Militant PCF, Conseiller municipal de Choisy le Roi, Val de Marne
Ce mardi 20 octobre,
les 3 fédérations syndicales représentatives à la SNCF appellent à une journée de grève (cf. préavis
CGT) concernant notamment la réforme du Fret. Je ne participerais pas à cette action, non que j’en désapprouve le motif,
mais parce que je considère que la manière dont elle est organisée est contre-productive.
Le 16 septembre, la CGT appelait à un rassemblement au Bourget pour dénoncer la réforme du Fret, rassemblement organisé sans appel à la grève pour ce jour là. Au travail ce jour là, je n’ai pas pu m’y rendre ; mon cas ne devait pas être isolé puisque seulement 5000 cheminots (selon les estimations les plus optimistes) ont participé à ce rassemblement. Un nombre certes non-négligeable mais tout à fait insuffisant pour faire fléchir la direction.
Aujourd’hui, les trois organisations représentatives appellent à la grève, mais sans appeler à une manifestation. La seule visibilité de la grève sera donc le nombre de trains ne circulant pas et la frustration des usagers qui s’en suivra. Un cortège devant le siège de la SNCF aurait été un meilleur message.
Un jour, on appelle à une manifestation sans appeler à la grève, le jour suivant, on appelle à la grève sans appeler à manifester. Ce type de « mobilisation » divise les forces, cela épuise et décourage les militants syndicaux dans des mobilisations qu’on sait d’avance infructueuses.
Plus encore, cela ne peut pas conduire à établir un rapport de force favorable vis-à-vis de la direction. Au contraire, la faiblesse prévisible de ces deux mobilisations consécutives constituera bien plutôt une preuve que les syndicats ne sont pas dans la capacité de s’opposer aux réformes voulues par la direction. C’est « tendre le bâton pour se faire battre », c’est mettre les cheminots en difficulté.
Il en va de même de la journée de mobilisation interprofessionnelle du 22 octobre pour la défense de l’industrie. Les syndicats de cheminots ont fait le choix de se mobiliser sur leurs revendications propres deux jours avant la journée interprofessionnelle. Sans appel à la grève, on voit mal qui, à la SNCF comme dans les entreprises du secteur privé, se rendra à la manifestation du 22 octobre. On peut d’ores et déjà dire que ce sera un échec, et en tout les cas rien de comparable avec les grandes manifestations du printemps. Le gouvernement pourra prendre acte du fait que les syndicats sont dans l’incapacité de mobiliser aussi massivement qu’au printemps, qu’il a donc gagné l’épreuve de force et qu’il pourra continuer ses réformes.
En organisant la dispersion du mouvement syndical, en épuisant les militants les plus motivés dans des actions perdues d’avance, les syndicats font le jeu du patronat et du gouvernement. Pourquoi ? C’est un tout autre débat dont je n’ai pas la prétention d’avoir les clés ; le constat à lui seul est suffisamment amer.