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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 22:35

 

Staline.jpgSur le net, combien de fois ais-je du répondre à des commentaires sur le communisme « intrinsèquement antidémocratique », sur les « millions de morts du communisme ». Cet article a pour but d’apporter ma réponse : pourquoi je suis profondément communiste, malgré les crimes indéniables de la dictature stalinienne et de tant d’autres…

Sommaire :

Démocratie, communisme et capitalisme

Les dictatures soit disant communiste

Les démocraties communistes

Les dictatures capitalistes

Livre Noir

Crimes des régimes soit disant communistes

Crime du capitalisme

Préambule

Mon communisme est celui d’un homme du XXIème siècle. Il a pour racine le marxisme du XIXème siècle, mais s’est construit également sur l’histoire et la réflexion politique tout au long du XXème siècle, et même de ce début du XXIème siècle.

Je ne prends pas pour dogme les écrits de Marx qui ont plus de 100 ans d’âge, j’exerce également un « droit d’inventaire » sur un parti politique qui, en pratiquement un siècle d’existence, a su reconnaître ses erreurs et se transformer pour évoluer avec son temps.

Démocratie, communisme et capitalisme.

Les dictatures soit disant communiste

Le communisme réel est intrinsèquement démocratique. Par essence, aucune dictature ne peut se revendiquer du communisme. L’ex-URSS aussi bien que la Chine et leurs satellites n’étaient pas des régimes communistes, quand bien même ils en portaient le nom.

Le communisme a pour idéal d’arriver à une société sans classe sociale ; et parce que le rapport au travail est au cœur de la définition de toute société, une société sans classe nécessite le contrôle de l’outil de travail par les travailleurs eux-mêmes. Aucun de ces deux objectifs, essentiels du communisme, n’existaient en URSS, en Chine ou ailleurs

Aux classes dominantes de la Russie impérialiste qu’étaient la noblesse et la bourgeoisie, le régime stalinien a substitué une nouvelle classe dominante, la nomenklatura, les cadres du parti unique « communiste ».

Bien que nationalisée, nul ne peut dire que les entreprises appartenaient aux ouvriers, la terre aux paysans. Que le patron s’appelle « actionnaire du CAC40 », ou « commissaire politique », pour l’ouvrier, le résultat est le même : il subit dans son travail un rapport d’exploitation et de domination de même nature.

Karl Marx et Friedrich Engels eux-mêmes n’envisagaient le communisme que comme profondément démocratique. L’expression de « dictature du prolétariat » dans la bouche de Karl Marx et Friedriech Engels n’était pas en contradiction avec l’exigence démocratique [1]. Cette expression fut cependant détournée dans le marxisme-léninisme pour justifier le régime totalitaire soviétique.

En France, le PCF a proclamé son attachement à la démocratie, son indépendance vis-à-vis de l’URSS et son renoncement à la « dictature du prolétariat » en 1976, en raison du sens donné à cette expression par les régimes dictatoriaux des pays de l’est. Il serait naïf de nier qu’il existe des nostalgiques de cette période au PCF, comme il peut exister des nostalgiques de Vichy dans d’autres tendance de la politique française [7]. Mais 35 ans après, ce n’est pas le cas de l’immense majorité des militants, et notamment des nouvelles générations, entrées comme moi en politique des années après la chute du mur de Berlin.

 

 

 

Les démocraties communistes

Avant les années 2000

Tous les régimes communistes n’ont pas été dictatoriaux. Avant les années 2000, on peut citer trois expériences de communisme authentiquement démocratique :

  • La commune de Paris, renversée par la IIIème république naissante ;
  • La courte période du « printemps de Prague » en Tchécoslovaquie, renversée par l’URSS et les chars de l’armée rouge
  • Le Chili de Salvador Allende, renversé par les USA, via le général Pinochet et la CIA.

En faisant cette liste, la première constatation est qu’aucune de ces trois expériences n’a pu aller à son terme, toutes trois renversées par des forces extérieures. Et ces forces furent aussi bien des forces « démocratiques et capitalistes » comme la IIIème république française ou les USA que des forces dictatoriales comme l’URSS.

De ces trois expériences avortées, on ne peut donc tirer que deux conclusions : nul ne peut dire qu’il est intrinsèquement impossible pour le communisme d’être démocratique et que l’avènement d’un communisme démocratique fait peur à tous, régimes capitalistes démocratiques ou non, comme dictatures communistes.

Après les années 2000

Bolivie-copie-1.jpgDepuis les années 2000, des forces politiques se revendiquant du « socialisme du XXIème siècle » ont conquis de manière démocratique le pouvoir dans plusieurs pays d’Amérique Latine : le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et le Honduras.

Un mot sur l’expression « socialisme du XXIème siècle » pour commencer. Il ne s’agit bien sûr pas d’une référence à la sociale-démocratie incarnée en France par le Parti Socialiste. Il s’agit d’une référence à l’idéal marxiste et communiste. Cependant, l’expression « socialisme du XXIème siècle » a aussi pour but de marquer la différence avec les régimes dictatoriaux« communistes du XXème siècle », l’idéal reste le marxisme, mais les leçons de l’histoire ont été tirées

Il est également intéressant de noter que l’histoire se répète partiellement. De ces quatre pays, trois ont été victime de tentatives de coup d’état ou du moins de très fortes déstabilisations. Le Venezuela a fait l’objet d’un coup d’état qui a échoué puis d’une grève du patronat en 2002. En Bolivie, une fronde menée par les préfets de provinces sécessionnistes a mis la Bolivie au bord de la guerre civile en 2008. Au Honduras, un coup d’état a renversé le président démocratiquement élu en 2009. A chaque fois, les USA par l’intermédiaire de la CIA ont été montré du doigt, bien qu’il n’en existe aucune preuve officielle.

Aujourd’hui, le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur, sont incontestablement des démocraties vivantes et fortes. Les élections s’y déroulent de manières libres et démocratiques, sont reconnues par la communauté internationale. [2]

Chacun appréciera le résultat des politiques menées dans ces pays à l’aune de ces convictions personnelles. Je rappellerais cependant deux éléments objectifs : la pauvreté a fortement reculé en Bolivie et au Venezuela, l’analphabétisme y a été éradiqué (selon l’UNESCO) ; objectifs que les précédents gouvernements démocratiques ont été incapable d’accomplir dans les décennies où ils avaient le pouvoir. Aucun régime n’est cependant parfait, et je ne suis moi-même pas exempt de critique vis-à-vis d’eux [3]

Les dictatures capitalistes

Les mêmes qui confondent communisme et dictature font souvent mine d’ignorer que de nombreuses dictatures se sont réclamées du capitalisme.

Franco a renversé la République Espagnoleau nom de la lutte contre le socialisme. Pinochet et combien d’autres dictateurs d’Amérique Latine ont fait de même en Amérique du Sud ?

Au-delà, dans la société mondialisée, peut-on qualifier autrement que de « dictature capitaliste », les nombreux régimes dictatoriaux d’Afrique qui s’inscrivent de pleins pieds dans la mondialisation et le libéralisme, sont membre de l’OMC ?

La colonisation

Le capitalisme naissant du XIXème siècle nécessitait un apport important de matières premières à bas coût pour construire la société industrielle. Ce fut le fait de la colonisation et du pillage des colonies.

Concrètement, tous les peuples colonisés au XIXème siècle et durant la première moitié du XXème siècle ont subi une oppression, une privation de liberté, une certaine forme de dictature donc, imputable à des pays capitalistes comme la France ou le Royaume-Unis.

 

Communisme et Capitalisme sont des systèmes économiques, démocratie et dictature sont des régimes politiques. Les deux notions sont indépendantes et peuvent se marier, la dictature capitaliste tout autant que la démocratie communiste et vice-versa.

Livre noir

Les crimes du communisme

Comme j’espère en avoir persuadé le lecteur, je ne ressens aucune filiation idéologique avec l’URSS, la Chine ou tout autre pays dictatorial se revendiquant du communisme.

Les crimes commis en URSS, en Chine et dans leurs pays satellites ont existés, ils ont été massifs, sont inexcusables. Je les condamne sans aucune ambigüité.

Mais ces crimes ont été commis par des régimes qui me sont totalement étranger. En tant que communiste français au XXIème siècle, j’en suis aussi éloigné que n’importe quel autre citoyen français, de tous bords politiques.

Les crimes du capitalisme

Si le « livre noir du communisme » a eu un certain retentissement, combien font là encore mine d’ignorer qu’un « livre noir du capitalisme » ne serait pas moins chargé d’horreur ?

Et pourtant, les crimes commis par des régimes se réclamant du communisme ont été commis par des individus ayant détourné une idéologie à leur profit. Les crimes imputables au capitalisme ont eux pour origine la nature même d’un système centré sur l’accumulation de profit, sans prendre en compte le coût humain qu’il peut impliquer.

Aux sources du capitalisme, la colonisation et la guerre qu’elle entraîne.

Comme je l’ai dit plus haut, la colonisation est la conséquence directe de l’avènement du capitalisme.

Très directement donc, tous les morts des guerres de colonisation du XIXème siècle et consécutivement des guerres de décolonisation du XXème siècle sont des morts à imputés à l’idéologie capitaliste. De la prise d’Alger à Dien Ben Phu, en passant par l’extermination de l’Empire Zoulou ou la Guerre de l’Opium, les victimes sont innombrables.

Le capitalisme porte en lui la guerre

La Première Guerre mondiale fut une guerre pour la domination des mêmes empires coloniaux. Elle fut une guerre impérialiste et capitaliste, aux victimes également innombrables.

Aujourd’hui encore, la guerre d’Irak est une guerre néocoloniale. Les armes de destructions massives furent un leurre, les contrats pétroliers et la mainmise de l’administration américaine sur l’Irak une réalité. Les centaines de milliers d’irakiens morts sous les bombes américaines ne sont pas mort pour la sécurité mondiale, ni même pour la démocratie. Ils sont morts pour les intérêts boursiers d’ExonMobile, Texaco et autres entreprises pétrolières américaines.

Le conflit israelo-palestinien n’est pas un conflit directement imputable au capitalisme . Néanmoins, les USA, de l’UE tolèrent à Israël des violations du droit international qui seraient immédiatement l’objet de très fortes sanctions pour tout autre pays du monde. Ce silence coupable a une origine : la préservation des puissants intérêts économiques américains et européens en Israël. Indirectement, le capitalisme contribue au pourrissement du conflit israelo-palestinien, avec son cortège de victimes.

La liste serait encore longue… Karl Marx le disait fort bien : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » (Manifeste du Parti Communiste).

La famine et la misère induite par le capitalisme

http://www.marketing-professionnel.fr/wp-content/uploads/2008/12/aicf.jpgLes émeutes de la faim de 2008 dans de nombreux pays du monde ont été l’illustration « parfaite » du pouvoir mortifère du capitalisme : avec le début de la crise des « subprimes » et la chute vertigineuse de la bourse, de nombreux spéculateurs se sont retournés vers les matières premières et notamment les matières alimentaires. Conséquence directe de la spéculation boursière, le prix des denrées alimentaires dans les pays pauvres a explosé en 2008, entraînant des famines, des émeutes de la faim, mais surtout, des morts de faim.

Mais si les émeutes de la faim de 2008 ont été un « cas d’école », une illustration « parfaite », le phénomène ne saurait se limiter à l’actuel ultra-libéralisme, mais est bien aussi ancien que le capitalisme. Toutes les crises économiques, de 1929 à 2010, en passant par les krachs pétroliers ont entraîné des appauvrissements massifs des populations. Cet appauvrissement a entraîné la misère, les maladies, la faim, la mort… Ce sont les morts de faims en Afrique, les « décennies perdues » des pays d’Amérique Latine ruinés par le FMI…

Aujourd’hui, les Nations Unies estiment qu’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Environs 6 millions d’enfants meurent de faim chaque année [3]. La FAO, organisme des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’il lui faudrait 30 milliards de dollars par an (22 milliards d’euros) pour éradiquer durablement la faim dans le monde [5].

30 milliards de dollars à l’échelle mondiale, ce n’est rien. 22 milliards d’Euros, c’est moins que les 35 milliards d’Euros d’exonérations de charges dont bénéficient les entreprises françaises ; c’est moins que les 100 milliards d’Euros de bénéfices des 40 premières entreprises françaises. Le coût de la guerre en Afghanistan est évalué à ce jour à pratiquement 360 milliards en 10 ans, celui de la guerre en Irak à 739 milliards en 7 ans [6].

Individuellement, pour d’autres raisons, des pays comme la France ou les USA ont su mobiliser des sommes comparables, voir supérieures à celles qui seraient nécessaires aux Nations Unies pour éradiquer la faim dans le monde. Collectivement, les pays développés ont les moyens financiers d’éradiquer la faim dans le monde. Ces pays développés, ce sont également les principaux pays capitalistes.

Le management ultra-libéral

Ce n’est qu’une goutte d’eau, mais une goutte d’eau fortement symbolique. Aujourd’hui, les méthodes de management ultra-libérale développées au nom de la rentabilité financière détruisent des vies.

La partie émergée de l’Iceberg, c’est par exemple les salariés qui se suicident, à France Telecom, à Foxconn en Chine et combien d’autres moins médiatisées. Mais ce sont aussi les salariés victimes de délocalisation, dont certains se suicident, d’autres voient leur vie ruinée, ce sont les salariés victimes de stress au travail et dont la santé se dégradent…

 

Il ne s’agit bien sûr pas de faire une comparaison macabre, de diminuer les crimes de l’un au nom de l’importance des crimes de l’autre. Néanmoins, quand on parle des grands régimes criminels de l’histoire, on pense au nazisme, au stalinisme - à juste titre. Mais sur ce triste podium, le capitalisme a également sa place.

 

L’avenir est-il si radieux qu’il faille mépriser celles et ceux qui l’ont rêvé meilleur ?

 

 

 

 

 

[1] : Wikipedia, article « dictature du prolétariat » pour un florilège de citations sur le sujet.

[2] : Concernant le Venezuela et la liberté de la presse, il y’a débat. Les arguments « pour » la politique d’Hugo Chavez existe, malgré les fortes critiques de Reporter Sans Frontière, mais ce sera là une grande disgression.

[3] : Le rapprochement du Venezuela et dans une moindre mesure de la Bolivie avec l’Iran sur le thème de la lutte contre l’impérialisme américain n’est guère à mon goût, de même que la politique indigéniste de la Bolivie.

[4] : Chiffres : La FAO veut éradiquer la faim dans le monde, sans délai ni financement. Le Monde, 16/11/2009

[5] : Chiffres : Comparer aux plans anti-crise, éradiquer la malnutrition dans le monde ne coûterais presque rien. Le Monde 16/10/2008.

[6] : Chiffres : Site CostOfWar

[7] : Anecdote récente : Un maire refuse de décrocher le portrait de Pétain de sa mairie. Le Monde. 05/01/2010. Et pourtant, il ne s’agit pas de l’extrême droite.

 Pas d’accord : guerre de l’eau. Géopolitique et capitalisme +++ là encore les USA et l’UE sont impliquées pourquoi ??? l’argent et cet enjeu geopolitique.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 22:28

http://img.over-blog.com/567x541/1/37/01/11/Num-ro-1/Taxe-carbone.jpgLa crise écologique peut-elle trouver des réponses compatibles avec le système capitaliste ? Je me propose une courte réflexion sur le sujet au travers de deux sujets d’actualités récente : l’abandon de la taxe carbone par le gouvernement et l’abandon du trafic fret en « wagon isolé » par la SNCF.

 

Retour sur la taxe carbone

Rappelons brièvement les faits d’une histoire en plusieurs temps [1]. L’idée de la taxe carbone émerge lors de la campagne présidentielle de 2007 dans le pacte écologique de Nicolas Hulot. L’idée de cette taxe répond au besoin de prise en compte de la crise écologique dans la politique française, non seulement par un parti politique comme les verts, mais par l’ensemble de la classe politique.

 

Le projet de loi de la taxe carbone, faisant suite au Grenelle de l’Environnement, est proposé en septembre 2009. Celui-ci propose de taxer les émissions de carbone à hauteur de 17 € la tonne, avec des mécanismes de compensations pour les ménages, mais surtout une totale exonération pour 93% des émissions industrielles de carbone dont notamment les centrales thermiques, le transport routier de voyageur,  le transport aérien, les raffineries…

 

Ces exemptions amèneront d’ailleurs le conseil constitutionnel à censurer le projet de loi.

 

Confronté au choix entre proposer un nouveau projet de loi taxant non seulement les particuliers, mais aussi les entreprises et retirer tout simplement le projet de loi, le gouvernement a fait le choix à l’issu des élections régionales de renoncer à la taxe carbone. Il y renonce, car il s’agit dit-il de sauvegarder la compétitivité de nos entreprises.

 

Morale de l’histoire : En capitalisme, faire de l’écologie, ça va bien quand il s’agit d’en faire peser le poids sur les particuliers, mais « ça commence à bien faire »[2] quand il s’agit de faire contribuer à l’effort collectif les grandes entreprises privées. Entre la sauvegarde de l’environnement et la compétitivité des entreprises françaises, en capitalisme, le choix est vite fait.

 

Le capitalisme est-il écolo-compatible ? A voir l’histoire de la taxe carbone, la réponse semble être « non ».

 

La réforme du fret ferroviaire, le wagon isolé.

Les cheminots sortent de trois semaines de grève contre, notamment, la réforme du fret ferroviaire et l’abandon du « wagon isolé ». De quoi s’agit-il ?

 

Lorsqu’une entreprise souhaite faire acheminer des marchandises d’un point à un autre, il arrive qu’elle puisse affréter des trains entiers. Parfois, elle n’a un volume de marchandise à transporter qui ne nécessite qu’un ou deux wagons. On parle alors de « wagon isolé ».

 

Pour la SNCF, ces wagons isolés représentent un effort logistique très supérieur à un train entier. Il faut envoyer une locomotive chercher les wagons isolés en question, les ramener à une gare de triage, puis là, les assembler à d’autres pour former un train complet. Ensuite, on véhicule le train jusqu’à la gare de triage la plus proche du point de destination finale et on désassemble à nouveau les wagons. Enfin, une troisième locomotive acheminera les wagons isolés jusqu’à leur desserte finale.

 

Ces wagons isolés nécessitent infiniment plus de personnels et de moyens logistiques qu’un train complet, alors qu’ils représentent un volume du même ordre qu’un camion (un wagon équivaut à deux camions). Economiquement, les wagons isolés sont donc bien moins rentables que les trains entiers (ils sont même à perte) et guère concurrentiel avec le transport routier.

 

La SNCF a donc fait le choix économique de restreindre cette activité. D’un point de vue strictement économique, ce choix est le meilleur à faire. En effet, peu de gens savent que la SNCF est aussi la première entreprise de transport routier via sa filiale Geodis (elle-même holding abritant de très nombreuses PME de transport routier).

 

D’ailleurs, l’ancienne Branche « Fret » (ferroviaire) dont Geodis était la filiale a été renommé « Geodis », la branche SNCF porte le nom de sa filiale, ce qui en dit long sur la place de l’activité fret ferroviaire dans l’activité de cette branche.

Pour la SNCF, il s’agit donc de transférer une partie de ses marchées d’un secteur non rentable (fret – wagon isolé) à un secteur rentable (Geodis) de l’entreprise. En bonne logique financière, il n’y a pas de meilleur choix.

 

Bien sûr, si on se pose la question d’un point de vue écologique, l’opération consiste à transférer un volume très important de marchandise du fret ferroviaire (rejetant très peu de CO2) au transport routier (rejetant beaucoup de CO2). La CGT estime ainsi que l’abandon du wagon isolé mettra 1 200 000 camions supplémentaires sur les routes chaque année.

 

Ajoutons qu’au-delà même du CO2, plus de camions sur les routes, c’est aussi plus de nuisances pour la population (circulation des camions sur les axes secondaires type départemental), plus de pollution dans les périphéries urbaines, plus d’accidents de la route.

 

Mais seulement voilà , le wagon isolé est écologiquement intéressant, économiquement non compétitif vis-à-vis du transport routier.  Or, les règles de la concurrence « libre et non faussée  » de l’UE interdisent  de subventionner le fret ferroviaire pour lui permettre de concurrencer la route.

 

Précisions également que si le parlement a voté une « taxe poids lourd », son application est reportée à 2012 [3]. Cette taxe devrait avoir pour but de favoriser les modes de transport alternatif au camion. Elle est reportée parait-il parce que ces modes de transport ne sont pas assez développés. Pendant qu’on retarde l’entrée en vigueur de cette taxe qui rendrait compétitif le fret ferroviaire, ont réduit l’offre de fret ferroviaire pas assez compétitif. Cherchez l’erreur…

 

Morale de l’histoire : En capitalisme, faire de l’écologie, quand ça pourrait distordre la concurrence « libre et non faussée  », il n’en est pas question. Favoriser le fret ferroviaire vis  à vis du « tout camion » n’est pas envisageable.

 

Quelques solutions nouvelles

Bien sûr, on pourrait rêver d’imposer une « taxe carbonne » sur le transport routier de marchandise,  tandis qu’on subventionnerait le transport ferroviaire en wagon isolé. Le wagon isolé deviendrait ainsi concurrentiel vis-à-vis du transport routier, et on pourrait ainsi réduire notablement les émissions de CO2 et lutter quelque peu contre la crise climatique.

 

Mais non, ce ne sera pas le cas, autant le gouvernement français que l’UE s’oppose à de telles remises en cause du capitalisme.

 

Allons cependant plus loin dans les suggestions. Nicolas Sarkozy n’a pas tout à fait tord quand il dit qu’il faut une taxe carbone au niveau européen. J’irais même plus loin, c’est au niveau des frontières de l’UE qu’il faudrait mettre en place une telle taxe carbone.

 

Imaginons que chaque produit entrant dans l’UE se voit imposer une taxe douanière proportionnelle aux émissions de CO2 émises pour transporter cette marchandise jusqu’aux frontières de l’UE. Plus un produit viendrait de loin, plus il aurait utilisé un moyen de transport polluant, plus il serait lourdement taxé.

 

Bien sûr, ça porte un vilain nom, ça s’appelle du « protectionnisme ». Certes, du protectionnisme à des fins écologiques, mais du protectionnisme tout de même. Gageons qu’en capitalisme, cela n’arrivera jamais.

 

Dommage, on pourrait voir ainsi de belles choses se faire. Déjà, les fraises origine France redeviendrait moins cher que les fraises origine Maroc du fait de la taxe carbone sur ces dernières. Moins de CO2 émis par des camions traversant l’Espagne pour amener des fraises sur les marchés d’ile de France et un peu plus de revenus pour nos agriculteurs

Et puis, parce que nous ne saurons jamais renoncer à des produits exotiques, on pourrait par contre rêver de grands travaux. La Deutch Bahn a ainsi expérimenté un trafic de fret ferroviaire Pekin – Berlin via le trans-sibérien. Avec une telle taxe carbone, on pourrait imaginer ce que cela devienne une réalité et non une simple expérience. On pourrait imaginer un transsibérien rénové, adapté à du trafic fret massive pour emmener les marchandises d’Asie en Europe par le train et non pas par bateau ou avion… On y gagnerait beaucoup. Mais les investissements pour réaliser ces travaux sont si élevés que cela n’aura jamais lieu s’ils sont motivés par le seul intérêt économique.

 

Bref, en s’affranchissant des tabous  et des règles du système capitaliste, on peut imaginer des solutions innovantes qui pourraient grandement contribuer à résoudre la crise écologique.

1 : Le Figaro – Retour sur le parcours chaotique de la taxe carbone. 23/03/2010.

2 : Rue 89 – Pour Sarkozy, l’environnement ça commence à bien faire. 06/03/2010

3 : Futura Science – L’éco-taxe poids lourd reporté à 2012. 23/04/2010

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 23:05

Le droit de travailler durant un arrêt maladie ou un congé maternité, le droit de travailler jusqu’à 67 ans, le droit de travailler le dimanche… Jusqu’où ira l’UMP dans les nouveaux « droits » qu’elle veut donner aux salariés ? La commission européenne voulait donner le droit aux salariés de travailler 65 heures par semaine avant que le parlement européen ne s’y oppose, et British Airways a aussi donné le « droit » à ses salariés de travailler bénévolement. Dans le monde libéral idéal, les nouveaux « droits » des salariés ne semblent pas avoir de limite.

 

Mais le « droit » du renard libre à entrer librement dans le poulailler libre est-il vraiment un droit ? Le mot « droit » signifie-t-il la liberté de tout faire, sans la moindre règle ? Où bien le mot « droit » ne signifie-t-il pas justement l’établissement de règles pour s’assurer que l’intérêt de chacun est respecté ?

 

Qu’est ce qui est un « droit » ? Doit-on avoir le droit de travailler le dimanche, ou bien au contraire doit-on avoir droit au repos dominical ? Doit-on avoir le droit de travailler durant un arrêt maladie, ou doit-on avoir droit à un arrêt maladie ? Doit-on avoir le droit de travailler jusqu’à 67 ans, ou doit-on avoir droit à la retraite ?

 

Les récentes propositions de l’UMP opèrent sans le dire un profond bouleversement dans le monde juridique. Celui-ci distingue en effet les droits fondamentaux, « droits à » des droits subjectifs, « droit de ». Le droit de travailler le dimanche opposé au droit au repos dominical donne ainsi une prééminence au « droit de » sur le « droit à », c'est-à-dire une prééminence de la liberté individuelle de chacun sur le droit fondamental de tous.

 

C’est, à mot couvert, une remise en cause extrêmement profonde de notre système juridique et donc des fondements de notre société. Aujourd’hui, le droit a pour but d’assurer l’égalité entre tous. Le droit ne veut pas dire permettre à chacun de faire ce qu’il veut ; ce qui en français à un nom : l’anarchie. Un droit qui assure une égalité nécessite de donner des droits aux plus faibles, pour les protéger des plus forts. Dans le monde du travail, l’employeur et l’employé ne sont pas dans un rapport d’égal à égal. Par définition, l’employeur à un lien hiérarchique avec son salarié, ce qui les rends inégaux l’un face à l’autre. Le droit du travail a pour but de rétablir une égalité en donnant des droits spécifiques au salarié qui viennent compenser sa subordination à son employeur.

 

Dans son discours devant le Parlement réunis en Congrès à Versailles, Nicolas Sarkozy s’est référe au programme du Conseil National de la Résistance. Il me parait opportun de terminer en en rappelant quelques extraits. Ainsi le CNR avait pour priorité « le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail », à mettre en face du droit de travailler le dimanche, « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail » à mettre en face du droit de travailler durant un arrêt maladie pour gagner plus, « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours » à mettre en face du droit de travailler jusqu’à 67 ans. Voilà ce qu’était le pacte social qui a refondé la France au lendemain de la deuxième guerre mondial, et voilà ce que l’UMP veut en faire…

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 18:11

Me définissant comme anticapitaliste, je n’ai pas beaucoup d’estime pour la Bourse. Mais –hélas- fermer celle-ci du jour au lendemain n’est pas une solution réaliste. Le système capitaliste existe, on peut dire qu’il faut le changer, on peut vouloir le changer, mais il faut être conscient que cela ne se fera pas en une nuit, et qu’il y faut des étapes.

Alors, quelle étape pour sortir de la crise qui soit aussi un pas pour sortir du capitalisme ?

« Le crédit », propose le PCF. L’encours du crédit en France est de 1800 milliards, soit 5 fois le budget annuel de l’état (350 milliards). C’est dire en peu de mot l’impact du crédit sur l’économie, et comment une réforme du crédit peut modifier en profondeur l’économie.

Le crédit, c'est-à-dire prêter contre des intérêts, c’est aussi un des fondements du capitalisme, plus encore que la propriété privée des moyens de productions. De l’esclavagisme au féodalisme, bien avant le capitalisme, les moyens de productions ont toujours été privés. Mais l’usure, le prêt contre intérêt n’appartient qu’au capitalisme. Le réformer, c’est toucher en profondeur au capitalisme, et c’est pourtant faisable dans la société actuelle, dès à présent, même dans un monde « global », « mondialisé », et libéral.

Le cœur de la proposition du PCF, c’est de mettre en place par la puissance publique un crédit sélectif : un crédit à bas taux d’intérêt pour les prêts socialement utiles, créateurs de richesses et d’emplois, un crédit à taux d’intérêt élevé pour les prêts socialement coûteux ou inefficace (rachat et fusion d’entreprises amenant à une destruction d’emploi, spéculation boursière et autre). Et cela peut être fait dès aujourd’hui, même

Les Régions, aujourd’hui largement dominée par la gauche, peuvent appliquer immédiatement une telle mesure. Sans être richissime, les régions disposent d’une manne monétaire permettant de définir des priorités, et ne manquent pas, dès à présent d’attribuer des subventions pour favoriser l’emploi. Il leur est possible de mettre en place des lignes budgétaires pour mettre en place un crédit sélectif, à bas taux pour des projets favorisant l’emploi et la création de richesse.

Mais l’état pourrait bien mieux mettre en place ce crédit avec une toute autre puissance. Il redistribue chaque année 65 milliards d’euros aux entreprises en allégement de charge. Cette somme pourrait aller toujours vers les entreprises, mais sous une autre forme : le crédit sélectif. Ce peut être sous la forme d’un pôle publique, adossé à la Caisse des Dépôts et Consignation, les caisses d’épargnes et les grandes entreprises nationalisées et financé par une partie des allégements de charge des entreprises.

Mais c’est surtout la Banque Centrale Européenne qui peut révolutionner le système. Car ce sont les Banque Centrale qui prêtent aux banques et qui peuvent créer de la monnaie. En ayant un taux directeur non pas fixe mais des taux directeurs sélectifs selon la nature du prêt, la Banque Centrale Européenne peut guider les politiques de prêt des banques sans même qu’il soit nécessaire de les nationaliser.

Et adossé au crédit sélectif, la création de monnaie peut être un levier formidable. Une création de monnaie qui ne créée pas de richesse dans l’économie réelle amène à de l’inflation. Mais une création de monnaie pour un prêt qui créée de la richesse dans l’économie réelle ne créée aucune inflation. Au contraire, cette augmentation de la masse monétaire reflète la réalité de l’augmentation de la richesse du pays. Combiné au crédit sélectif, la création de monnaie peut être un levier efficace, puissant et non créateur d’inflation.

Voilà quelles sont les propositions du PCF. Des propositions réalistes, qui peuvent être mis en œuvre à tous les échelons, de la région à l’UE, dans la société actuelle, et qui touchent à la nature même du capitalisme financier, et seraient des premiers pas réels et concrets pour en sortir.

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 18:00

Qui connais bien la Bolivie ? Pourtant, dans ce petit pays au cœur de l’Amérique Latine se joue des événements politiques d’une ampleur historique pour le pays et riches d’enseignement pour l’europe.

Ce pays peuplé à 60% d’indiens, coutumiers des coups d’états et des dictatures, dirigé par la droite depuis plusieurs décennies, a élu en 2006 le premier président indien, Evo Moralès. A l’échelle de la Bolivie, il s’agit d’un événement aussi important que l’élection de Barack Obama aux USA.

Car la Bolivie souffre de deux maux, le racisme de la minorité dirigeante blanche, descendante des anciens colons espagnols contre la majorité indienne, et les extrêmes inégalités de richesses entre les riches propriétaires des Latifundia des fertiles plaines de Santa-Cruz – de la minorité blanche-, et les petits fermiers –indiens- qui s’accrochent aux plateaux arides de la Cordillère des Andes. En Bolivie comme ailleurs, racisme et inégalité sociales sont indisosciables.

L’élection d’Evo Moralès fut un symbole de dignité retrouvé pour les indiens, comme le fut celle de Barack Obama pour les afro-américains. Mais comme Barack Obama, Evo Moralès ne s’est pas fait élire en premier lieu pour la couleur de sa peau, mais bien pour son programme politique. Autour de sa personne, il a su fédérer plusieurs partis politiques, mais aussi le « mouvement social » : associations et syndicats. Il a surtout su fédérer sur un programme de « progrès social » : égalité entre tous, redistribution des richesses…

Comme aux USA, on est droit de se demander si le président a réellement les moyens de transformer le pays à la hauteur de ses ambitions. Il y’a eu quelques mesures phares : la « Renta Dignitad », assurant un revenu minimum à tous les retraités, les programmes d’alphabétisation, etc… Mais la réalité de la mondialisation impose ses contraintes, la crise économique touche aussi la Bolivie, la résistance des milieux financiers et industriels est forte… et la victoire des indiens prend parfois des allures « revancharde » contestables, comme le projet de rétablir la justice coutumière dans les communautés indigènes.

Mais faut-il s’arrêter à ce qu’Evo Morales ne pourra pas tenir toutes ses promesses, à ce que certaines de celles-ci soient contestables tout rejeter en bloc ?

De Moralès à Obama, des personnes charismatiques ont émergé au moment où on avait besoin d’elles, pour susciter un espoir de progrès social. Moralès ou Obama peuvent-ils répondre à l’immense espoir qu’ils ont soulevé ? Sans doute pas à eux seul. Mais une fois levé, l’espoir est une force immense, qui peut débordé même ceux qui l’ont soulevé.

J’étais à La Paz, le 20 octobre, lorsqu’a eu lieu la manifestation du « mouvement social » pour exiger de l’Assemblée Nationale une nouvelle constitution, antilibérale et redonnant leurs droits aux indigènes. Cette manifestation était historique pour la Bolivie, un millions de manifestants pour un pays de 9 millions !

Une chose m’a frappé en voyant arrivé les cortèges de mineurs et de paysons, au terme d’une marche de plusieurs jours dans l’altiplano bolivien à prêt de 4000m d’altitude : leur détermination. Ceux-là n’étaient pas venu pour faire un petit tour, se disperser à la fin de la manifestation et écouter à la radio du lendemain matin les résultats des négociations avant de retourner au travail.

En les voyant, il m’a été évident qu’ils ne repartiraient pas avant d’avoir eu gain de cause, même s’il leur fallait pour cela camper dans les rues de La Paz.

 

C’est là que j’ai pu mesurer la force de l’espoir que Moralès a suscité chez les boliviens. Une force que j’ai pu –en partie – retrouver dans les manifestations de joies de l’élection d’Obama. L’espoir suscité par ces deux hommes Moralès en Bolivie ou Obama aux USA est une force indépendante de celui qui les a initié..

Le programme d’Obama est à bien des égards contestable, mais la force que peut donner cet espoir au syndicalisme et au mouvement social américain, et les répercussions que cela peut avoir sur le monde entier, bien malin qui peut le prédire…

 De Moralès à Obama, l’espoir d’un progrès social est en train de revenir de l’autre côté de l’atlantique. J’espère qu’il traversera jusqu’à nous
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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 12:37

Je n’ai pas écrit sur ce blog depuis longtemps, car la vie privée de notre président a constitué l’essentiel de l’actualité médiatico-politique de ces derniers temps ; sujet qui ne m’apparaissait pas appeler de commentaires particuliers. Néanmoins, devant le « phénomène médico-politique » que constitue la mise en scène – volontaire, comme le montre la lecture par exemple du « Canard Enchaîné » - je voudrais faire part de quelques réflexions.

Chez Nicolas Sarkozy, tout est calcul et réflexion. La mise en scène de sa vie privée ne saurait échapper à la règle. Et le fait est, qu’à trois mois des élections municipales, l’actualité politique bruisse plus des rumeurs de mariage du président que d’analyse sur les enjeux des élections municipales. Alors que ces municipales pourraient fortement apparaître comme un vote « sanction » à l’égard d’un président et d’un gouvernement en chute dans les sondages, je ne peux pas croire que cet aspect ait échappé à l’omni-président.

Néanmoins, j’ai l’espoir que cette stratégie finisse par desservir Nicolas Sarkozy.  Dans notre société abreuvée de comédie romantique et de télé-réalité, il restera toujours une part importante de la population pour s’intéresser plus aux errements sentimentaux du président qu’aux élections municipales. Mais le changement pourrait peut-être venir des journalistes politiques. Depuis l’élection présidentielle, la plupart d’entre eux se sont ralliés sans nuances à la ligne gouvernementale, mais la lecture de certains journaux, l’écoute de certaines radios indique que la tendance fléchit légèrement. Je vais risquer une idée, lu là encore dans le « Canard Enchaîné » : les journalistes politiques sont aujourd’hui ravalés au rang de journaliste people, réduit à commenter la vie privée du président et sérieusement concurrencé par Gala, Voici et autres Paris-Match. Combien de temps supporteront-ils la remise en cause de leur prestigieux métier ?

Hélas, devoir espérer que les journalistes politiques retrouvent un semblant d’objectivité au nom de la « sauvegarde de leur métier », face aux journalistes people, si on en est là, c’est qu’on est tombé bien bas….

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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 18:02

            Je me suis longtemps demandé pourquoi, après avoir passé la loi sur le « service minimum » dans les transports, le gouvernement n’avait pas attendu qu’elle soit applicable (au 1er janvier 2008) pour réformer les régimes spéciaux ; réforme qui ne pouvait que générer une grève massive dans les transports.

            La réponse est venue le 18 octobre : d’après tous les commentateurs, pas un seul train supplémentaire n’aurait circulé ce jour là  si la loi avait été applicable. Une foi passé l’annonce médiatique, la loi sur le service minimum n’est que du vent. Réformer les régimes spéciaux avant la mise en œuvre de cette loi évite que cela ne soit trop flagrant.

 

            La présidence Sarkozy fonctionne par effet d’annonce. Il y’a donc eu celui sur le service minimum, mais on peut aussi parler du « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite » (qui sera en réalité plus proche d’un sur trois). S’il faut réduire le nombre de fonctionnaire, c’est donc qu’il y’a trop d’heures travaillées par les fonctionnaires, et que cela coûte trop cher à l’état.

            Pourtant, lors de son allocution du 29 novembre, le président a annoncé que les salariés pourraient monétariser leurs RTT, y compris les fonctionnaires. C'est-à-dire que ceux-ci travailleront plus et que cela coûtera plus cher à l’état, c'est-à-dire l’effet exactement inverse de celui-ci recherché par la réduction du nombre de fonctionnaires.

            Les effets d’annonces s’empilent et parfois se percutent.

 

            Les négociations sont encore en cours concernant « l’accompagnement » de la réforme des régimes spéciaux de retraites à la SNCF. Officiellement , le gouvernement ne cède en rien sur ses trois piliers (augmentation de l’âge de la retraite, mise en place de la décote, indexation des pensions sur l’indice des prix) et le représentant de l’état aux négociations tripartites n’a fait aucune concession.

            Néanmoins, la direction de la SNCF a, sous diverses formes, proposé des augmentations de salaires. A l’heure actuelle, on peut présager que ces augmentations de salaires viendront annuler ou peu s’en faut, les effets de la réforme pour les cheminots, qui pourront donc continuer de partir à la retraite à 55 ans, au pire à 57 ans et demi avec une retraite pratiquement égale à celle qu’ils auraient eu avant la réforme.

            Mais officiellement, l’état n’a rien cédé, les apparences sont sauves.

 

            Mais au-delà des apparences, cette politique peu parfois coûter cher à l’état et à la société. Pour calmer la grogne étudiante et financer les universités, Nicolas Sarkozy a donc annoncé le jeudi 29 novembre la cession d’une nouvelle partie du capital d’EDF. Annonce que la ministre de l’économie a apprise à la télévision ! Vendredi matin, rien n’était donc prêt pour mettre en œuvre cette cession du capital d’EDF. Le marché réagit mal et l’action EDF plonge de 3%, la capitalisation de l’entreprise perd 4,7 milliards d’euros (source : Canard Enchaîné du 5 décembre). Suite à cette baisse, lorsque les actions sont enfin mise en vente le lundi matin, le bénéfice qu’en a tire l’état n’est que de 3.7 milliards d’euros au lieu de 5 milliards, faute d’acheteurs. Ce jour là, la politique de l’effet d’annonce du président Sarkozy a coûté très directement au contribuable plus d’un milliard d’euros…

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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 19:50

            La durée légale du travail en France est la plus basse d’Europe et l’une des plus basse au monde. Pour autant faut-il «remettre la France au travail », et la France est-elle un pays de « flemmards, d’assistés, et de bon à rien », comme on l’entend parfois, tandis que nos voisins seraient des travailleurs acharnés et efficaces  ?

 

            La réalité est, comme souvent, bien plus complexe. La durée légale du travail en France est une définition légale qui fixe le nombre d’heure à partir de laquelle sont rémunérés les heures supplémentaires.  Pour connaître l’efficacité au travail des Français, il faut d’autres indicateurs, la durée de travail habituelle (prenant en compte les heures supplémentaires) ou la productivité.

 

                Cet article se propose de comparer ces valeurs pour la France et l’Angleterre. Les sources citées sont des organismes officiels de statistiques (Ministère du Travail en France, Office for National Statistics en Angleterre, OCDE) et les liens internets vers les articles précis fournissant les chiffres mentionnés sont fournis. Ce sont les derniers chiffres mis à jours.  

 

Durée du travail en France.

            En France, la durée légale du temps de travail est fixée à 35h.

 

          La durée collective du temps de travail correspond à la durée du temps de travail telle qu’affichée dans les entreprises. Elle est supérieure à la durée légale du temps de travail du fait d’heures supplémentaires dites structurelles, car effectuées chaque semaine par des salariés soumis à un horaire collectif supérieur à la durée légale. Cette durée collective du temps de travail pour les emplois à temps complet est de 35.9h/ semaine, 35.6h pour les entreprises d’au moins 10 salariés, 36.9h dans les plus petites) (source : Ministère du Travail, mise à jour 23 mars 2007). Elle n’inclut pas les contrats au forfait jour (cadre notamment).

 

            La durée hebdomadaire habituelle du temps de travail s’applique à une semaine normale sans événement exceptionnel (jour férié, congé, etc), elle inclut toutes les heures habituellement effectuées par la personne interrogée, y compris les heures supplémentaires régulières, rémunérées ou non. Elle est de 38.9h pour les salariés à temps complet, 23.0h pour les salariés à temps partiel. La durée hebdomadaire habituelle du temps de travail pour l’ensemble des salariés est donc en France de 37.4h (source : Ministère du travail, mise à jour le 13 septembre 2005)

  

Durée du travail en Angleterre :

             En Angleterre, il n’existe pas de notion de durée légale du travail, hormis une directive européenne fixant à 48h a durée maximum du travail dans toute l’UE.

 

 

            La durée effective du temps de travail (actual hour of work) moyenne pour une personne travaillant à temps complet est de 37.2h. La durée moyenne de travail pour une personne travaillant à temps partiel est de 15.6h. La durée moyenne pour l’ensemble de la population est de 32.0h (source : Office for National Statistics, mise à jour Mars 2007)

  Comparaison France-Angleterre

            Un salarié Français à temps complet travaille en moyenne 38.9h contre 37.2h, compte tenu de l’emploi à temps partiel bien plus développé en Angleterre qu’en France, rapportés à l’ensemble de la population employées, la durée hebdomadaire moyenne du travail en France est de 37.4h en France contre 32.0h en Angleterre !

 

Productivité comparée de la France et de l’Angleterre

             L’efficacité au travail d’une nation dépend de la durée du travail moyenne dans ce pays, mais aussi de sa productivité. Une mesure en est l’augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB) par heure travaillée.

 

             La productivité par heure travaillée en France est de 40.1€/h, elle est en Angleterre de 22.3£/h, soit rapporté en Euros, environs 32€/h. (Source : OCDE, mise à jour le 15 mai 2007)

  

Le mot de la fin

            Les Français travaillent plus longtemps et sont plus efficaces au travail que les Anglais, dont le modèle Blairiste a pourtant souvent été cité en exemple durant la campagne électorale.

 

            Bien sûr, la France souffre d’un fort taux de chômage, le pouvoir d’achat y est bas. Mais la réponse à ses problèmes ne peut être résumé dans la simple formule « remettre la France au travail », la France travaille bien, mieux que ces voisins. Le problème, et ses solutions sont ailleurs.

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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 21:14

Quelques récents exemples de l'actualité économique continuent à me faire croire que l'Etat à un rôle majeur à jouer dans la direction économique et industriele de la nation.

 Eurotunnel d'abord. Selon la volonté de Mme Tatcher, alors 1er Ministre de Grande Bretagne, le tunnel sous la manche s'est réalisé "sans un centime d'argent public". Les investissements collossaux nécessaire pour cet ouvrage majeur ont laissé à la société Eurotunnel une dette de 9 milliards d'Euros. Aujourd'hui, la société Eurotunnel engrange des bénéfices, hélas insuffisant pour faire face aux intérêts de la dette, encore moins pour la rembourser. Dans un article du monde daté du 17 mai, le PDG de la société Eurotonnel avoue ses inquiétudes quand au succès de l'Opération Publique d'Echange, qualifiée de "dernière cartouche" pour sauver la société. Et après, que se passera-t-il ?
 Il serait absurde que le Tunnel sous la Manche, qui a modifié en profondeur les comportements des Français et des Anglais et joue un rôle majeur dans les relations commerciales entre les deux pays, que ce Tunnel sous la Manche ferme car la société qui le possède est en faillite. Il est à craindre que les états ne soient obligés d'intervenir.

Le projet Galileo ensuite. Ce projet initié par la Commission Européenne vise à établir un système concurent du GPS et indépendant de l'armée américaine. Car le GPS a été entièrement financé sur fond public américain et est sous le contrôle de l'armée américaine. Même les nouveaux investissements de ce système, qui dégage d'impressionants bénéfices, sont financés par des fonds publics. Au contraire, la Commission Européenne souhaitait un financement sur fond privé pour le projet Galileo.
 Entendu ce matin 16 mai à France Inter, le projet Galileo accuse 4 ans de retard, principalement car les industriels à la tête du projet ne parviennent pas à s'entendre. A tel point que la Commission Européenne envisage désormais un financement à 100% public.

Ces deux échecs patents montrent que l'industrie privée n'est pas en mesure de réaliser seule les grandes infrastructures de la nation. C'est un exemple dont il faut se souvenir à l'heure où les "Partenariats Publics Privés" sont à l'honneur pour la construction des nouvelles lignes TGV ; à l'heure de l'ouverture à la concurence du marché de l'électricité prévu pour le 1er juillet. Dans ce second exemple, un  industriel privé consentira-t-il les investissements majeurs nécessaires pour assurer la pérénité de l'approvisionnement électrique de la France, renouveller les centrales nucléaires vieillissante ?

 La logique de l'industrie privée veut une rentabilité à court terme, cinq ou dix ans. Cette logique est incompatible avec le financement de grandes infrastructures, telle qu'une ligne TGV, une centrale nucléaire, le tunnel sous la manche qui ne pourront être rentabilisés qu'après plusieurs décénies. En conséquence, il appartient à l'état de les financer et de les réaliser.

 Endetter l'état pour son fonctionnement courant est dangereux. Mais le recours à l'emprunt est la seule manière de réaliser aujord'hui les infrastructures nécessaires à la France de demain.

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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 19:50

Article inspiré du programme de Marie George Buffet.

            Parmi les thèmes de cette campagne revient fréquemment, notamment à droite, l’idée que les caisses de l’état sont vides, et donc que toute proposition « coûteuse » financièrement est irréaliste.

1 – Le constat, le poids de l’endettement de l’état.

            Il est vrai que les chiffres sont là et pèsent lourd :

·      Dette de l’état, 1 117 milliards d’Euros en 2005,

·      déficit de l’état 19.95 milliards d’Euros en 2006

·      Intérêt de la dette 40.890 milliards d’Euros en 2006, soit 14.8% du budget de l’état, deuxième poste de dépense derrière l’enseignement (21.7%) et devant la défense (13.4%)

(source vie-publique.fr)

Si l’état pouvait dépenser pour d’autres projets ces 40.890 milliards d’Euros bien des choses seraient possibles, et la réduction de la dette apparaît comme une nécessité. Il faut donc que « chacun fasse un effort », « accepte des sacrifices ».

 

2 – Un effort réellement partagé

            Oui, il faut que chacun fasse un effort, c'est-à-dire que tous les éléments de la société fasse un effort, les salariés mais aussi les entreprises. Mais cet effort est-il justement réparti  ?

·      L’impôt sur le revenus représente 20.3% des recettes de l’état

·      L’impôt sur les sociétés représente 14.6% des recettes de l’état.

Oui mais, les sociétés ne sont pas soumises à la TVA, payée uniquement par les personnes physiques, donc essentiellement par les salariés.

·      La TVA représente 45.5% des recettes de l’état.

Très schématiquement, les recettes de l’état pèsent donc pour 65% sur les salariés, et pour 15% sur les entreprises. Est-il juste de demander aux salariés de faire encore un effort supplémentaire, tout en allégent encore les charges pesant sur les entreprises  ? A la vue de ces chiffres, on peut en douter.

(NB :  le reste des recettes de l’état est composé à 7.5% Taxe Intérieur sur les Produits Pétroliers, « autres, notamment les droits de succession 10.7% », autres : notamment la taxe sur les salaires et l’ISF : 1.4%, source vie-publiques.fr)

3-Les entreprises ont-elles les moyens financiers de cet effort  ?

            Les extraordinaires bénéfices du CAC 40 sont connus : En 2004, 66.2 milliards, en 2005, 84.3 milliards, en 2006 97 milliards (source le Nouvel Observateur), soit plus de deux fois le poids de la dette de l’état, et encore ne parle-t-on que des 40 premières entreprises en France, pas des autres.

            A titre de comparaison, le SMIC à 1 500 € tout de suite a été évalué à 10 milliards d’euros par Marie George Buffet, l’embauche des 2 millions de chômeurs que compte la France au salaire mensuel moyen a été évaluée par le journal l’Humanité à environs 100 milliards d’Euros.

            Si la totalité des bénéfices des 40 premières entreprises françaises et uniquement ces 40 entreprises pouvait être affectée à la lutte contre le chômage, il suffirait à embaucher la totalité des chômeurs. A peine 10% de ce bénéfice suffirait à monter le SMIC à 1500 € !

            Ce qui est vrai pour les plus grandes entreprises n’est pas faux pour les plus petites.  A titre d’exemple, d’après l’INSEE, voici les bénéfices pour les entreprises industrielles hors industrie agricole et énergie :

  

·      De 0 à 9 salariés : 2.5 milliards d’€

·      De 10 à 19 salariés : 0.6 milliards d’€

·      20 à 49 salariés : 1.5 milliards d’€

·      50 à 249 salariés : 1.8 milliards d’€

·      250 à 499 salariés : 1.3 milliards d’€

·      500 à 1999 salariés : 3.5 milliards d’€

·      Plus de 2000 salariés : 7 milliards d’€

 

On constate que, même si de nombreuses PME-PMI connaissent des difficultés économiques, globalement, l’industrie française se porte bien. La France est d’ailleurs au 6e rang mondial pour son PNB (source FMI).

Les entreprises françaises génèrent suffisamment de bénéfices pour qu’on puisse se poser la question de leur répartition afin qu’ils bénéficient à toute la population.

4- Quelle politique de taxation des entreprises  ?

             Il ne s’agit pas bien sûr de taxer plus durement et indistinctement toutes les entreprises, frappant les plus fortunées, comme les plus fragiles économiquement. Une politique économique intelligente doit permettre d’imposer plus lourdement les entreprises bénéficiaires ne réinvestissant pas leurs bénéfices pour l’emploi, mais ne frappant pas les entreprises en difficulté économique où investissant pour l’emploi. C’est ce que propose notamment le programme de Marie Georges Buffet.

5 – La peur des délocalisations  ?

            Si les entreprises sont plus taxées, elles iront dans les pays où la main d’œuvre est moins chère, taxer plus les entreprises, c’est accélérer le mouvement de délocalisation, entend-on souvent dire.

            Le salaire moyen d’un ouvrier chinois est inférieur à 85 €/mois. Le salaire moyen en France est de 1 500 €/mois. Quel que soit la politique menée en France, de la plus libérale à la plus sociale, les ouvriers chinois seront toujours infiniment moins cher que les ouvriers français. Vouloir éviter les délocalisations en baissant le coût du travail est un combat perdu d’avance !

            D’autres politiques peuvent être menées : une concurrence « libre et non faussée », est ce de mettre en concurrence des entreprises de pays aux droits sociaux et aux charges sociales radicalement différentes ou bien est-ce de mettre tout le monde sur un pied d’égalité en instaurant des droits de douanes à l’entrée de nos frontières rétablissant l’égalité entre les charges sociales payées par les entreprises françaises et le taux d’impositions dans d’autres pays  ?

            Et les salaires sont-ils la seule cause de délocalisation  ? Dans bien des industries, le coût de l’énergie (électrique notamment) pèse aussi lourd que la masse salariale dans les dépenses. Dans ces secteurs, le maintien d’EDF-GDF dans le giron publique à des tarifs réglementés et faibles ferait autant et plus pour le maintien de l’emploi que la baisse des cotisations sociales.

 

6 – Une question de choix.

            Comme je viens de les montrer, les moyens financiers pour mener des projets politiques ambitieux existent. Les utiliser n’est qu’une question de choix politique.

            Marie George Buffet a fait ce choix, et c’est pourquoi je voterais pour elle dimanche 22 avril !

 

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