanmoins, le référendum n’a alors lieu que si le parlement n’examine pas le même texte de loi dans les 9 mois. S’il l’examine, le référendum n’a pas lieu. Impossible donc d’organiser dans les faits un référendum contraire à la volonté de l’assemblée nationale.

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 22:36

Le débat parlementaire sur la « refondation de l’école » doit s’ouvrir au printemps. Pourtant, le gouvernement a publié fin janvier le décret modifiant les rythmes scolaires dans l’enseignement primaire, applicable dès la rentrée 2013. Ce document rencontre une vive opposition des syndicats enseignants, de profondes réserves des associations de parents d’élèves, divise profondément les maires et a reçu un avis négatif du Conseil Supérieur de l’Education National. Pour un gouvernement qui se veut le chantre du dialogue social, il peut mieux faire !

Cette réforme a un intérêt tout discutable pour le rythme des enfants et amènera à une augmentation des inégalités scolaires entre les enfants scolarisés dans des communes riches et ceux scolarisés dans des communes pauvres.

Ce n’est pas seulement une annulation de la réforme Darcos de 2008.

Avant la réforme Darcos de 2008, les élèves avaient 27 heures d’enseignement par semaine répartis sur 4 jours ½. Depuis la réforme Darcos, les élèves ont désormais 24 heures d’enseignement par semaine, répartis sur 4 jours. Avec la nouvelle réforme, les élèves auront toujours 24 heures d’enseignement par semaine, mais de nouveau répartis sur 4 jours ½, auquel il faut ajouter 3 heures d’activités périscolaires à la charge des communes. Ce qui n’est bien sûr pas du tout la même chose. Et c’est bien sur ces 3 heures d’activités périscolaires à la charge des communes, pour éviter une réforme coûteuse financièrement à l’état, que se concentrent les critiques.

 

Le rythme de l’enfant

La France a le nombre de jours d’école parmi les plus bas d’Europe (144 jours en France contre 190 au Royaume Unie, 208 en Allemagne) et la seule à avoir une semaine de 4 jours. Avec la réforme, la France passerait à 180 jours d’école par an, se rapprochant des standards européens, si on s’en tient au décompte du nombre de jours.

Il faut en réalité compter en heures d’enseignements. Car si la réforme étale le temps d’apprentissage hebdomadaire sur 4.5 jours, elle ne modifie en rien le nombre d’heures de classe hebdomadaire. Celui-ci est de 24 heures par semaines en France, contre 15 à 20 heures hebdomadaires en Allemagne et 21 à 25 heures (selon l’âge) au Royaume Unie. Si on raisonne en termes d’heures annuelles, la France serait donc à 864 heures/an, l’Allemagne à 570 heures à 760 et l’Angleterre de 876 à 1040 (selon l’âge). La France serait alors plutôt dans la moyenne.

La réforme augmente par contre le temps de présence à l’école de 3 heures hebdomadaires, consacrée à des activités périscolaires, dont la responsabilité repose sur les communes

Un enfant sera-t-il mieux en mesure d’apprendre s’il passe plus de temps à l’école en activité périscolaire mais autant de temps en classe ? Ou dit autrement, les activités périscolaires qui lui seront proposées seront-elles de nature à favoriser son repos et sa concentration en classe ?

On ne peut hélas pas répondre à cette question, puisque la réforme prévoit de confier la gestion de ce temps périscolaire aux communes. Ou plus exactement, il y’aura 36 000 réponses (le nombre de communes en France). Et c’est bien le principal problème de la réforme.

Une municipalisation de l’école primaire.

Les communes ont déjà une certaine responsabilité sur l’école primaire : locaux, matériels, accueil périscolaire, cantine … La réforme va plus loin en leur donnant la responsabilité de 3 heures hebdomadaires supplémentaires (à leur charge, sans compensation financière)[1] et surtout en leur donnant un large pouvoir de décision sur l’organisation de la journée de l’enfant.

Ainsi, ce sont les communes qui proposent au directeur académique le projet d’organisation et notamment les tranches horaires de ces 3 heures supplémentaires (sur la pause de midi ou en fait de journée).

Mais surtout, ce sont les communes qui organisent et financent ces activités, selon leurs moyens.

De nombreuses craintes.

La première crainte que pose cette réforme est évidemment celles des inégalités territoriales. Une commune « riche » sera vraisemblablement en mesure de proposée des activités éducatives intéressante en faisant intervenir ses nombreux intervenants culturels et sportifs : animateurs sportifs, conservatoire, bibliothèque, on peut imaginer beaucoup de choses enrichissante pour les enfants

Mais pour les communes « pauvres » ou tout simplement pour les petites communes de campagne dont les moyens sont à la mesure de la faible taille de leur population et l’importance de leur territoire ?

Les inégalités territoriales, qui sont sans doute le premier facteur d’échec scolaire seront renforcées et non affaiblies par cette réforme.

Il faut également ajouter qu’il est prévu des temps périscolaires de 30mn à 1 heure selon la formule retenue, et sans locaux spécifiques. Ils devront avoir lieu au choix dans les salles de classes où dans la cours. Aussi doué soit-il, un animateur sportif ne peut pas faire de miracles dans une cour de récréation au lieu de son gymnase et tous les équipements sportifs associés. Il en va de même pour des professeurs de musiques, qui seront bien en peine d’amener tous leurs instruments, etc … D’autant que la faible durée de ce temps périscolaire (30 mn à 1 heure par jour) sera sans doute trop faible pour être dans la construction d’une activité élaborée. Et on est également en droit de se demander ce que feront les enseignants n’ayant plus accès à leur salle de classe durant ce temps périscolaire ? En tout cas, pas préparer leurs enseignements, puisqu’ils n’auront pas de lieux pour le faire.

Une autre réforme aurait été possible.

Le gouvernement a voulu proposer une réforme des rythmes scolaires à coût nul (politique d’austérité oblige) du moins pour lui, car elle sera coûteuse pour les communes. Il en résulte qu’il n’a pas touché à deux points essentiels : le nombre d’heures de classe annuel et les vacances.

Sans doute aurait-il dû intégrer ces deux paramètres. Si réellement il fallait revenir à 4.5 journées de classe par semaine, sans doute fallait-il également revenir à 27 heures de classe par semaine également, ce qui était la norme avant la réforme Darcos de 2008. Il aurait alors été de la responsabilité des enseignants de gérer leur temps d’apprentissage, d’étaler la même quantité d’enseignement sur un temps plus long, avec une égalité sur tout le territoire, ce qui aurait été plus favorable aux enfants. Les enseignants sont sans doute les mieux placés pour mettre en place différents temps et rythmes d’activités et d’enseignements pour les enfants, selon leur âge et la réalité de leur classe.

On aurait éventuellement pu se poser la question d’une réduction des vacances d’été, dont la longueur excessive n’est en rien nécessaire au rythme de l’enfant, bien au contraire. Ou même du « zonage » des vacances d’automne, de printemps et d’hivers, de pâques …


[1] La réforme prévoit une compensation financière de 50€ par enfant (95€ en ZEP) … la première année, pour les communes mettant en œuvre la réforme dès 2013. Mais à partir de 2014, il n’y aura plus aucune compensation financière à ce transfert de charges.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 22:52

http://photo.parismatch.com/media/photos2/actu/monde/vehicule-detruit-konna-mali/5318506-1-fre-FR/Vehicule-detruit-Konna-Mali.jpgCe vendredi 10 janvier, alors que la chute de Bamako n’était plus qu’une question de jours, le déclenchement d’une opération militaire française était sans doute la moins mauvaise solution :
·         Bamako aux mains des jihadistes[1] n’aurait très certainement pas favorisé la recherche d’une solution politique au conflit,

La sécurité de 6 000 ressortissants français et plusieurs milliers d’autres européens à Bamako était en danger et il paraissait peu probable de pouvoir tous les évacuer dans les délais impartis (même si l’intervention d’une armée étrangère pour protéger ses ressortissants est du pur « néo-colonialisme » ).

Mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir. L’intervention militaire d’une ex puissance coloniale et occidentale dans un pays musulman n’est pas sans conséquence. L’histoire récente est assez chargée d’échecs en la matière. 

Une longue série d’erreurs pour en arriver là.

Si, ce vendredi 10 janvier au matin, il n’y avait sans doute plus guère d’autres choix que celui d’une intervention militaire directe de la France ; ce n’était pas le cas, six mois ou un an plus tôt. Notre pays a été contraint à la guerre, ce qui n’interdit nullement de faire la longue liste des fautes des différents acteurs de la communauté internationale en général et de la France en particulier qui nous ont mené là.

Le gouvernement malien d’avant le putsch de 2012 était notoirement corrompu, impliqué dans le trafic de drogue et sa démocratie plus que défaillante, même si ça n’a pas toujours été le cas.

L’armée américaine a entraîné certains éléments de l’armée malienne à la « guerre contre le terrorisme ». Ce sont précisément ces officiers – touaregs pour la plupart – qui se sont rebellés lors de l’offensive du MLNA (autonomiste touaregs) et ont entraîné la déroute de l’armée malienne.

Le Mali a été victime d’un putsch militaire au printemps 2012. Si la pression internationale a amené les putschistes à quitter le devant de la scène, aucune date d’élection n’est prévue, les putschistes continuent à œuvrer en coulisse (ils ont ainsi récemment démis le 1er ministre qui ne leur convenait pas). Et tout cela n’émeut guère la communauté internationale en général et la France en particulier. Laurent Fabius, interrogé par les journalistes avait ainsi minimisé le limogeage en décembre du 1er ministre par les « ex » putschistes. « Ce n’est pas un putsch, mais un remplacement de premier ministre par la force ». On apprécie le sens de la litote.

Le principe d’une intervention armée arrêté, on assistait jusqu’au vendredi 10 janvier à une véritable course de lenteur des états de la Cedeao pour sa mise en œuvre. Il aurait fallu presque un an pour la mettre en œuvre.

Malgré tous les moyens d’espionnage déployé, malgré tous les stratèges militaires, personne n’a été en mesure de détecter ou seulement d’imaginer que les jihadistes n’attendraient pas un an en se tournant les pouces que la foudre leur tombe sur la tête mais prendra l’initiative ?

La faute en revient à N. Sarkozy, mais il ne faut pas oublier que sans la guerre en Libye, nous n’en serions pas là. Les rebelles du MLNA étaient d’anciens mercenaires de Kadhafi rentré à la maison. Mais les jihadistes du Mujao et d’AQMI ont combattu aux côtés des rebelles libyens. On nous dit pudiquement qu’ils ont pillés les stocks d’armes de Kadhafi. On oublie de parler des armes parachutées dans le djebel Lybien par la France et dont certaines sont désormais aux mains des jihadistes et serviront maintenant contre les soldats français.

Alors non, il ne faut pas saluer le courage politique de F. Hollande d’avoir déclenché l’opération Serval, mais bien critiquer son incompétence qui nous a amené à la guerre.

Et maintenant, notre Afghanistan à nous ?

http://md0.libe.com/photo/487404/?modified_at=1358852257&ratio_x=03&ratio_y=02&width=476Les conditions d’un bourbier semblent réunies, si on continue dans cette ligne.

Des libérateurs qui deviendront rapidement des occupants.

Les médias nous annoncent que les forces françaises sont acclamées en libérateurs dans les villes reprises au jidhadistes ? Mais pour combien de temps.

En évitant la chute du sud Mali, l’armée française a du même coup sauvé le régime en place à Bamako ; autorité de « transition » qui ne semblent pas pressées de restaurer la démocratie et ex-putschistes encore bien présent.

L’armée française et d’autres armées occidentales envisagent d’armer et d’entrainer l’armée malienne. Mais cette armée est aujourd’hui une armée putschistes. Faut-il renforcer les putschistes au nom de la lutte contre les jihadistes ?

On parle aujourd’hui d’exactions commises par l’armée malienne, exécutions sommaires notamment. Cela n’ira pas en s’arrangeant au fur et à mesure que cette armée reprendra le contrôle du nord mali. Et en protectrice de l’armée malienne, l’armée française ne peut s’exonérer de toutes responsabilités.

Inévitablement, il y’aura des bavures commises par l’armée française. Celle-ci bombarde et envisage de continuer à bombarder plusieurs mois durant les villes du nord-mali. Il y’aura des « dommages collatéraux » dont on a vu en Afghanistan qu’ils ont renforcé autant et plus les talibans que les dommages non collatéraux les ont affaiblis. Déjà, il y’a l’affaire du « masque de mort » qui a fait la une des journaux.

Les villes reprises par l’armée française seront remises à qui ? A priori à l’armée malienne, putschistes faut-il encore le rappeler. Comment réagiront les autonomistes touaregs ? Si le mouvement armé MLNA a été défait par les jihadistes, cela ne veut pas dire que la population touaregs accueilleront avec joie l’armée du sud mali et ceux qui lui ouvre la route.

Le principal renfort africain de l’armée française sera l’armée tchadienne. L’armée d’un dictateur venue restaurer la démocratie en danger face à des fous de Dieu, on rêve.

Tôt ou tard, l’armée française sera vue comme une armée d’occupation. On en a vu les tristes résultats en Afghanistan.

Des buts de guerre des plus flous

http://s.tf1.fr/mmdia/i/40/8/mali-chasseurs-a-l-atterrissage-lors-de-l-operation-francaise-10840408ltyci_1713.jpg?v=1Les buts de guerre annoncés par le président de la république sont des plus flous.

Arrêter l’offensive jihadiste, nous sommes d’accord.

Libérer le nord du pays. Les généraux français espèrent reprendre les principales villes sous un mois. Si une avancée dans le désert paraît envisageable, le nord mali est extrêmement montagneux. Les groupes jihadistes y prospèrent depuis des années, malgré des opérations conjointes des pays limitrophes et le soutien des américains. Le terrain semble le même que l’Afghanistan, avec le succès que l’on sait.

Restaurer la démocratie au Mali. L’idée est belle, mais nul n’en voit le début de la mise en œuvre. Aucune date d’élection n’est prévue. Et si l’armée malienne est renforcée, comment faire pour ne pas renforcer du même coup les putschistes ? Personne ne répond à cette question.

Et nul ne parle non plus de l’importance stratégique pour la France des réserves en matière première des pays limitrophes (uranium au Niger, gaz et pétrole en Algérie). A cet égard, et pour le coup dans le plus pur style néo-colonial, la France vient d’envoyer ses forces spéciales protégés les intérêts privés d’une entreprise française (Mine d’uraniums d’Areva) dans un pays étranger ( le Niger)

La question politique Touareg n’est pas résolue.

Pour en sortir

Maintenant que nous y sommes, il ne s’agit pas de dire que l’armée française doit plier bagage et livrer le pays au jihadistes. Il s’agit de ne pas reproduire les erreurs de l’Afghanistan.

La France ne peut pas espérer vaincre militairement des mouvements de guérillas dans les montagnes du Nord Mali.

La France ne peut pas protéger un gouvernement putschistes, vraisemblablement corrompu par l’argent de la drogue.

L’armée Française doit changer sa stratégie et son orientation :

Elle doit immédiatement cesser de bombarder le nord du pays, il ne doit pas y’avoir de bavures. Bombarder des colonnes de jihadistes dans le désert peut-être, bombarder des zones habitées, très certainement non.

Elle doit cesser d’avancer vers le nord mais bien « tenir une ligne de démarcation », le temps qu’arrive et soit en place la force africaine mieux à même de reconquérir le nord mali, si on en arrive à cette extrémité, que l’ex puissance coloniale.

Le gouvernement français doit faciliter, par des pressions internationales, la restauration de la démocratie au Mali. Et en commençant par ne pas renforcer une armée qui n’aurait pas fait le ménage dans ses rangs et resterait sous l’influence des putschistes.

Le bourbier est annoncé, essayons de l’éviter.

Je choisis de nommer collectivement les groupes AQMI, Mujao et Ansar El Dine et ceux qui gravitent autour de  « jihadiste ». Il s’agit de groupes armés menant principalement non pas des opérations terroristes ( attentats, enlèvement), mais des opérations militaires de conquêtes de territoire, et ce dans un but religieux, imposé leur vision de l’Islam. Le terme « jihadiste » me paraît le mieux convenir. Cf. cet excellent article: « Jihadistes, Islamistes …comment nommer l’ennemi au Mali ? » de Rue 89, le 22/01/13.

« Nouveaux témoignages d’exactions au Mali », sur Le Monde.fr, le 25/01/13.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 16:26

flexisecurite1.jpgL’Accord National Interprofessionnel (ANI) dit « Accords de Wagram » modifiant en profondeur le droit du travail qui vient d’être signé est loin d’être un accord « gagnant-gagnant », et une réussite du dialogue social. Au contraire, on peut le résumer en disant qu’il s’agit d’un coup de force contre le dialogue social, donnant des miettes aux salariés et le jackpot au patronat … sous un gouvernement socialiste !

Un coup de force contre le dialogue social !

Cet accord est un coup de force contre le dialogue social. Il est certes parfaitement légal en janvier 2013, mais il est surtout minoritaire et n’aurait jamais été approuvé après l’entrée en vigueur de l’ensemble des dispositions de la loi de réforme de la représentativité syndicale du 20 août 2008 qui prendront effet au plus tard le 21 août 2013 :

Participaient aux négociations les 5 syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel : CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, n’y participaient pas les 2 syndicats non-représentatifs, l’UNSA et Solidaires (Sud). L’accord a été signé par la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC qui représentent  38.7% des salariés selon les élections prud’homales de 2008. Il a été dénoncé par la CGT et FO qui représentent 49.7% des salariés selon les mêmes élections. Plus encore, si on additionne les voix des syndicats non-représentatifs (UNSA qui soutient l’accord, Solidaires qui le dénonce), on arrive à 45% pour l’accord, 53.6% contre. Il s’agit clairement d’un accord minoritaire.

Mais jusqu’au 21 août 2013, la loi stipule qu’un accord doit être approuvé par un ou plusieurs syndicats représentatifs ayant obtenu au moins 30% des suffrages aux élections professionnelles (38.7% dans notre cas), et ne pas être contesté par des syndicats représentatifs ayant obtenus au moins 50% (49.7% dans notre cas). A 0.3% prêt, et 6 mois prêt, l’accord est valable. Car l’audience de chaque syndicat doit être réévaluée au 1er semestre 2013 et au plus tard le 21 août 2013en tenant compte de l’ensemble des élections professionnelles durant la période 2008 – 2013 et notamment de la mise en place d’élections dans les TPE où la CGT est ressortie renforcée et la CFDT affaiblie. A l’issu de cette mesure d’audience, les syndicats signataires d’un accord devront désormais représenter 50% des salariés et non plus 30%. Dans ces conditions, il est vraisemblable que la CGT et FO auraient été en mesure de bloquer l’accord en refusant d’y apposer leur signature, s’il avait été négocié en août 2013 et non en janvier 2013.

Le gouvernement socialiste a délibérément choisi d’imposer une négociation sociale majeure avant que le poids des syndicats réformistes ne risque d’être considérablement réduit. C’est un choix politique dramatique pour un gouvernement se prétendant « de gauche » et cela doit être dénoncé.

Tout ceci délégitime fortement l’ « accord » signé entre les organisations patronales et certains syndicats minoritaires. Il rend au contraire tout à fait légitime de poursuivre la bataille pour que les parlementaires ne le ratifient pas « tel quel », mais l’amende dans un sens plus favorable aux salariés.

Des miettes pour les salariés

Les contrats courts,

Flexibilite.gifLa principale avancée de l’accord pour les salariés serait la sur-taxation des contrats courts : CDD de moins d’un mois à 3 mois. Cet accord exclu cependant les contrats saisonniers, les contrats « pour une tâche précise et temporaire » et la surtaxation est réduite pour les CDD dit d’ « usage » (comme les sondages, branche professionnelle de la patronne du Medef. On n’est jamais mieux servi que par soi-même). Cela fait déjà quelques trous dans la raquette.

Mais surtout l’intérim est exclu de la surtaxation. L’accord se résume plus à une victoire du patronat de l’intérim qu’à une victoire des salariés. Les salariés basculeront d’un CDD à une mission d’intérim, je ne suis pas sûr que la différence change profondément leur quotidien et sécurise leur parcourt professionnel.

D’autant que le patronat a négocié en compensation une exonération de cotisations patronales pour les jeunes de moins de 26 ans pendant 3 mois, 4 mois dans les entreprises de moins de 50 salariés L’ensemble des deux mesures (surtaxation des cotisations pour les CDD court d’un côté, exonération pour les jeunes de moins de 26 ans de l’autre) devrait coûter 50 millions à l’assurance chômage, autant de charge patronale en moins pour le patronat.

La complémentaire santé

L’accord devrait permettre à 4 millions de salariés d’accéder à une complémentaire santé, ce qui semble un grand progrès social. Sauf que l’entreprise définit seule, sans concertation avec les représentants du personnel, l’organisme chargé de la complémentaire santé. Un immense et nouveau marché s’ouvre donc aux assurances privés, et les salariés n’auront aucune liberté de choix pour adhérer à des mutuelles plutôt qu’à des assurances privées !

Là encore, cette prétendue avancée sociale a un étrange goût de victoire pour le patronat de l’assurance privée.

Le droit de recharge de l’assurance chômage

Les salariés devraient conserver leur reliquat de droit au chômage s’ils reprennent un emploi. Sauf que le détail de la mesure est renvoyé à la future renégociation de la convention Unedic. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».

Le compte personnel de formation.

Le nouveau compte personnel de formation de 20h par an dans la limite de 120 heures est exactement du même montant que le DIF. Ce droit devient transférable d’une entreprise à l’autre, rien ne change en profondeur sur la formation. C’est un gain, certes, mais en aucun cas « historique ».

La mobilité volontaire sécurisée

Les salariés de plus de 2 ans d’ancienneté des entreprises de plus de 300 personnes pourront aller découvrir un emploi dans une autre entreprise tout en ayant l’assurance de pouvoir revenir dans leur emploi actuel, ou du moins un emploi similaire. Voilà une avancée qui pourrait sécuriser la mobilité volontaire des salariés.

Sauf que ce droit est soumis à un avenant au contrat de travail et donc à l’accord de l’employeur. On imagine que le nombre d’employeurs prêt à vous laisser aller voir à la concurrence si l’herbe y est plus verte et à vous accueillir avec le sourire si vous décidez de revenir sera assez peu élevé.

Présence de salariés dans les Conseils d’Administrations des grandes entreprises

Dirrigeants-Stresses.jpgLes salariés auront des représentants avec voix délibératives dans les conseils d’administrations des grandes entreprises. Cela pourrait être une très grande avancée si elle n’était pas sérieusement limitée dans les faits.

D’une part, il ne s’agit que des très grandes entreprises (5000 salariés en France, 10 000 dans le monde), cette avancée ne concernera donc qu’un nombre très réduit d’entreprises (environs 200). D’autre part, le pouvoir de vote y sera purement symbolique car les représentants des salariés y seront extrêmement minoritaires (un ou deux).

Surtout, le représentant des salariés sera soumis à un devoir de confidentialité qui limitera grandement la portée de son action. De plus, en échange, le patronat a négocié une refonte globale de l’information aux Instances Représentatives du Personnel ( CE, CHSCT et autres ) d’ici un an et dont on peut craindre une sérieuse perte de qualité de l’information, non seulement pour les 200 plus grandes entreprises, mais également pour toutes les autres.

Le temps partiel

Les temps partiel passent de 20h par semaine à 24h par semaine minimum. Une avancée qui doit également être tempérée : le calcul des 24h par semaine sera lissé tout au long de l’année selon les périodes de plus ou moins grande activité de l’entreprise ; avec les conséquences de cette annualisation qu’on peut imaginer pour la vie de famille des personnes concernées, dont les horaires dépendront désormais du bon vouloir de l’employeur.

D’autres parts, pour les branches professionnelles employant au moins un tiers de salariés à temps partiels, de futures négociations sont prévues pour fixer par exemple le nombre d’interruption dans la journée (aujourd’hui, une seule interruption est possible. Demain ?) ou le délai de prévenance en cas de modification des horaires notamment. On peut craindre le pire …

De grandes avancées pour le patronat

Création d’un CDI intermitant :

Patron-tableRase.jpgLe CDI est attaqué de multiple manière. La première est celle d’une expérimentation du CDI intermittent (c'est-à-dire que le salarié alternerait des périodes travaillés et des périodes chômées tout en restant dans le cadre d’un CDI) dans 3 secteurs (chocolaterie, article de sport, formation). Mais si l’expérimentation est jugée positive (par le patronat), on l’imagine s’étendre rapidement.

Accords de maintien de l’emploi.

L’accord officialise le chantage à l’emploi. Désormais, en cas d’accord de maintien de l’emploi en échange d’un chômage partiel ou d’une baisse de salaire, les salariés qui refuseront seront licenciés pour motif économique avec cause réelle et sérieuse, sans possibilité de contestation juridique ! Même le gouvernement Fillon n’avait pas osé aller aussi loin dans sa loi de 2004.

Reclassement forcé.

Dans la même veine, un salarié qui refusera un reclassement dans sa société en cas de réorganisation se verra licencié pour motif personnel ! Les limites géographiques à une telle mobilité forcée sont renvoyées à d’autres négociations. On peut s’attendre au pire une fois encore.

Ces deux accords portent un coup de canif très sérieux à l’essence du CDI. Désormais, le salarié perd sa capacité individuelle à refuser une modification substantielle de son contrat de travail ! Et c’est sous la gauche que ça arrive !

Dérogation aux plans sociaux

En cas d’accord majoritaire avec les syndicats de salariés, une entreprise pourra déroger dans un sens moins favorable aux salariés à la réglementation sur les plans sociaux.

Dans la même veine, les délais de mise en œuvre et de contestation des plans sociaux sont fortement réduits ! L’actualité de ces dernières années a pourtant montré que c’était un élément essentiel de la capacité des syndicats à s’opposer à un plan social.

Réduction des délais de contestations.

Le délais de contestation aux prudhommes est réduit de 5 ans à 2 ans, le délais de contestation pour les heures supplémentaires est réduit de 5 ans à 3 ans.

On le voit, c’est un accord fondamentalement défavorable aux salariés, totalement favorable au patronat qui a été signé par les syndicats réformistes et minoritaires, avec le regard bienveillant du gouvernement socialiste. Il peut et doit être contesté par la gauche et ne doit pas être transcrit tel quel dans la loi au Parlement.

PS : Je veux rendre hommage à l'analyse de Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, syndicaliste CGT et membre du Bureau National du PS (nul n'est parfait) dont je me suis largement inspiré.

 

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