Militant PCF, Conseiller municipal de Choisy le Roi, Val de Marne
Dans la « gauche de la gauche », de très nombreuses
voix s’élèvent contre l’intervention militaire en Lybie. Ils ont tord.
Oui, les exemples récents d’interventions militaires occidentales dans des pays musulmans, l’Irak et l’Afghanistan peuvent susciter un doute légitime sur les motivations et les conséquences d’une intervention occidentale.
Mais s’il n’y avait pas eu d’intervention militaire, il n’y a aucun doute quant aux conséquences : un nouveau Srebrenica, un nouveau Guernica. Pouvait-on en bonne conscience « laisser-faire » et regarder le peuple libyen se faire massacrer en direct sur TF1 ?
Guernica, Srebrenica, je ne choisis pas mes exemples au hasard. Guernica, est le symbole de la conséquence de la politique de « non-intervention » des pays démocratiques dans la guerre civile Espagnole. Massacre de civils, victoires de Franco, établissement d’une dictature : Voilà où mena la non-intervention. A Srebrenica, les casques bleus présent sur place furent impuissants à empêcher le massacre des Musulmans Bosniaques par les milices Serbes. Deux exemples passés qui montrent qu’on ne peut pas toujours « laisser-faire », que la passiveté des démocraties occidentales à souvent permis à des fous sanguinaires de perpétrer des crimes de masse et que le recours à la force est parfois légitime.
Donc oui, il fallait agir. Mais agir en tirant les conséquences des erreurs du passé.
Etait-ce aux pays arabes d’intervenir ? L’idée est belle, mais quels pays arabe? A Bahrein, en Syrie, au Yemen, la police et l’armée font feu sur les manifestants. L’Arabie Saoudite est même allée jusqu’à prêter main forte au Bahrein, comme naguère les chars russes entrèrent dans Gdansk pour écraser la révolte polonaise. Les généraux Egyptiens et Tunisiens furent nommés par Moubarak et Ben Ali. Ils ont refusés de tirer sur leur peuple, mais cela ne les transforme pas en héros de la démocratie pour autant…
Des troupes « au sol » semblent exclues. Les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan ont démontré qu’on n’importe pas la démocratie dans les bagages d’une armée d’occupation étrangère.
C’est aux révolutionnaires lybiens de renverser Kadhafi, certes. Mais les évènements récents ont démontré que – seuls – ils ne pouvaient le faire. Il faut les aider, sans intervenir au sol, sans donner l’impression d’occuper le pays, mais de manière efficace. Il ne reste guère que la conjonction des bombardements aériens et la livraison d’armes.
Soyons lucide sur la suite.
Renverser Kadhafi serait un début, et non une fin. Bien des questions restent posées :
Le Conseil National de Transition est autoproclamé, dirigé par un ancien ministre de Kadhafi. Il n’est en rien garant d’une transition démocratique et il est possible que certains essayent de confisquer la révolution libyenne à leur profit.
Les USA, la France et autres pays agissent forcement par intérêt. Vraisemblablement essaieront-ils de favoriser la mise en place d’un gouvernement sensible à leurs intérêts économiques.
Oui, tout cela est possible. Oui, la révolution libyenne, même victorieuse de Kadhafi pourrait tourner court. Mais faut-il pour cela laisser échouer la révolution et vaincre Kadhafi ? Assurément non.
Et n’oublions pas que pendant que le monde occidental se rachète une conscience en Lybie, la police et l’arme tue en Syrie, à Bahrein, au Yemen. Il ne faut pas l’oublier, il faut le dénoncer. Soyons sans illusion quant à notre propre gouvernement. En berne dans les sondages, Sarkozy doit faire oublier ses erreurs en Egypte et en Tunisie ; Juppé a une revanche à prendre sur le monde politique et une stature d’homme d’état, d’authentique Gaulliste à regagner.
Mais enfin, gardons un espoir. Un peuple a pris les armes pour se libérer d’un tyran. Peut-être saura-t-il également triompher de ceux qui voudraient lui voler sa révolution, potentat locaux ou puissances étrangères. Au moins, donnons-lui sa chance plutôt qu’une mort sous les bombes.