Militant PCF, Conseiller municipal de Choisy le Roi, Val de Marne
Le dernier ouvrage de Jean-Luc Mélenchon, au titre provocateur
« Qu’ils s’en aillent tous ! » est en tête des ventes de livres politiques du moment. Dernier ouvrage d’un des possibles candidats du
Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012, il m’est paru utile d’en faire partager mon analyse.
« Que se bastan todos », « qu’ils s’en aillent tous » en Français, ce fut le cri des manifestants, des révolutions qui ont amené notamment le Venezuela, la Bolivie ou l’Equateur a renverser leurs élites pour mettre des gouvernements neufs, se réclamant du « socialisme du XXIème siècle ». C’est sous ce patronage que Jean-Luc Mélenchon place son livre. Il pose le thème : il attend, il espère et veut œuvrer en France pour une révolution « citoyenne » du même ordre que celles qui secouent actuellement ces pays d’Amérique Latine.
Pour Jean-Luc Mélenchon, ce livre n’est « ni un manifeste, ni un programme », mais veut « faire partager un enthousiasme », celui d’appeler à une révolution citoyenne, de brosser à grand traits les caractéristiques d’une société capitaliste à bout de souffle et pourquoi il faut « qu’ils s’en aillent tous » pour laisser la place à une nouvelle société, non marchande et non capitaliste
Le livre est partagé en 5 grands thèmes, que j’aborderais rapidement :
La refondation républicaine
Pour Jean-Luc Mélenchon, mais c’est aussi dans le programme du PG et du PCF, l’urgence est à la fondation d’une VIème République. Il faut convoquer une assemblée constituante chargé de mettre en œuvre un vaste processus populaire d’élaboration de cette constitution.
L’objectif est bien sûr de réformer les institutions, mais aussi de mettre l’intervention citoyenne à tous les niveaux : dans les médias et dans l’entreprises sont les exemples illustrés au fil des pages.
L’autre partage des richesses
Le chapitre le plus faible du livre à mon avis. Jean-Luc Mélenchon y dénonce l’immense écart de richesse dans notre pays, le rôle des banques dans la crise économique, les salaires indécents des grands patrons du CAC 40. Tout cela est vrai, mais dit parfois d’un ton qui accumule les clichés et frise la caricature. Jean-Luc Mélenchon y fait néanmoins la proposition d’un salaire maximum à 30 000 et d’un écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise.
Deux points m’ont marqué, Jean-Luc Mélenchon rappelle que des taux d’impositions très élevés ont existé par le passé : en 1941, le président Roosevelt amène un taux de 91% sur la tranche maximum d’impôt sur le revenu aux USA. Il restera à 70% jusque dans les années 80.
Autre point qui m’a marqué : un simple rappel. Membre du G7, la France est la 5ème économie du monde. Si la 5ème économie du monde est un pays ruiné, c’est inquiétant pour l’ensemble de la planète. Ou alors, peut être que notre économie est forte, mais que la question est seulement celle du partage, comme nous le disons depuis bien longtemps.
Sortir du traité de Lisbonne.
Le titre est sans équivoque. Jean-Luc Mélenchon appelle à sortir du traité de Lisbonne et déclare d’ailleurs renoncer à une partie de son rêve européen : les faits ont démontrés que la construction actuelle de l’Europe ne peut pas amener à un fédéralisme porteur d’avancées sociales pour les peuples européens. Sortir du traîté de Lisbonne, recouvrer la souveraineté populaire est la première étape pour reconstruire une autre Europe.
L’argumentation est étayée des nombreuses critiques contre l’Union Européenne, destruction des services publiques, libéralisation à outrance, alignement sur les USA…
La planification écologique
Le thème est abordé à grand trait. Il s’agit de rappeler d’abord qu’il ne s’agit pas tant de « sauver la planète » que de sauver l’écosystème nécessaire à la vie humaine. La lutte pour un environnement sain est un élément central des luttes sociales.
La planification écologique, c’est de soumettre le développement du pays à la réalisation d’objectifs écologiques à long terme. Sortir du nucléaire, mettre en place des droits de douanes conditionnées à la quantité de carbone émise durant le transport ou aux conditions sociales du pays exportateurs sont autant de pistes évoquées.
Faire une autre paix.
Ce paragraphe traite de quelle politique étrangère porteuse de paix pour la France et l’Europe. Pour Jean-Luc Mélenchon, le risque majeur n’est pas le terrorisme, mais bien la lutte pour les ressources, pétrole, eau… L’idée directrice est de quitter le giron américain, l’OTAN pour regagner une vraie indépendance en matière de politique étrangère.
Cela passe, et c’est le point polémique, par notamment une alliance commerciale forte avec la Chine. Cela ne veut pas dire qu’il en approuve le régime, mais que face à l’impérialisme américain, il faut se réorienter pour avoir d’autres partenaires économiques, la Chine étant incontournable.
Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon décrit la Chine comme une puissance non impérialiste, n’ayant aucun soldat hors de ses frontières, hors mission de l’ONU. L’assertion me paraît un peu courte sans évoquer au moins le Tibet et Taïwan, deux revendications territoriales chinoises qui ne font pas l’unanimité. D’autres part, il me semble avoir lu dans un article du Monde Diplomatique d’il y’a quelques mois que la Chine cherche a renforcée sa présence navale dans l’ensemble de l’océan indien, notamment en développant des accords militaires pour pouvoir stationner ses navires dans des pays étrangers.
Globalement, le livre est intéressant. Il permet de mieux comprendre la « radicalité » du discours de Mélenchon, mais aussi le ton agressif qu’il emploie, qui procède d’une stratégie assumée.
Néanmoins, ce libre m’a laissé sur ma faim. A de multiples reprises, le livre tombe dans le cliché, dans l’idée toute faite, certes de gauche. Il en devient hélas presque caricatural. Mais surtout, ce livre est court, 130 pages 15 écrit en gros caractère. Globalement, dans la profondeur de l’analyse, il est très en dessous des précédents ouvrages de Jean-Luc Mélenchon, notamment « En Quête de Gauche », que je recommande vivement à tous ceux qui se demandent si le PS est encore de gauche.