Militant PCF, Conseiller municipal de Choisy le Roi, Val de Marne
Lors de son Conseil National (CN) du 24 et 25 octobre, le PCF a rendu public son offre nationale, qui selon les statuts du PCF sera votée par les
adhérents les 19, 20 et 21 novembre, région par région. En effet, les statuts du PCF donnent à chaque région le libre choix de sa stratégie régionale et de l’établissement de ses listes. Il ne
peut donc pas être exclu que des régions fassent le choix d’une stratégie autre que l’offre nationale.
Néanmoins, cette offre sera la base de réflexion des conférences régionales et mérite d’être étudiée de prêt :
Le PCF fait bien sûr un constat très amère et très dur des conséquences de la crise économique et de la politique gouvernementale « politique injuste et égoïste au service de la seule classe dominante, des privilèges de l’argent, et des logiques de rentabilités ».
Le PCF veut croire que « cette politique est maintenant régulièrement et massivement contestée », vision optimiste à mes yeux. Malgré l’indéniable succès de la votation citoyenne pour la défense de La Poste, le souffle des grandes manifestations du 1er trimestre 2009 est retombé. Combien y’avait-il de manifestants le 22 octobre pour la journée nationale de défense de l’Industrie ? « Une attente et une disponibilité nouvelles mûrissent dans le pays ». J’ai peur que le PCF ne pratique la méthode Coué.
Le PCF porte par contre un regard dur sur l’état actuel des forces de gauche « le risque est grand qu’elles se dispersent, se divisent » : « alliances au centre, primaires ouvertes (…) instrumentalisation de la question écologique à des fins de recomposition(…) ». Le PCF rejette ainsi dos à dos les Verts, le PS et le NPA « Le PS parle de rassemblement à gauche mais n’opère pas de clarification forte sur son projet et entretien le flou sur des alliances de second tour avec le Modem. Les Verts parlent eux aussi de rassemblement à gauche mais les listes Europe Ecologie poursuivent la construction de rassemblements hétéroclites aux contours et aux objectifs politiques très ambigus. Le NPA quant à lui persiste à refuser la nécessité de travailler à des majorités de gauche. » Si j’approuve la perception du PCF sur le PS et les Verts, je suis moins en accord concernant le NPA. (Cf. la suite du document et la question de la participation aux exécutifs)
Enfin, le PCF déclare « coupure irrémédiable de la gauche en deux (…) les fausses
pistes ne manquent pas ». Si, notamment à l’occasion des résultats des Européennes, le PCF a déjà exprimé qu’il ne se situait pas dans le camp de la social-démocratie, pour lui des
ponts existent encore entre la gauche anticapitaliste et la gauche social-démocrate. Je ne suis bien évidemment pas en accord avec cette opinion, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire
(Quelle suite à donner au Front de
Gauche ?). Il s’agit aussi d’un point de divergence profond tant avec le NPA ( déclaration du comité exécutif du NPA « pour un rassemblement de
la gauche radicale ») qu’avec le PG (« le PS annonce clairement qu'il n'entend pas aller plus loin que ce que le
MODEM peut accepter. Cette confusion, dorénavant entretenue dans toutes les élections est un adversaire permanent de la mobilisation à gauche.
Dans ce contexte, notre responsabilité est de proposer un autre chemin, » (déclaration du Conseil
National du Parti de Gauche)
Le PCF propose des majorités régionales « résolument ancrées à gauche », pour « faire émerger des choix politiques alternatifs aux logiques capitalistes et aux modèles productivistes » et en définit un « triple enjeu »
Les orientations politiques : « Relais et amplificateurs de la politique de la droite » ou « pôles de résistance à cette politique (…) pôles d’initiatives, de luttes et de propositions ». A cet égard, sans établir de réel programme, le PCF avance quelques pistes en rupture avec les logiques capitaliste « la sélectivité des crédits pour favoriser l’emploi, la formation, la recherche, le respect de l’environnement » ; « de nouveaux pouvoirs donnés aux salariés dans les régions et les entreprises pour décider et contrôler l’utilisation des fonds distribués » « la conquête de nouveaux pouvoirs pour les salariés et leurs organisations, pour les citoyens, dans les entreprises comme dans les territoires ».
L’enjeu démocratique : Il s’agit de s’opposer à la « concentration et la confiscation des pouvoirs » notamment à l’occasion de la réforme des collectivité locale. « La campagne des élections régionales doivent permettre (…) de construire une large riposte, de revendiquer que les assemblées locales et les citoyens soient consultés sur un tel boulversement territorial. »
L’alternative politique à gauche : Le PCF souhaite des majorités « clairement ancrées à gauche ». Tout en nuançant « des bilans contrastés », le PCF assume sa participation aux exécutifs passés qui « ont permis dans un grand nombre de régions de réelles avancées ». Pour le PCF « la gauche mobilisera si elle va au devant des électeurs avec un projet clair et combatif (…) elle ira au contraire à l’échec si elle mise sur des calculs politiciens qui la conduisent à composer avec les idées libérales »
Le PCF « lance un appel à toutes les forces, à toutes les femmes et les hommes de gauche représentatifs des courants politiques progressistes comme du mouvement syndical, social , associatif », large rassemblement qui n’exclue pas à priori les forces de la gauche radicale avec qui le PCF discute au sein du groupe de travail de la gauche radicale : NPA, Fédération, Alternatifs.
Ces listes par contre ouvrent « un autre choix à gauche que celui porté par le PS ou Europe-Ecologie », dans le but de « faire bouger le curseur à gauche ». Cela implique également des fusions « à l’exclusion du Modem ».
J’apporte ici un commentaire personnel « majorité ancré à gauche », « faire bouger le curseur à gauche », des phrases pratiquement identiques ont déjà été entendue… pour justifier la participation à la gauche plurielle. Chacun en fera le bilan, pour moi, plus que les 35 heures, c’est Jospin devant Villevorde « l’Etat ne peut pas tout » et Gayssot (ministre communiste, cheminot de son état) ratifiant à Bruxelles le paquet ferroviaire ouvrant la voie à l’ouverture à la concurrence du ferroviaire français. Autant dire que ce ne sont pas des références positives. Ces phrases justifient à mes yeux certaines réticences du NPA (« Le PCF se situe dans une perspective de reconduction d’une politique d’union de la gauche » déclaration du comité exécutif du NPA « pour un rassemblement de la gauche radicale »)
Le PCF propose « de travailler sans ambiguïté au lendemain du premier tour à la fusion des listes de gauche et écologistes (…) dans le respect de l’influence de chacune de ces listes », proposition identique dans le sens aux termes de « fusions techniques » et « fusions démocratiques » employés respectivement par le NPA et le PG.
Le PCF propose également « si les conditions en sont créées de travailler à leur mise en œuvre, jusque dans les exécutifs régionaux ». Le PCF ouvre la possibilité à une participation conditionnelle du PCF aux exécutifs, conditions qui restent à déterminer. C’est la position du PG, pas tout à fait incompatible avec celle du NPA : Certes, dans une récente déclaration, celui-ci dit : « il faut enregistrer qu’existent deux gauches dotées de programmes contradictoires qui interdisent de gérer ensemble les régions » (déclaration du comité exécutif du NPA « pour un rassemblement de la gauche radicale »). Néanmoins, à l’issu des réunions unitaires de la gauche radicale, à l’initiative du NPA, il a été acté, notamment par le NPA concernant la participation aux exécutifs : « aucune des forces du groupe de travail ne dit « jamais par principe », aucune ne dit « toujours » ». Néanmoins, pour le NPA, les conditions posées sont : soit avoir une majorité régionale, soit le renoncement du PS au social-libéralisme ; conditions impossibles à réaliser qui reviennent pourtant à un « jamais ».
En conclusion
Avec son offre politique « le pire a été évité », le PCF n’a pas fait le choix de l’union de premier tour avec le PS, voir avec les Verts. Il a fait le choix de reconduire le Front de Gauche. Néanmoins, à mes yeux, le PCF reste au milieu du gué, pas tout à fait encore prêt à rompre tous les ponts avec le PS, pas encore tout à fait prêt à s’afficher dans le camp de la gauche anticapitaliste.
C’est ainsi que les termes « majorité ancré à gauche » et « curseur à gauche » qui flirtent avec la social-démocratie font jeu égal avec les termes « politiques alternatifs aux logiques capitalistes ». C’est ainsi que le PCF tape un coup sur le PS, (« Le PS parle de rassemblement à gauche mais n’opère pas de clarification forte sur son projet et entretien le flou sur des alliances de second tour avec le Modem ») un coup sur le NPA (« Le NPA quant à lui persiste à refuser la nécessité de travailler à des majorités de gauche. »)
Quant au NPA, il a commencé à évoluer sur le chemin de l’unité de la gauche radicale (« Il est temps de s’unir dans la durée et dans la clarté ». De se rassembler dans les luttes et dans les élections » (déclaration du comité exécutif du NPA « pour un rassemblement de la gauche radicale »)). D’ailleurs, il faut lui reconnaître être à l’origine du processus de discussion entre les différents partis de ce qu’il appelle la « gauche radicale » : NPA, PCF, PG, mais aussi Fédération, Alternatifs, M’Pep, GU, République & Socialisme… Mais lui aussi reste sur le bord du gué et ne tend la main qu’à moitié, puisqu’il n’a fait que des demi avancées concernant un point essentiel : aller aux élections dans le but de prendre des responsabilités et d’y faire la démonstration de la pertinence de son programme (« il faut enregistrer qu’existent deux gauches dotées de programmes contradictoires qui interdisent de gérer ensemble les régions » (déclaration du comité exécutif du NPA « pour un rassemblement de la gauche radicale »)) qui semble une fin de non-recevoir sauf à réaliser des conditions impossibles : renoncement du PS à son propre projet ou majorité de la gauche radicale en région.
S’agit-il d’une peur légitime de devoir assumer l’innassumable, comme le PCF l’a fait à tord lors de sa participation à la gauche plurielle, ou s’agit-il d’un faux prétexte pour justifier le cavalier seul comme aux européennes ?