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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 22:42

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/5/3/3/9782081251335.jpgLe dernier ouvrage de Jean-Luc Mélenchon, au titre provocateur « Qu’ils s’en aillent tous ! » est en tête des ventes de livres politiques du moment. Dernier ouvrage d’un des possibles candidats du Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012, il m’est paru utile d’en faire partager mon analyse.

 « Que se bastan todos »,  « qu’ils s’en aillent tous » en Français, ce fut le cri des manifestants, des révolutions qui ont amené notamment le Venezuela, la Bolivie ou l’Equateur a renverser leurs élites pour mettre des gouvernements neufs, se réclamant du « socialisme du XXIème siècle ». C’est sous ce patronage que Jean-Luc Mélenchon place son livre. Il pose le thème : il attend, il espère et veut œuvrer en France pour une révolution « citoyenne » du même ordre que celles qui secouent actuellement ces pays d’Amérique Latine.

 Pour Jean-Luc Mélenchon, ce livre n’est « ni un manifeste, ni un programme », mais veut « faire partager un enthousiasme », celui d’appeler à une révolution citoyenne, de brosser à grand traits les caractéristiques d’une société capitaliste à bout de souffle et pourquoi il faut « qu’ils s’en aillent tous » pour laisser la place à une nouvelle société, non marchande et non capitaliste

 Le livre est partagé en 5 grands thèmes, que j’aborderais rapidement :

  • La refondation républicaine
  • L’autre partage des richesses
  • Sortir du traité de Lisbonne
  • La planification écologique
  • Faire une autre paix

 La refondation républicaine

Pour Jean-Luc Mélenchon, mais c’est aussi dans le programme du PG et du PCF, l’urgence est à la fondation d’une VIème République. Il faut convoquer une assemblée constituante chargé de mettre en œuvre un vaste processus populaire d’élaboration de cette constitution.

L’objectif est bien sûr de réformer les institutions, mais aussi de mettre l’intervention citoyenne à tous les niveaux : dans les médias et dans l’entreprises sont les exemples illustrés au fil des pages.

 L’autre partage des richesses

Le chapitre le plus faible du livre à mon avis. Jean-Luc Mélenchon y dénonce l’immense écart de richesse dans notre pays, le rôle des banques dans la crise économique, les salaires indécents des grands patrons du CAC 40. Tout cela est vrai, mais dit parfois d’un ton qui accumule les clichés et frise la caricature.  Jean-Luc Mélenchon y fait néanmoins la proposition d’un salaire maximum à 30 000 et d’un écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise.

Deux points m’ont marqué, Jean-Luc Mélenchon rappelle que des taux d’impositions très élevés ont existé par le passé : en 1941, le président Roosevelt amène un taux de 91% sur la tranche maximum d’impôt sur le revenu aux USA. Il restera à 70% jusque dans les années 80.

Autre point qui m’a marqué : un simple rappel. Membre du G7, la France est la 5ème économie du monde. Si la 5ème économie du monde est un pays ruiné, c’est inquiétant pour l’ensemble de la planète. Ou alors, peut être que notre économie est forte, mais que la question est seulement celle du partage, comme nous le disons depuis bien longtemps.

 Sortir du traité de Lisbonne.

Le titre est sans équivoque. Jean-Luc Mélenchon appelle à sortir du traité de Lisbonne et déclare d’ailleurs renoncer à une partie de son rêve européen : les faits ont démontrés que la construction actuelle de l’Europe ne peut pas amener à un fédéralisme porteur d’avancées sociales pour les peuples européens. Sortir du traîté de Lisbonne, recouvrer la souveraineté populaire est la première étape pour reconstruire une autre Europe.

L’argumentation est étayée des nombreuses critiques contre l’Union Européenne, destruction des services publiques, libéralisation à outrance, alignement sur les USA…

 La planification écologique

 Le thème est abordé à grand trait. Il s’agit de rappeler d’abord qu’il ne s’agit pas tant de « sauver la planète » que de sauver l’écosystème nécessaire à la vie humaine. La lutte pour un environnement sain est un élément central des luttes sociales.

La planification écologique, c’est de soumettre le développement du pays à la réalisation d’objectifs écologiques à long terme. Sortir du nucléaire, mettre en place des droits de douanes conditionnées à la quantité de carbone émise durant le transport ou aux conditions sociales du pays exportateurs sont autant de pistes évoquées.

 Faire une autre paix.

Ce paragraphe traite de quelle politique étrangère porteuse de paix pour la France et l’Europe. Pour Jean-Luc Mélenchon, le risque majeur n’est pas le terrorisme, mais bien la lutte pour les ressources, pétrole, eau… L’idée directrice est de quitter le giron américain, l’OTAN pour regagner une vraie indépendance en matière de politique étrangère.

 Cela passe, et c’est le point polémique, par notamment une alliance commerciale forte avec la Chine. Cela ne veut pas dire qu’il en approuve le régime, mais que face à l’impérialisme américain, il faut se réorienter pour avoir d’autres partenaires économiques, la Chine étant incontournable.

Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon décrit la Chine comme une puissance non impérialiste, n’ayant aucun soldat hors de ses frontières, hors mission de l’ONU. L’assertion me paraît un peu courte sans évoquer au moins le Tibet et Taïwan, deux revendications territoriales chinoises qui ne font pas l’unanimité. D’autres part, il me semble avoir lu dans un article du Monde Diplomatique d’il y’a quelques mois que la Chine cherche a renforcée sa présence navale dans l’ensemble de l’océan indien, notamment en développant des accords militaires pour pouvoir stationner ses navires dans des pays étrangers.

 

Globalement, le livre est intéressant. Il permet de mieux comprendre la « radicalité » du discours de Mélenchon, mais aussi le ton agressif qu’il emploie, qui procède d’une stratégie assumée.

Néanmoins, ce libre m’a laissé sur ma faim. A de multiples reprises, le livre tombe dans le cliché, dans l’idée toute faite, certes de gauche. Il en devient hélas presque caricatural. Mais surtout, ce livre est court, 130 pages 15 écrit en gros caractère. Globalement, dans la profondeur de l’analyse, il est très en dessous des précédents ouvrages de Jean-Luc Mélenchon, notamment « En Quête de Gauche », que je recommande vivement à tous ceux qui se demandent si le PS est encore de gauche.

 

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Published by Laurent MELY - dans Culture
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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 21:58

Jean Luc Mélenchon, entretien avec Michel Soudais, aux éditions Balland. Sept 2007.

 

Dans cet ouvrage, Jean-Luc Mélanchon revient sur la défaite du PS et de la gauche lors des élections présidentielles de 2007. Elections « imperdable… sur une ligne de gauche », mais qu’il était « impossible de gagner » « avec la ligne politique que défendait Ségolène Royal ». Jean-Luc Mélanchon explique pourquoi.

Je ne partage bien évidemment pas toutes les analyses de Jean-Luc Mélanchon, et notamment son éloge du gouvernement Jospin. Mais ce qui fait la force de ce livre, c’est la qualité de l’analyse, la précision du détail et la mise en perspective dans la politique mondiale. Cela en fait un livre riche en enseignements, non seulement pour les sympathisants du PS qui ne se reconnaissent pas en Ségolène Royal, mais surtout pour tous ceux qui partagent des valeurs antilibérales ou anticapitalistes. Pour ceux qui se définissent à gauche du PS, la description par un dirigeant du PS du virage vers le centre de ce parti est incontournable.

 

Dans une première partie de son ouvrage, Jean-Luc Mélanchon explique en quoi selon lui la « social-démocratie » telle que le PS l’a incarné pendant des décennies est à bout de souffle. Il puise ses exemples en France, mais surtout chez les sociaux démocrates étrangers : en Angleterre et en Allemagne notamment, mais aussi dans les pays nordiques dont le modèle est si souvent décrit avec admiration. A chaque fois, sous l’apparence, on voit que le modèle proposé est en faillite : destruction du code du travail en Allemagne par le plan Hartz IV, maquillage des chiffres du chômage en Angleterre ou au Danemark (10% de la population active y est considéré comme invalide et donc exclu du marché du travail) etc…

 

Dans une seconde partie de son ouvrage, la plus instructive à mes yeux, Jean-Luc Mélenchon montre le glissement du PS, et de l’ensemble des partis sociaux-démocrates d’Europe vers une ligne « démocrate » au sens américain du terme. Une politique incarnée par Ségolène Royal, mais théorisée par François Hollande depuis prêt de vingt ans, et mise en œuvre au sein du PS à petite touche depuis que celui-ci en est le premier secrétaire. La description est fine, minutieuse et imparable.

 

L’analyse de la campagne présidentielle elle-même, troisième partie de l’ouvrage, n’en est pas le passage le plus fort à mes yeux. La stratégie et le positionnement politique « au centre » de Ségolène Royal y sont décortiqués avec attention et montrent qu’il s’agissait pour Ségolène Royal d’une volonté assumée de faire glisser le PS vers un positionnement centriste, démocrate à l’américaine et non un « amateurisme » comme cela lui fut parfois reproché.

 

Enfin, le livre se termine par des perspectives pour la gauche. Jean-Luc Mélenchon est, au sein du PS, l’un des plus à gauche, l’un des plus proches de la mouvance antilibérale, et c’est à eux essentiellement que s’adresse ce dernier paragraphe, des sympathisants PCF à ceux de la LCR, en passant par les altermondialistes. Abordant brièvement l’échec d’une candidature unique de la gauche antilibérale, le livre cherche des pistes pour construire cette unité. Il regarde notamment ce qui se fait en Allemagne, avec « Die Linke » parti en pleine progression électorale, mais aussi la réussite de la gauche sud américaine, qui s’est faite sur les décombres des anciens partis sociaux-démocrates J’en retiens deux idées fortes, même si tout le paragraphe est à lire :

Ce qui a fait l’unification, que ce soit au sein de « Die Linke » ou dans les mouvements sociaux sud américain, ce fut l’action et non l’élaboration du programme, quand l’inverse fut fait en France. Enfin encore, ces mouvements ont réussit en respectant les identités de chacun. C’est, je crois, les pistes qu’il nous faut emprunter pour réussir en France : dans l’action, côte à côte, et en respectant l’identité de chaque formation politique, comme ce fut fait avec succès lors du « Non » et referendum et comme ce ne fut pas fait, avec les conséquences que l’on sait, lors des élections présidentielles.

 

Bref, un livre que je recommande chaudement.

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 19:15

Spectacle écrit, mis en scène et joué par Nicolas Lambert.

 

Cette pièce de théâtre raconte le fameux « Procès Elf » qui a eu lieu de mars à juillet 2003 avec un texte tiré des minutes du procès, l’auteur ayant lui-même assisté à la quasi-totalité des audiences.

 

Théâtralement parlant, il s’agit d’une véritable performance d’acteur. Nicolas Lambert est seul sur scène, interprétant tour à tour chacun des protagonistes, le juge, Loïk le Floch-Prigent, PDG d’Elf, Alfred Sirven son bras droit, André Tarallo, le « monsieur Afrique) et divers autres intervenant comme le procureur, l’un des avocats… Nicolas Lambert bondit littéralement d’un personnage à l’autre, incarnant chacun d’entre eux en adoptant instantanément une posture, un ton de voix qui les font vivre sous nos yeux avec une grande intensité et véracité. Le décor sobre concentre l’attention sur le jeu d’acteur : un baril de pétrole au logo d’elf sert de chair au juge, et les portraits officiels du Général De Gaule, de François Mitterrand et de Jaques Chirac rappellent que l’ombre de ces présidents a plané sur tout le procès. Un jeu d’acteur époustouflant.

 

Mais l’intérêt du spectacle, c’est bien sûr le texte ainsi mis en scène : les minutes du procès Elf, les paroles authentiques des principaux accusés. La première partie du spectacle dévoile peu à peu l’incroyable système qui s’était développé au sein de la société Elf, sur ordre des présidents de la république successif : « un ministère de la coopération bis » dira le Floch-Prigent, répétant des mots que lui auraient dit François Mitterand « Elf a été créé pour ça ». On y apprend comment la société Elf finançait – corrompait plutôt – les gouvernements africains, sur ordre et pour le compte de l’Élysée depuis le Général de Gaule. La pierre personnelle de François Mitterand, mis en œuvre par Loïk le Floch-Prigent et Alfred Sirven étant de financer également l’opposition… On y apprend également qu’une part de cet argent revenait en France pour financer les partis politiques français « tous » dira Alfred Sirven sans jamais prononcer de noms. « L’argent d’Elf qui part en afrique et revient en France, c‘est toujours de l’argent d’Elf » renchérira Loïk Le Floch-Prigent. Un système qui fait froid dans le dos.

 

Mais hélas, le procès Elf ne fut pas le procès de ce système, comme le rappel peu à peu la pièce dans sa seconde partie. « Tenons nous en au cadre strict de la saisine de ce tribunal » répétera plusieurs fois le juge. Le cadre de la saisine du tribunal, c’est l’accusation d’enrichissement personnel du successeur de Le Flock Pringent à la tête d’Elf. Personne n’a accusé les dirigeants d’elf d’avoir corrompu des chefs d’états étrangers sur ordre du gouvernement, ils ne furent accusés que de s’être servi au passage. Et à la question « voulez vous que je cite des noms ? » d’hommes politiques français qui ont bénéficié des largesses d’Elf, le tribunal ne répondra pas, tant et si bien que Loïk le Flock Pringent conclura « je conclus que le ministère public ne souhaite pas que je cite de nom ». Hormis celui d’un mort, François Mitterrand, peu de noms d’hommes politiques français seront cités. Le nom d’Omar Bongo, président du Gabon reviendra quant à lui souvent lors de ce procès par contre.

 

Et c’est là que cette pièce est d’une actualité brulante et troublante. Car ce même Omar Bongo fut l’une des premières personnes que Nicolas Sarkozy appela le jour de son élection pour « le féliciter de ses précieux conseils » et fut le premier chef d’état étranger qu’il reçu. On est en droit de se demander quels conseils Omar Bongo, ancien membre des services secrets français, dictateur du Gabon depuis plus de quarante ans et homme d’état corrompu par la société elf, et donc par le gouvernement français, soupçonné d’avoir en retour financé « tous » les partis politiques français, quels précieux conseils cet homme là a bien pu donner à Nicolas Sarkozy. Et donc, si le procès elf ne fut le procès que d’hommes et non le procès d’un système, on est en droit de se demander si ce système perdure encore aujourd’hui, et si oui, comment ?

 

Pour voir les dates du spectacle.

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 18:29
Le silence des communistes, de Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin, publié aux éditions "L'Arche".

Ce livre s'ouvre par une question "Pourquoi les (anciens) communistes italiens sont-ils aujourd'hui silencieux ?" Question posée par Vittorio Foa, ancien syndicaliste et à laquelle tentent de répondre Miriam Mafai et Alfredo Reichlin, tous deux anciens responsables du Parti Communiste Italien.

Mais si la Parti Communiste Italien (PCI) s'est sabordé en 1991 pour devenir le Parti Démocratique de la Gauche (PDS), la réflexion sur le silence du PCI est riche d'enseignement pour l'avenir du PCF.

Miriam Mafai et Alfredo Reichin analysent pourquoi en 1991, le PCI est apparu comme n'étant plus une force capable de transformer la société. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de vouloir résumer une réflexion politique en quelques lignes. Je dirais simplement que les auteurs y cherchent à analyser en quoi la société italienne (mais par extension également la société française) a évolué dans la deuxième moitié du XXème siècle pour rendre inadapté aux problématiques des classes populaires le discours et même les bases de l'idéologie communiste.

Le livre se termine en offrant quelques pistes sur ce que pourrait être un parti anticapitaliste répondant aux aspirations de la société d'aujourd'hui et aux défis du capitalisme "ultra-libéral" actuel.

Un livre à lire pour tous ceux qui réfléchissent au devenir de l'idéal communiste, ou plus largement de l'idéal du socialisme.
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 16:07

Je recommande fortement cette pièce  de Fausto Paravidino, mise en scène par Victor Gauthier-Martin qui se joue au Théâtre National de la Colline (Paris) jusqu’au 06 décembre et qui a pour thème principal les manifestations de Gênes en 2001 contre le sommet du G8.

 

 La mise en scène est d’une grande originalité, mais sert avec succès le propos. L’élément le plus marquant en est sans doute l’usage de la vidéo : des images d’archives des manifestations de Gênes sont diffusées en arrière plan. Mais une caméra capte le jeu des acteurs et l’incruste sur ces images. Le spectateur partage ainsi son regard entre l’acteur sur scène et son image incrustée.

 

 Mais c’est surtout le fond de la pièce qui interpelle. Il n’y a pas, ou peu, de personnages à proprement parler. 5 acteurs content les événements de Gênes, interprétant à l’occasion quelques personnages. Le ton de la pièce va crescendo, commençant par les discours alter mondialiste, puis abordant progressivement le douloureux chapitre des violences de Gênes, les premières charges de la police, la mort du manifestant Carlo Giuliani et enfin le passage à tabac des manifestants logés à l’école Diaz encore et toujours par les forces de l’ordre police. Nul besoin de mettre en scène la violence, raconter l’histoire suffit admirablement bien à rappeler l’horreur de ces journées.

 

 On ressort de ce spectacle emprunt d’un certain malaise. On aurait voulu oublier Gênes, la répression sanglante digne d’une dictature d’Amérique du Sud, qui a eu lieu aux premiers jours du XXIème siècle dans un pays de l’Union Européenne. On aurait voulu pouvoir oublier et se dire que notre démocratie nous met à l’abri de telles exactions, que dans notre démocratie, la police est respectueuse de la justice, et que le citoyen, fut-il contestataire a des droits.

Cette pièce vient nous rappeler qu’à Gênes, en 2001, il n’en a rien été. Il n’en a rien été en Italie, dirigé alors par Silvio Berlusconi. Et en sortant du spectacle, on ne peut plus esquiver la question : est-ce que ça pourrait avoir lieu en France ? Quelle différence entre notre police et la police italienne, quelle différence entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi. Y’a-t-il tant de différences qu’on puisse se sentir rassuré ? Notre démocratie est-elle donc si fragile qu’elle puisse vaciller du jour au lendemain

 

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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 08:00

Le défi des gauches sud-américaines

 

 

            Je recommande fortement la lecture de ce livre, du journaliste Marc Saint-Upéry et publié aux éditions « La Découverte ». Après quatre ans d’enquête se terminant fin 2006, Marc Saint-Upéry analyse en profondeur le « tournant à gauche » de l’Amérique Latine.

 

            En cinq grand chapitres, l’ouvrage analyse le Brésil sous Lula, le Venezuela d’Hugo Chavez, l’Argentine avec Kirchner, la question indigène et le racisme, les relations entre l’Amérique du sud et les Etats-Unis et l’influence grandissante de la chine.      

 

            L’auteur, se définissant comme « de gauche », refuse la partition entre « deux gauches », l’une, révolutionnaire et anticapitaliste représentée par Hugo Chavez, l’autre réformatrice et gestionnaire représentée par Lula. Bien au contraire, il s’attache à replacer chaque politique dans le contexte culturel et historique du pays concerné, à éclairer les liens étroits qui peuvent unir les dirigeants de gauche de l’Amérique latine.

            Il cherche à être aussi objectif que possible, ne cachant pas les difficultés ou les échecs de certaines politiques, mais sachant aussi réfuter nombre de critique de l’opposition, voir même mettre en exergue parfois son rôle contre-productif.

 Pour ne citer qu’un exemple : Dans les missions bolivariennes au Venezuela, des milliers de médecins cubains permettent aux plus pauvres des favelas d’accéder à une santé qui leur était jusqu’à présent inaccessible. Mais ces médecins cubains sont pour la plupart des généralistes dans de petites officines en ville et ne peuvent que renvoyer les cas les plus graves à l’hôpital après les avoir diagnostiqués. Mais il n’y a pratiquement aucune coordination entre l’hôpital publique et les missions bolivariennes, ce qui est parfois la cause de dysfonctionnement aux conséquences dramatiques pour les patients. L’opposition accuse Chavez de délaisser le secteur public au profit de ses amis cubains. Elle a en partie raison, dit l’auteur, l’hôpital public n’étant guère financé à la hauteur des besoins par l’état. Du moins jusqu’au budget 2007 qui semblait y remédier quelque peu. Mais, toujours selon l’auteur, il faut aller plus loin. Au Venezuela, la distinction entre Chaviste et anti-Chaviste prend souvent une allure de lutte de classes et la majorité des médecins se sentent du côté de la bourgeoisie, largement opposée à Chavez. Certes celui-ci court-circuite l’hôpital public, mais c’est en grande partie parce qu’il lui est hostile et mène une politique d’obstruction contre lui. Les débuts du mandat de Chavez ont ainsi été marqué par une grève des médecins demandant à augmenter leurs tarifs, bien au-delà de ce que pouvaient payer les habitants pauvres des favelas. Sa réponse fut l’arrivée de médecins cubains. Rien n’est simple…

 

            Bref, un livre à lire absolument pour ceux qui souhaitent comprendre les évolutions politiques de ce continent.

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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 10:09

En ces temps de campagne électorale où la politique d'immigration fait débat, je recommande vivement le film "Golden Door" d'Emanuele Crialese, auteur notamment de "Respiro" et sortit en salle le 21 mars 2007

Ce film raconte le voyage d'immigrés Siciliens vers "Le Nouveau Monde" au début du XXème siècle. Le nouveau monde, vu comme un paradis sur terre avec ses légumes géants, ses rivières de laits eldorado rêvé pour s'arracher à la misère de la Sicile.

Mais le voyage à bord d'un navire surchargé se révèlera un enfer, des conditions de vies humiliantes, dangereuses même, avant l'arrivée sur la terre rêvée. Mais l'épreuve ne s'arrête pas là, car les attendent les formalités d'admissions sur le continent. Sous prétexte de lutter contre la propagation de maladies contagieuses, les services de l'immigrations soumettent les immigrants à des épreuves plus humiliantes les unes que les autres. Car "la déficiencence mentale est héréditaire, elle est contagieuse en quelque sorte" dira un policier américain.

A l'heure où Nicolas Sarkozy, au nom de l'Identité Nationale, souhaite une immigration choisie, imposer des critères stricts aux migrants, je crois qu'il est bon de se souvenir d'à quelles extrêmités ces politiques ont pu mener dans une autre démocratie occidentale, au siècle dernier et de ce souvenir qu'à une époque, les européens aussi fuyaient la misère vers un autre continent à la richesse fantasmée...

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 17:54

            Je vous recommande vivement ce film « Au nom de la liberté », film sud africain, américain et britannique de Philip Noyce, sorti récemment en salle.

            Dans ce film, Patrick Chamuso, ouvrier noir en Afrique du Sud au temps de l’Apartheid mène une vie paisible,  loin de la lutte que mène l’ANC (African National Congress) de Nelson Mandela contre le pouvoir blanc.  Un attentat est commis par les « terroristes » de l’ANC contre son usine, dont il se retrouve injustement accusé.  Il est arrêté et torturé avant d’être finalement innocenté. Il décide alors de s’engager dans la lutte armée.

             Ce film extrêmement poignant est une histoire vraie retraçant la vie d’un homme qui face à une injustice choisi de se rebeller. Il est courageux en ces temps d’après le 11-septembre de montrer une lutte juste qui eu recours aussi à la voie des armes et au « terrorisme ». Certaines scènes ne peuvent manquer de rappeler d’autres conflits en cours : Assassinats ciblés de dirigeants de l'ANC au Mozambique par les forces spéciales du gouvernement blanc qui rappellent les mêmes assassinats menés par Israël ; tortures et privations par gouvernement qui se prétend "occidental" et démocratique qui ne manquent pas d'en rappeler d'autres à Guantanamo sans que Guantanamo ne soulèvent autant d'indignation. Mais ce film est aussi un formidable message d’espoir, car au bout de toutes les souffrances et les privations, il y’a eu la victoire.

             En quittant la salle, une dernière question demeure posée : fallait-il pardonner et amnistier le pouvoir blanc pour préserver la paix civile et parvenir à la réconciliation ? Pinochet est mort sans avoir été jugé, et j’en garde un goût amer. Pourtant, si les criminels blancs d’Afrique du Sud avaient été jugés et condamnés, ce pays vivrait-il en paix aujourd’hui ?

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 18:46

 En ces temps où le traitement de l’actualité par les médias et notamment par la télévision fait  débat, j’ai une grande envie de vous recommander de (re)lire l’essai de Bourdieu « Sur la Télévision » Edition « Raisons d’agir » 1996.

 

 Il y analyse par les méthodes de l’étude sociologique les mécanismes qui au-delà de tel ou telle individu ou situation rendent la télévision soumise à la censure et au conformisme. L’essai de Bourdieu démontre que la censure et l’uniformité de pensée qui pèse sur la télévision n’est pas le fait d’un ou deux individus isolés et identifiables, mais bien la conséquence logique de l’organisation d’un système.

 

 Je ne vais prétendre pouvoir résumé mieux que Bourdieu l’essence de son ouvrage, mais voici une idée forte de son essai que je souhaite évoquer pour vous inciter à le lire : A la télévision, le temps d’antenne est une denrée rare et limité, et il y manquera toujours le temps nécessaire à une analyse et une explication détaillée. Aussi, pratiquement indépendamment de la nature des intervenants, journalistes, invités politiques, simples anonymes, une « idée reçue » passera toujours mieux qu’une idée nouvelle et dérangeante. Tout simplement parce que « idée reçue » est ce qu’elle est, une idée déjà reçue, connue et acceptée par l’auditeur, qui n’a pas besoin qu’on l’explicite pour l’intégrer. Le temps limité qu’accorde la télévision pour expliciter ses idées ne l’empêche pas d’être reçue par l’auditeur.

 

 Une lecture d’actualité !

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 17:01

            Je vous recommande « La Fourmilière » mise en texte par Guillaume Hasson, mise en scène par Alain Mollo et jouée par la troupe du Théâtre de la Jacquerie. La compagnie y représente le monde du travail dans une vaste fresque en quatre actes allant des années cinquante à nos jours.

 

               On y dépeint le monde ouvrier de l’après-guerre, le travail à la chaîne, mais aussi le fils d’ouvrier qui gravit l’ascenseur social et devient cadre. On y voit le jeune fils rebelle, pris dans la tourmente gauchiste de mai 68. Puis le temps passe et c’est l’arrivée de la grande distribution, l’ère des jeunes cadres dynamiques pour ceux qui réussissent. Pour les autres, on découvre l’intérim, les petits boulots. Et puis la machine du temps continue son envol, les jeunes cadres dynamiques découvrent le stress, la compétition. L ’intérim devient les petits boulots, la précarité, le chômage. Pour les vieux ouvriers, l’usine délocalise et c’est la préretraite, les ménages pour boucler les fins de mois. Le passage entre chaque scène est fluide, le personnage de David, journaliste dans un journal qui était de gauche autrefois, rythme les pièces et donne une cohésion à l’ensemble.

 

             Le ton de la pièce est juste, on évite le pathétique, des moments d’humours allègent la tension. Chacun retrouve des moments de vies vécus et les trouvent exacts. Et pour cause, l’auteur n’a pas écrit la pièce du haut de sa tour d’ivoire. Le texte est le fruit d’un long travail de rencontres et d’interviews qui ont donné lieux à de nombreux spectacles intermédiaires présentés à ceux-là même qui étaient mis en scène. Toutes ressemblance avec des personnes ayant réellement existé n’est pas fortuite hasard prévient l’auteur au début de la pièce.

 

             Théâtralement aussi, la pièce est une réussite. Le metteur en scène donne avec brio son intensité à la pièce grâce à un décor minimaliste. Quelques meubles réarrangés au cours de la pièce, une maîtrise des jeux de lumières et une virtuosité dans le changement de costume et de rôle : en quelques instants on passe de l’atelier de l’usine au bureau d’un cadre de la grande distribution. Pratiquement rien n’a changé sur scène, et pourtant on y est. Il faut voir les acteurs mimer les gestes répétitifs du travail à la chaîne, nul besoin de figurer les machines pour ressentir l’automatisme qui règle leur vie. Un grand moment.

 

             Pour connaître les prochaines dates, je vous invite à aller sur le site du théâtre de la Jacquerie. Il est important de souligner que ce travail de longue haleine a été rendu possible par le statut d’intermittent du spectacle et les subventions publiques. Cela rend d’autant plus actuel le combat des intermittents pour défendre leur statut et leur art.

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