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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 22:42

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/5/3/3/9782081251335.jpgLe dernier ouvrage de Jean-Luc Mélenchon, au titre provocateur « Qu’ils s’en aillent tous ! » est en tête des ventes de livres politiques du moment. Dernier ouvrage d’un des possibles candidats du Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012, il m’est paru utile d’en faire partager mon analyse.

 « Que se bastan todos »,  « qu’ils s’en aillent tous » en Français, ce fut le cri des manifestants, des révolutions qui ont amené notamment le Venezuela, la Bolivie ou l’Equateur a renverser leurs élites pour mettre des gouvernements neufs, se réclamant du « socialisme du XXIème siècle ». C’est sous ce patronage que Jean-Luc Mélenchon place son livre. Il pose le thème : il attend, il espère et veut œuvrer en France pour une révolution « citoyenne » du même ordre que celles qui secouent actuellement ces pays d’Amérique Latine.

 Pour Jean-Luc Mélenchon, ce livre n’est « ni un manifeste, ni un programme », mais veut « faire partager un enthousiasme », celui d’appeler à une révolution citoyenne, de brosser à grand traits les caractéristiques d’une société capitaliste à bout de souffle et pourquoi il faut « qu’ils s’en aillent tous » pour laisser la place à une nouvelle société, non marchande et non capitaliste

 Le livre est partagé en 5 grands thèmes, que j’aborderais rapidement :

  • La refondation républicaine
  • L’autre partage des richesses
  • Sortir du traité de Lisbonne
  • La planification écologique
  • Faire une autre paix

 La refondation républicaine

Pour Jean-Luc Mélenchon, mais c’est aussi dans le programme du PG et du PCF, l’urgence est à la fondation d’une VIème République. Il faut convoquer une assemblée constituante chargé de mettre en œuvre un vaste processus populaire d’élaboration de cette constitution.

L’objectif est bien sûr de réformer les institutions, mais aussi de mettre l’intervention citoyenne à tous les niveaux : dans les médias et dans l’entreprises sont les exemples illustrés au fil des pages.

 L’autre partage des richesses

Le chapitre le plus faible du livre à mon avis. Jean-Luc Mélenchon y dénonce l’immense écart de richesse dans notre pays, le rôle des banques dans la crise économique, les salaires indécents des grands patrons du CAC 40. Tout cela est vrai, mais dit parfois d’un ton qui accumule les clichés et frise la caricature.  Jean-Luc Mélenchon y fait néanmoins la proposition d’un salaire maximum à 30 000 et d’un écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise.

Deux points m’ont marqué, Jean-Luc Mélenchon rappelle que des taux d’impositions très élevés ont existé par le passé : en 1941, le président Roosevelt amène un taux de 91% sur la tranche maximum d’impôt sur le revenu aux USA. Il restera à 70% jusque dans les années 80.

Autre point qui m’a marqué : un simple rappel. Membre du G7, la France est la 5ème économie du monde. Si la 5ème économie du monde est un pays ruiné, c’est inquiétant pour l’ensemble de la planète. Ou alors, peut être que notre économie est forte, mais que la question est seulement celle du partage, comme nous le disons depuis bien longtemps.

 Sortir du traité de Lisbonne.

Le titre est sans équivoque. Jean-Luc Mélenchon appelle à sortir du traité de Lisbonne et déclare d’ailleurs renoncer à une partie de son rêve européen : les faits ont démontrés que la construction actuelle de l’Europe ne peut pas amener à un fédéralisme porteur d’avancées sociales pour les peuples européens. Sortir du traîté de Lisbonne, recouvrer la souveraineté populaire est la première étape pour reconstruire une autre Europe.

L’argumentation est étayée des nombreuses critiques contre l’Union Européenne, destruction des services publiques, libéralisation à outrance, alignement sur les USA…

 La planification écologique

 Le thème est abordé à grand trait. Il s’agit de rappeler d’abord qu’il ne s’agit pas tant de « sauver la planète » que de sauver l’écosystème nécessaire à la vie humaine. La lutte pour un environnement sain est un élément central des luttes sociales.

La planification écologique, c’est de soumettre le développement du pays à la réalisation d’objectifs écologiques à long terme. Sortir du nucléaire, mettre en place des droits de douanes conditionnées à la quantité de carbone émise durant le transport ou aux conditions sociales du pays exportateurs sont autant de pistes évoquées.

 Faire une autre paix.

Ce paragraphe traite de quelle politique étrangère porteuse de paix pour la France et l’Europe. Pour Jean-Luc Mélenchon, le risque majeur n’est pas le terrorisme, mais bien la lutte pour les ressources, pétrole, eau… L’idée directrice est de quitter le giron américain, l’OTAN pour regagner une vraie indépendance en matière de politique étrangère.

 Cela passe, et c’est le point polémique, par notamment une alliance commerciale forte avec la Chine. Cela ne veut pas dire qu’il en approuve le régime, mais que face à l’impérialisme américain, il faut se réorienter pour avoir d’autres partenaires économiques, la Chine étant incontournable.

Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon décrit la Chine comme une puissance non impérialiste, n’ayant aucun soldat hors de ses frontières, hors mission de l’ONU. L’assertion me paraît un peu courte sans évoquer au moins le Tibet et Taïwan, deux revendications territoriales chinoises qui ne font pas l’unanimité. D’autres part, il me semble avoir lu dans un article du Monde Diplomatique d’il y’a quelques mois que la Chine cherche a renforcée sa présence navale dans l’ensemble de l’océan indien, notamment en développant des accords militaires pour pouvoir stationner ses navires dans des pays étrangers.

 

Globalement, le livre est intéressant. Il permet de mieux comprendre la « radicalité » du discours de Mélenchon, mais aussi le ton agressif qu’il emploie, qui procède d’une stratégie assumée.

Néanmoins, ce libre m’a laissé sur ma faim. A de multiples reprises, le livre tombe dans le cliché, dans l’idée toute faite, certes de gauche. Il en devient hélas presque caricatural. Mais surtout, ce livre est court, 130 pages 15 écrit en gros caractère. Globalement, dans la profondeur de l’analyse, il est très en dessous des précédents ouvrages de Jean-Luc Mélenchon, notamment « En Quête de Gauche », que je recommande vivement à tous ceux qui se demandent si le PS est encore de gauche.

 

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Published by Laurent MELY - dans Culture
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commentaires

Brath-z 08/01/2011 17:07



Ca y est ! Je l'ai lu, ce Qu'ils s'en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne ! Et je dois dire que j'ai été limite déçu. A voir et entendre les réactions qu'il a suscité dans les
médias, je dois dire que je m'attendais à un brulot autrement plus radical. En fait, J.-L. Mélenchon prouve qu'on peut garder une grande modération et faire preuve d'une pédagogie exemplaire en
proposant rien moins que la sortie du capitalisme. C'est important, de ne pas passer pour un excité, dans notre temps médiatique.


 


Sur le fond en lui-même, j'emet quelques réserves quant au discours, notamment en matière d'écologie. D'ailleurs, à titre personnel, je me refuse à utiliser ce terme. Je lui préfère celui, moins
ambigu, d' "environnementalisme", au risque de passer aux yeux de l'écologie politique officielle pour un dangereux réactionnaire. C'est la même démarche, d'ailleurs, entreprise par M. Mélenchon
lorsqu'il rabat le caquet de ceux qui prétendent "sauver la planète". Sauver l'écosystème qui permet à l'humanité de vivre, c'est sauver l'environnement. Il y a quelques leçons à tirer de cette
distinction.


Aussi, j'ai constaté avec plaisir que, dans ce livre, J.-L. Mélenchon s'abstenait d'adopter une position trop dogmatique en matière d'alternative au nucléaire. Vues les (nombreuses) défiances à
l'égard de la géothermie, notamment en matière de santé publique, il serait pour le moins malavisé d'en faire la panacée. Là, dans ce livre, il s'est abstenu en la matière du jugement péremptoire
qu'il a manifesté dans de nombreuses émissions télévisuelles et radiophoniques au cours des derniers mois. En disant (je cite de mémoire) que "des scientifiques de haut niveau [l'ont] aiguillé
sur la voie de la géothermie", il laisse très clairement entendre que d'autres solutions sont tout à fait envisageables. Surtout, il laisse la main à la science et à la technique pour trouver les
solutions de substitution à l'énergie nucléaire actuelle. Car il en est d'autres, paraît-il, qui, quoique reposant sur l'exploitation de l'énergie nucléaire, seraient moins nocives. Un type un
peu illuminé comme Jean-Pierre Petit les expose d'ailleurs depuis des années à travers son site internet, ses brochures et même les bandes dessinées pédagogiques qu'il concote pour la jeunesse.


 


Passons sur le volet environnementaliste et énergétique et abordons à nouveau le point qui fache : la Chine. Dans son ouvrage, contrairement à ce que j'ai pu entendre ici ou là, il ne se contente
pas de poser l'alternative en les termes "la Chine ou les États-Unis d'Amérique, il faut choisir". Du tout. Au contraire, il y cite la nécéssité d'une entente avec la Russie et il dénonce la
tentation mondialiste du G2, cette régence partagée entre Chine et États-Unis d'Amérique. Il est dommage qu'il n'ai su, face à ses contradicteurs, mettre en avant ces positions bien plus subtiles
que les caricatures qu'on a voulu en faire. Quant à l'altercation entre lui et Michel Sérillon lors de l'émission "Vivement Dimanche" du sept novembre dernier sur les droits de l'homme en Chine,
je trouve qu'il s'y est très mal débrouillé. En effet, il eût pu alléguer de deux choses complémentaires : d'abord, tel n'était pas le propos de son livre, qui porte exclusivement sur le point de
vue français. Ensuite, était présente dans son livre un passage très clair sur la question (et sur bien d'autres), que je cite de mémoire : "Le régime chinois ne nous convient pas. Les conditions
de vie des Chinois ne nous conviennent pas. Très bien. Mais faut-il pour autant s'interdire de nouer avec eux un partenariat qui nous serait profitable au lieu de rester inféodé aux États-Unis
d'Amérique ?" Bref, il serait de l'intérêt de la France de nouer un tel partenariat.


Au risque de me répéter, je tiens quant à moi à écrire clairement ma position : compte-tenu du passif des relations établies entre nos deux pays depuis Saint Louis, de la position actuelle de la
Chine dans le monde et dans les économies occidentales et européennes et du présent assujétissement de toute la portion financière de notre économie nationale aux États-Unis d'Amérique dont le
comportement vis-à-vis de leurs alliés et partenaires, depuis leur création il y a un peu plus de deux siècles, est pour le moins peu fiable (la liste des longue de leurs alliés floués à leur
seul bénéfice, et la France y figure déjà depuis longtemps et a eu à subir à de nombreuses reprises leur filouterie), il serait souhaitable que soit en effet noué un partenariat particulier entre
la France et la Chine. Mais ce partenariat ne doit pas être trop étroit, car la Chine a eu et aura à l'avenir des prétentions impérialistes (qui ne se traduiront pas nécessairement en termes
militaires) et que, pour la première fois de l'histoire, une puissance à la fois fortement importatrice et exportatrice dispose des moyens de peser sur l'économie mondiale. Il ne faut pas nous
mettre nous-mêmes dans une situation où un allié circonstanciel (mais y a-t-il d'autres alliances que circonstancielles ?) pourrait nous tenir à la gorge. C'est pourquoi je préconise, en
préhalable à l'échaffaudage d'une telle relation avec la Chine, l'établissement d'un partenariat étroit avec la Russie, avec laquelle nous pouvons établir une relation plus équilibrée, ce qui
nous permettrait de faire peser en partie cette autre grande puissance historique, diplomatique et géostratégique dans nos relations avec la Chine.


 


PS : En écrivant ce commentaire, j'ai eu l'idée d'en faire une note de blog, que j'ai publiée à cette adresse :
http://elucubrations.de.brath-z.over-blog.com/article-qu-ils-s-en-aillent-tous-vite-la-revolution-citoyenne-64556446.html


 


 


 


 


 


 


 


 



Brath-z 21/12/2010 10:53



Je n'ai pas encore lu ce livre (mais ça ne saurait tarder), mais je vais néanmoins me permettre un commentaire sur le "point polémique" abordé par M. Mélenchon lui-même dans diverses émissions
télévisées et radiophoniques auxquelles il était invité.


L'assertion selon laquelle la Chine n'est pas une puissance impérialiste dénote à mon avis d'une certaine ignorance de la réalité culturelle de la Chine. Récemment encore je discutais avec un
historien chinois qui m'expliquait que là-bas, les études historiques portant sur le monde occidental se heurtaient à une incompréhension. En effet, comme me l'a dit mon interlocuteur, "en Chine,
nous n'avons pas de nations mais un empire". Les Chinois se voient profondément non comme un peuple ni une race ni une nation mais comme un empire. Toute leur histoire, depuis les Royaumes
guerriers jusqu'à la République Populaire, ils la voient comme une succession de phases d'union et de morcellement de cet empire, et ils ont tendance à calquer ce modèle sur les autres zones
géographiques et culturelles (ça m'a fait bizarre d'assister à un colloque en anglais sur "l'unité retrouvée de l'Empire romain d'Europe au XXIème siècle"). Donc culturellement parlant, la Chine
se conçoit elle-même comme un empire. La qualifier de puissance non impérialiste relève donc de l'ignorance, à mon avis.


Cependant, force est de constater qu'aujourd'hui (ça n'a pas toujours été le cas par le passé), cet empire n'a aucune visée expansionniste et ne vise pas encore clairement à étendre sa sphère
d'influence et d'ingérence hors de ses voisins immédiats d'Asie (les deux Corées, le Vietnam et la Mongolie, principalement) même s'il piétinne avec efficacité notre propre sphère d'influence en
Afrique et au Moyen-Orient. Si l'on ajoute à cela la comparaison avec les États-Unis d'Amérique dont le comportement depuis leur fondation vis-à-vis de leurs alliés et partenaires économiques et
géostratégiques a été systématiquement fait de roublardise et de trahisons des engagements (France, Mexique, Espagne, Haïti, Royaume-Uni, Allemagne, ... la liste est longue de leurs "partenaires
privilégiés" lésés depuis deux siècles), on peut comprendre qu'un partenariat plus étroit avec la Chine (qui est de plus une "alliée naturelle" de la France depuis Saint Louis, ce qui mine de
rien crée des liens) soit de meilleur rapport pour la France que l'intégration dans un "monde occidental" sous direction des États-Unis d'Amérique. Il convient néanmoins de garder de salutaires
distances notamment en matière commerciale avec la Chine qui est à la fois puissance exportatrice et importatrice (au contraire des États-Unis d'Amérique qui ont toujours été soit l'une soit
l'autre) et dispose donc de biais de pression inédits sur notre économie.


Dans l'idéal, un rapprochement avec la Russie servirait mieux nos intérêts à court terme (nous avons besoin de redevenir une puissance industrielle et agricole productrice et exportatrice, et la
Russie a besoin à la fois de matières agricoles et d'outils industriels) et nous permettrait un rapprochement plus prudent avec la Chine (qui a fort besoin des ressources énergétiques russes et
du partenariat avec la Russie sur les questions mongole et ouzbèke). Mais chacun sait que l'idéal n'est jamais réalisable.