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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 21:42

 

charlie-hebdo-caricatures-mahomet-film-islam.jpgOui, bien sûr, les caricatures de Mahomet produites par Charlie Hebdo au lendemain des émeutes provoquées par le film islamophobe «  l’innocence des musulmans » sont une provocation. Quiconque a déjà ouvert ce journal sait qu’il s’est fait une spécialité de la provocation et de la satyre, notamment concernant les religions, toutes les religions.

Hors du contexte de tensions religieuses créé par le film « l’innocence des musulmans », les caricatures publiées par Charlie Hebdo ne sortent pas de l’ordinaire du journal. Des caricatures de Jésus ou du Pape, on en perd rapidement le compte dans Charlie Hebdo, et elles ne sont pas moins provocantes pour la religion catholique que peuvent l’être les caricatures de Mahomet publiées cette semaine. Quand Charlie Hebdo présente Jésus organisant un « dîner de con » avec les différents courants de pensée catholique, quand Charlie Hebdo montre les fesses de Sarkozy, le journal satyrique n’a pas dépassé les bornes de la caricature. Pourquoi alors montrer les fesses du Prophète Mahomet serait différent ? Au contraire, avec sa célèbre caricature «  c’est dûr d’être aimé par des cons », Charlie Hebdo a amplement démontré qu’il faisait très bien la différence entre la religion musulmane dans son ensemble et les intégristes musulmans dont certains peuvent recourir à la violence, au terrorisme. Mais somme toute, n’est ce pas la caricature de la page de garde qui résume le mieux la situation avec son titre « intouchable 2 » (où un juif est également représenté, soit dit en passant)

charlie-1016Comme de nombreux commentateurs l’ont rappelé à travers la presse, le délit dans la loi française est de viser une communauté dans son ensemble, et non pas de viser une opinion religieuse. En attaquant une figure symbolique, le Prophète Mahomet, Charlie Hebdo n’attaque pas des personnes physiques, mais  une idée religieuse dans la tradition française d’une presse anti-cléricale qui remonte à la fin du XIXème siècle et au débat sur la séparation de l’église et de l’état.  Le délit de blasphème a été aboli par la loi introduisant la liberté de la presse du 29 juillet 1881.

En soit, les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo ne sont pas choquantes. Elles participent du droit fondamental de la presse à caricaturer une idée politique ou religieuse. L’interdire, ce serait rétablir un délit de blasphème totalement opposé à la notion de laïcité. La laïcité, faut-il le rappeler, ce n’est pas seulement de traiter de manière égale toutes les religions, c’est aussi avoir le droit d’être athée, de critiquer les religions, de blasphémer.

Sarkozy.gifLa seule question qui se pose était : était-ce le bon moment ? Etait-il opportun de publier ces caricatures au moment même où une partie du monde musulman est en effervescence suite au film islamophobe «  l’innocence des musulmans », et où les plus intégristes recourent à la violence pour exprimer leur colère. Violence qui a déjà causé de nombreux morts et blessés. Charlie Hebdo est un journal satyrique certes, mais également un journal puisant son contenu dans l’actualité. Pouvait-il ne pas traiter des émeutes autour du film « l’innocence des musulmans » quant tous les autres journaux abordent le thème à longueur de colonne. Et Charlie Hebdo ne traite pas d’un tel sujet sans quelques caricatures pour l’accompagner.

Néanmoins, en terme juridique, on peut se demander s’il n’y a pas là « trouble à l’ordre public », la rédaction de Charlie Hebdo ne pouvant ignorer que ses caricatures risquaient de susciter des réactions violentes, en France et contre les ressortissants français à l’étranger.

Mahommet-Couverture.jpgMais qui « trouble l’ordre public » ? Celui qui publie les caricatures, où celui qui appelle à la violence en réaction ? La réponse que donnera la justice sera déterminante dans le débat sur la liberté d’expression et sur la laïcité. Si Charlie Hebdo venait à être condamné pour trouble à l’ordre public, ce serait extrêmement grave. Ainsi, le recours à la violence pour quiconque se sent offensé dans sa religion, dans ses opinions politiques serait rendu légitime par la puissance publique ? Le blasphème redeviendrait un délit, le recours à la violence contre les blasphémateurs légitimé ? Dans une république laïque, cela ne peut pas se faire.

En mettant ainsi la justice, la police et le gouvernement au pied du mur, dans l’obligation de rappeler par la force de la loi au respect de la laïcité, Charlie Hebdo a eu raison, trois fois raisons.

 

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