Militant PCF, Conseiller municipal de Choisy le Roi, Val de Marne
Adepte de la
méthode Coué, l’Union Européenne veut voir « un pas dans la bonne direction » (cf. article France 24) dans le discours prononcé par Benjamin Netannyahou le
14 juin à l’université de Bar-Ilan ; discours où il a exposé sa vision d’une paix au Proche-Orient.
Pourtant, la lecture attentive du discours (texte intégral, en anglais) montre clairement que la nouvelle orientation du gouvernement israélien ne constitue en aucun cas un progrès. Au contraire, il fait preuve dans son discours d’une vision extrêmement partiale de l’histoire et formule de nombreuses exigences inacceptables pour le peuple palestinien.
(remarque : le lecteur me pardonnera si les citations sont en anglais. Pour plus de précision, je préfère me référer à la version officielle et donc en anglais du discours).
“our connection to the land of Israel, and the Palestinian population living within it” En une phrase, le cœur du conflit idéologique est dévoilé, sans fard ni artifice. Dans la vision du gouvernement israélien, le peuple juif a un lien « historique » avec la terre d’Israël, sur laquelle vit une population palestinienne qui n’a –elle- aucun lien avec cette terre.
En une seule phrase, l’existence même d’une histoire et d’une culture palestinienne est niée, comme est nié le droit du peuple palestinien à revendiquer cette terre comme sienne. Peut-on construire la paix sur ces bases ?
Partant de ce constat, l’histoire est revisitée dans le sens le plus favorable à Israël :
“The attacks against us began in the 1920s, escalated into a comprehensive attack in 1948 with the declaration of Israel’s independence” Le premier ministre israélien passe opportunément sous silence les violences des milices juives de l’Irgoun qui perpétuèrent des assassinats et des attentats terroristes dès 1936, contribuant ainsi fortement à inscrire la Palestine Mandataire dans un climat de guerre civile plus de 10 ans avant l’expiration du mandat britannique (cf. Wikipedia, Irgoun)
“All this occurred during
the fifty years before a single Israeli soldier ever set foot in Judea and Samaria.” L’OLP reconnaît aujourd’hui pour frontière la “ligne verte” de 1967. Ce qui ne change pas pour
autant la réalité historique : les soldats israéliens ont conquis militairement entre 1947 et 1949 la moitié du territoire dévolu à l’Etat Palestinien par la plan de partage de 1947
(cf. carte historie
Palestine – Israël).
Revisiter et réécrire l’histoire de la fondation de l’état israélien permet ensuite à Benjamin Netannyahou de tordre la réalité historique plus récente, en sa faveur :
“the simple truth is that the root of the conflict was, and remains, the refusal to recognize the right of the Jewish people to a state of their own, in their historic homeland.“ et plus loin “The Palestinian leadership must arise and say: “Enough of this conflict. We recognize the right of the Jewish people to a state of their own in this land, and we are prepared to live beside you in true peace.” Et pourtant, l’OLP reconnaît le plan de partage de la Palestine et donc Israël depuis plus de vingt ans (discours de Yasser Arafat devant les Nations Unis le 15/12/88) ! Benjamin Netannyahou ignore-t-il que le Hamas est lui aussi prêt à reconnaître Israël dans le cadre d’un accord de paix global, comme il l’a déclaré à l’ancien président des USA Jimmy Carter en avril 2008 (CNN, 17/04/2008)?
“The signing of peace treaties have brought about an end to their (les états arabes) claims against Israel, an end to the conflict. But to our regret, this is not the case with the Palestinians” Les nombreux traités de paix n’ont jamais été intégralement appliqués par Israël. Ainsi, la « Feuille de Route » prévoyait entre autre le gel de la colonisation (y compris l’expansion naturelle des colonies), ce qui n’a bien sûr jamais été le cas. Dès lors, comment s’étonner que les différentes signatures de traités non appliqués n’aient pas amené la paix ?
“We evacuated every last inch of the Gaza strip, we uprooted tens of settlements and evicted thousands of Israelis from their homes, and in response, we received a hail of missiles on our cities, towns and children.” Benjamin Netannyahou omet soigneusement de dire que si les colons furent évacuer de Gaza, l’armée israélienne en a gardé le contrôle total des frontières terrestres, aériennes et maritimes, maintenant ainsi une autre forme de violence et d’oppression. Cette violence s’est même renforcée avec le blocus total imposé après la prise de pouvoir du Hamas à Gaza. La violence des roquettes du Hamas- pour condamnable qu’elle soit- est la réponse à une autre violence tout aussi condamnable.
La vision du conflit israélo-palestinien de Benjamin Netannyahou est donc extrêmement partielle et partiale. Elle donne une idée fausse des origines du conflit et des prédispositions de chacun à le résoudre, ce qui ne peut qu’aboutir à des propositions qui ne sont pas acceptable pour les Palestiniens.
Benjamin Netannyahou prononce les mots « palestinian state ». C’est bien le moins qu’il pouvait dire, mais surtout, cela n’a rien de nouveau. Israël tire sa légitimité du plan de partage de l’ONU (résolution n°181 du 29 novembre 1947). En adhérant à l’ONU en 1949, Israël s’est engagé a respecté le droit international, et notamment toutes les déclarations rappelant le droit à un état palestinien. Cet engagement a été renouvelé à maintes reprises et notamment lors de l’acceptation de la « Feuille de Route » en date du 30 avril 2003. Ce qui est nouveau, ce sont les sévères restrictions faites à cette reconnaissance :
« "Israel needs defensible borders, and Jerusalem must remain the united capital of Israel ». Voilà en quels termes le gouvernement israélien pose la question territoriale. Il n’y a aucun mot sur les frontières de « 1967 » pourtant reconnue par la communauté internationale (résolution n°242 des nations unies, du 22 novembre 1967), mais seulement la réaffirmation des prétentions israéliennes sur Jérusalem-Est et des frontières « défendables », ce qui laissent augurer d’autres revendications sur des terres palestiniennes, notamment dans la Vallée du Jourdain.
“we have no intention of building new settlements or of expropriating additional land for existing settlements. But there is a need to enable the residents to live normal lives, to allow mothers and fathers to raise their children like families elsewhere”. Plus encore, Benjamin Netannyahou ne s’engage absolument pas à évacuer une quelconque colonie israélienne pour régler la question territoriale. Bien au contraire, s’il promet de ne pas en construire de nouvelles, il déclare que les colonies actuelles pourront continuer à grossir « naturellement » durant la phase de négociation. Ceci est en contradiction totale avec les engagements précédents d’Israël et notamment la « Feuille de Route » en date du 30 avril 2003. Et on peut se demander quelles seront les exigences israéliennes dans le futur plan de paix pour permettre aux colons de vivre des « vies normales » dans leurs colonies au cœur d’un hypothétique état palestinien.
“The Palestinian refugee problem must be solved, and it can be solved, as we ourselves proved in a similar situation. Tiny Israel successfully absorbed hundreds of thousands of Jewish refugees who left their homes and belongings in Arab countries. Therefore, justice and logic demand that the Palestinian refugee problem be solved outside Israel’s borders. “La vision partiale de l’histoire sert la logique actuelle. Le premier ministre israélien évite soigneusement de parler des millions de déportés juifs qui au lendemain de la deuxième guerre mondiale sont revenus dans leurs foyers et dans leurs pays d’origine, c'est-à-dire en Europe et non pas en Israël.
D’autre part, l’OLP ne s’oppose pas, bien au contraire, au retour en Palestine des réfugiés juifs qui fuirent les combats de 1947 (réfugiés qui n’étaient pas « des centaines de milliers », mais des dizaines de milliers tout au plus).
Enfin, absorber des « centaines de milliers » de réfugiés dans 78% de la Palestine Mandataire (état d’Israël dans les frontières de 1967) dont on a chassé plus d’un millions de palestiniens ne se compare pas à absorber plusieurs millions de réfugiés dans 22% de la Palestine Mandataire (Cisjordanie et Gaza). La bande de Gaza est déjà le territoire ayant la plus forte densité de population au monde.
De plus, contrairement aux propos de Benjamin Netannyahou, la justice demande (résolution n°194 des Nations Unis en date du 11 décembre 1948) le retour des réfugiés dans leurs foyers d’origine, y compris en Israël. Ce fut le cas pour les déportés juifs de 1945 ; en 1999 l’OTAN a garantie par les armes le retour des réfugiés Kosovars et Serbes au lendemain de la guerre du Kosovo. Les réfugiés palestiniens seraient-ils les seuls à se voir interdire ce droit ? (Cf. article de ce blog sur le droit au retour des réfugiés).
Enfin, Benjamin Netannyahou demande que « the Palestinians recognize
Israel as the State of the Jewish people”. Si l’OLP reconnaît le droit à l’existence d’Israël (discours de Yasser Arafat devant les Nations
Unis le 15 décembre 1988), peut-elle reconnaître Israël comme « l’état du
peuple juif » alors qu’un million de palestiniens vivent en Israël et disposent de la citoyenneté israélienne ?
Benjamin Netannyahou prononce les mots « état palestinien », mais sur les trois points essentiels de tout processus de paix : frontière de 1967, Jérusalem-Est pour capital, droit au retour des réfugiés, il oppose une fin de non recevoir. Pire encore, le premier ministre israélien nie la légitimité du peuple palestinien sur sa terre.
Enfin, au milieu de son discours, le premier ministre israélien dit “So far I have spoken about the need for Palestinians to recognize our rights. In a moment, I will speak openly about our need to recognize their rights.” Il n’y a pas un mot en ce sens dans la suite. Peut-être dans un futur discours ? Aucune date n’est programmée en tout cas.
Dans ces conditions, il ne peut pas s’agir d’une véritable offre de paix, et on comprend que les palestiniens l’aient rejeté (Cf. France-Palestine).