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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 22:28

http://img.over-blog.com/567x541/1/37/01/11/Num-ro-1/Taxe-carbone.jpgLa crise écologique peut-elle trouver des réponses compatibles avec le système capitaliste ? Je me propose une courte réflexion sur le sujet au travers de deux sujets d’actualités récente : l’abandon de la taxe carbone par le gouvernement et l’abandon du trafic fret en « wagon isolé » par la SNCF.

 

Retour sur la taxe carbone

Rappelons brièvement les faits d’une histoire en plusieurs temps [1]. L’idée de la taxe carbone émerge lors de la campagne présidentielle de 2007 dans le pacte écologique de Nicolas Hulot. L’idée de cette taxe répond au besoin de prise en compte de la crise écologique dans la politique française, non seulement par un parti politique comme les verts, mais par l’ensemble de la classe politique.

 

Le projet de loi de la taxe carbone, faisant suite au Grenelle de l’Environnement, est proposé en septembre 2009. Celui-ci propose de taxer les émissions de carbone à hauteur de 17 € la tonne, avec des mécanismes de compensations pour les ménages, mais surtout une totale exonération pour 93% des émissions industrielles de carbone dont notamment les centrales thermiques, le transport routier de voyageur,  le transport aérien, les raffineries…

 

Ces exemptions amèneront d’ailleurs le conseil constitutionnel à censurer le projet de loi.

 

Confronté au choix entre proposer un nouveau projet de loi taxant non seulement les particuliers, mais aussi les entreprises et retirer tout simplement le projet de loi, le gouvernement a fait le choix à l’issu des élections régionales de renoncer à la taxe carbone. Il y renonce, car il s’agit dit-il de sauvegarder la compétitivité de nos entreprises.

 

Morale de l’histoire : En capitalisme, faire de l’écologie, ça va bien quand il s’agit d’en faire peser le poids sur les particuliers, mais « ça commence à bien faire »[2] quand il s’agit de faire contribuer à l’effort collectif les grandes entreprises privées. Entre la sauvegarde de l’environnement et la compétitivité des entreprises françaises, en capitalisme, le choix est vite fait.

 

Le capitalisme est-il écolo-compatible ? A voir l’histoire de la taxe carbone, la réponse semble être « non ».

 

La réforme du fret ferroviaire, le wagon isolé.

Les cheminots sortent de trois semaines de grève contre, notamment, la réforme du fret ferroviaire et l’abandon du « wagon isolé ». De quoi s’agit-il ?

 

Lorsqu’une entreprise souhaite faire acheminer des marchandises d’un point à un autre, il arrive qu’elle puisse affréter des trains entiers. Parfois, elle n’a un volume de marchandise à transporter qui ne nécessite qu’un ou deux wagons. On parle alors de « wagon isolé ».

 

Pour la SNCF, ces wagons isolés représentent un effort logistique très supérieur à un train entier. Il faut envoyer une locomotive chercher les wagons isolés en question, les ramener à une gare de triage, puis là, les assembler à d’autres pour former un train complet. Ensuite, on véhicule le train jusqu’à la gare de triage la plus proche du point de destination finale et on désassemble à nouveau les wagons. Enfin, une troisième locomotive acheminera les wagons isolés jusqu’à leur desserte finale.

 

Ces wagons isolés nécessitent infiniment plus de personnels et de moyens logistiques qu’un train complet, alors qu’ils représentent un volume du même ordre qu’un camion (un wagon équivaut à deux camions). Economiquement, les wagons isolés sont donc bien moins rentables que les trains entiers (ils sont même à perte) et guère concurrentiel avec le transport routier.

 

La SNCF a donc fait le choix économique de restreindre cette activité. D’un point de vue strictement économique, ce choix est le meilleur à faire. En effet, peu de gens savent que la SNCF est aussi la première entreprise de transport routier via sa filiale Geodis (elle-même holding abritant de très nombreuses PME de transport routier).

 

D’ailleurs, l’ancienne Branche « Fret » (ferroviaire) dont Geodis était la filiale a été renommé « Geodis », la branche SNCF porte le nom de sa filiale, ce qui en dit long sur la place de l’activité fret ferroviaire dans l’activité de cette branche.

Pour la SNCF, il s’agit donc de transférer une partie de ses marchées d’un secteur non rentable (fret – wagon isolé) à un secteur rentable (Geodis) de l’entreprise. En bonne logique financière, il n’y a pas de meilleur choix.

 

Bien sûr, si on se pose la question d’un point de vue écologique, l’opération consiste à transférer un volume très important de marchandise du fret ferroviaire (rejetant très peu de CO2) au transport routier (rejetant beaucoup de CO2). La CGT estime ainsi que l’abandon du wagon isolé mettra 1 200 000 camions supplémentaires sur les routes chaque année.

 

Ajoutons qu’au-delà même du CO2, plus de camions sur les routes, c’est aussi plus de nuisances pour la population (circulation des camions sur les axes secondaires type départemental), plus de pollution dans les périphéries urbaines, plus d’accidents de la route.

 

Mais seulement voilà , le wagon isolé est écologiquement intéressant, économiquement non compétitif vis-à-vis du transport routier.  Or, les règles de la concurrence « libre et non faussée  » de l’UE interdisent  de subventionner le fret ferroviaire pour lui permettre de concurrencer la route.

 

Précisions également que si le parlement a voté une « taxe poids lourd », son application est reportée à 2012 [3]. Cette taxe devrait avoir pour but de favoriser les modes de transport alternatif au camion. Elle est reportée parait-il parce que ces modes de transport ne sont pas assez développés. Pendant qu’on retarde l’entrée en vigueur de cette taxe qui rendrait compétitif le fret ferroviaire, ont réduit l’offre de fret ferroviaire pas assez compétitif. Cherchez l’erreur…

 

Morale de l’histoire : En capitalisme, faire de l’écologie, quand ça pourrait distordre la concurrence « libre et non faussée  », il n’en est pas question. Favoriser le fret ferroviaire vis  à vis du « tout camion » n’est pas envisageable.

 

Quelques solutions nouvelles

Bien sûr, on pourrait rêver d’imposer une « taxe carbonne » sur le transport routier de marchandise,  tandis qu’on subventionnerait le transport ferroviaire en wagon isolé. Le wagon isolé deviendrait ainsi concurrentiel vis-à-vis du transport routier, et on pourrait ainsi réduire notablement les émissions de CO2 et lutter quelque peu contre la crise climatique.

 

Mais non, ce ne sera pas le cas, autant le gouvernement français que l’UE s’oppose à de telles remises en cause du capitalisme.

 

Allons cependant plus loin dans les suggestions. Nicolas Sarkozy n’a pas tout à fait tord quand il dit qu’il faut une taxe carbone au niveau européen. J’irais même plus loin, c’est au niveau des frontières de l’UE qu’il faudrait mettre en place une telle taxe carbone.

 

Imaginons que chaque produit entrant dans l’UE se voit imposer une taxe douanière proportionnelle aux émissions de CO2 émises pour transporter cette marchandise jusqu’aux frontières de l’UE. Plus un produit viendrait de loin, plus il aurait utilisé un moyen de transport polluant, plus il serait lourdement taxé.

 

Bien sûr, ça porte un vilain nom, ça s’appelle du « protectionnisme ». Certes, du protectionnisme à des fins écologiques, mais du protectionnisme tout de même. Gageons qu’en capitalisme, cela n’arrivera jamais.

 

Dommage, on pourrait voir ainsi de belles choses se faire. Déjà, les fraises origine France redeviendrait moins cher que les fraises origine Maroc du fait de la taxe carbone sur ces dernières. Moins de CO2 émis par des camions traversant l’Espagne pour amener des fraises sur les marchés d’ile de France et un peu plus de revenus pour nos agriculteurs

Et puis, parce que nous ne saurons jamais renoncer à des produits exotiques, on pourrait par contre rêver de grands travaux. La Deutch Bahn a ainsi expérimenté un trafic de fret ferroviaire Pekin – Berlin via le trans-sibérien. Avec une telle taxe carbone, on pourrait imaginer ce que cela devienne une réalité et non une simple expérience. On pourrait imaginer un transsibérien rénové, adapté à du trafic fret massive pour emmener les marchandises d’Asie en Europe par le train et non pas par bateau ou avion… On y gagnerait beaucoup. Mais les investissements pour réaliser ces travaux sont si élevés que cela n’aura jamais lieu s’ils sont motivés par le seul intérêt économique.

 

Bref, en s’affranchissant des tabous  et des règles du système capitaliste, on peut imaginer des solutions innovantes qui pourraient grandement contribuer à résoudre la crise écologique.

1 : Le Figaro – Retour sur le parcours chaotique de la taxe carbone. 23/03/2010.

2 : Rue 89 – Pour Sarkozy, l’environnement ça commence à bien faire. 06/03/2010

3 : Futura Science – L’éco-taxe poids lourd reporté à 2012. 23/04/2010

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Published by Laurent MELY - dans Billet d'humeur
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commentaires

Brath-z 10/05/2010 12:23



Laurent > Il est vrai, bien entendu, que certains lobbys pétroliers (comme il y a plusieurs industries pétrolières dont les intérêts ne convergent que rarement, j'ai tendance à considérer
qu'il y a plusieurs lobbys pétroliers, mais c'est peut-être une erreur de ma part) ont combattu et combattent la thèse du réchauffement climatique (dans les années 1970, Maurice Strong avait même
promu la thèse d'une ère glaciaire prochaine, qu'il fallait éviter en consommant un maximum de pétrole... à l'époque, cette thèse fut d'ailleurs unanimement adoptée par les rares climatologues
"médiatiques").


Cependant la lutte contre le réchauffement climatique (ou, du moins, le changement climatique) ne rencontre pas directement les intérêts des lobbys pétroliers. D'ailleurs, des entreprises comme
Total ont désormais inscrit dans leur ordre du jour la lutte contre le réchauffement climatique... par la baisse de l'augmentation des émissions (on peut toujours se moquer de la Chine, tiens !),
alors que considérer les impacts plus directs et certains de l'industrie sur l'environnement oblige à poser à plat le mode de production productiviste dans son ensemble, ce que ne fait pas la
"croissance verte" ou "croissance 0% carbone" (apparemment, Daniel Cohn-Bendit a suffisament popularisé la première expression pour qu'elle supplante la seconde).


 



Brath-z 29/04/2010 21:57



Bon sang, je viens de relire ce commentaire et je me suis aperçu que j'ai écrit "météorologiste" à la place de "météorologue"...


 


Fichu angliscisme !



Brath-z 28/04/2010 10:41



Un bon résumé de la situation : dès lors que cela remet en cause les intérêts des grandes entreprises (qui est de faire du profit), les mesures écologiques ne sont pas maintenues par les
libéraux.


 


Cependant il y a une chose qui m'énerve vis-à-vis du discours écologiste qui a sa place dans les médias : l'importance donnée aux émissions de CO2. Pratiquement toutes les activités industrielles
émettent du CO2, ainsi que bien d'autres produits. Or si nous sommes certains de l'impact environnemental du rejet des déchets fluorés, chlorés, etc., le CO2 est, précisément, le produit
industriel dont l'impact environnemental est le moins assuré. La meilleure preuve en étant qu'on n'en parle guère que pour évoquer le réchauffement climatique (réchauffement duquel on a tellement
peu de preuves que depuis dix ans les météorologistes ne parlent plus que de "changement climatique" !), alors même que dans certaines fumées toxiques des agents carbonnés sont responsables de
pollutions graves.


L'écologie médiatique se concentre sur les émissions de carbone alors qu'il s'agit d'un problème secondaire par rapport à d'autres (la pollution des sols et des eaux par des agents chlorés,
notamment) et qu'elles sont inhérentes à la production industrielle. En d'autres termes, il s'agit à mon sens de cacher les questions qui fachent (réduction des pollutions par la remise à plat du
système productiviste) par un prétendu "intérêt supérieur de la planète" dont on serait bien en peine de déterminer s'il existe.


 


Je précise tout de suite ma position sur le réchauffement climatique :


Ayant vécu trois ans avec une météorologiste, j'ai eu accès à un certain nombre d'explications des plus originales sur la question. Ainsi, il advient que nous sommes absolument incapables de
déterminer si, oui ou non, il y a le moindre changement climatique. En effet, les mesures que nous sommes capables de prendre sont "ponctuelles" (grosso-modo, des cercles de moins de dix
kilomètres de diamètre, centrés sur les sondes météorologiques). Or, les stations et sondes météorologiques, pour la plupart, datent des années 1950-60. Ainsi, une station postée à l'époque en
bordure d'une ville (mettons à quinze kilomètres de Paris, dans les champs) se retrouve aujourd'hui totalement intégrée au tissu urbain. D'où augmentation certaine de la température entre les
relevés des années 1960 et ceux des années 2000. Bravo, on a découvert qu'il faisait plus chaud en ville que dans les campagnes, c'est fantastique, mais ça même les romains de l'antiquité
l'avaient remarqué. Pire, même, les relevés effectués (sur un demi-siècle, donc, c'est-à-dire une période extrêmement courte) dans des lieux qui n'ont que peu changé entre le moment
d'installation des sondes et aujourd'hui sont parfaitement incohérents. Certains signalent une augmentation de la température, d'autres une baisse, d'autres une stabilité, d'autres un yo-yo
permanent sur des périodes courtes (entre un et dix ans), sans même parler des résultats plus abberants encore.


Par ailleurs, les rares relevés considérés de l'avis général des météorologues comme les plus fiables en matière d'étude du climat - les relevés de température maritimes effectués dès le milieu
du XVIIIème siècle avec une précision qui ferait palir certains de nos instruments de pointe en la matière (mais nos instruments de pointe ne se contentent pas, il est vrai, de mesurer la
température et la pression) - indiquent pratiquement tous une baisse globale de la température entre 1800 et aujourd'hui. Mais encore une fois, ce ne sont que des relevés ponctuels. C'est donc à
raison que le GIEC considère que ces relevés ne sont pas des arguments recevables pour accréditer les thèses des "climato-sceptiques" comme on dit. Je métonne juste que les arguments fondés sur
des relevés du même genre soient, eux, considérés comme recevables du fait qu'ils vont dans le sens d'un réchauffement global de la température (alors même que ces relevés sont, comme indiqué
plus haut, largement plus sujets à caution que les maritimes).


La vérité en la matière est que nous ne savons guère ce qui influence ou non la température, que nos relevés sont abbérants, qu'en plus d'un siècle de développement de la météorologie nous sommes
toujours incapables ne serait-ce que de comprendre le phénomène de formation des orages et que, donc, en la matière, toutes les hypothèses, même les plus folles (je me souviens être tombé un jour
sur un site internet - en anglais - promouvant la thèse selon laquelle des extra-terrestres seraient à l'origine du changement climatique), se valent, mais qu'elles ne valent pas grand chose car
elles ne sont jamais éttayées que par du vent. La vérité est que le GIEC doit justifier son budget et que pour cela, cet organisme politique (et non pas scientifique) n'a pas hésité à orienter
les recherches dans le sens choisi à l'avance par ses fondateurs (notamment Mme Thatcher).


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 



Laurent MELY 03/05/2010 16:26



Je ne vais pas rentrer dans les détails du débat sur le réchauffement climatique. Je ne suis pas expert pour avancer argument et contre-argument.


Le sens de mon article est dire que ce qui est perçu par la pensée dominante comme le principal risque écologique (à tord ou à raison) ne peut pas être combattu au sein du système capitaliste.


Par contre, je doute personnellement que l'émission de CO2 soit un "bouc émissaire" pour éviter de parler de sujet plus grave. En effet, s'attaquer aux émissions de CO2, c'est s'attaquer à l'un
des plus puissant lobby au monde. On s'attaque de front aux compagnies pétrolières, qui font partie des entreprises les plus puissantes et donc les plus influentes au niveau mondial.


Franchement, si c'était une question de bouc émissaire, il y'a beaucoup moins d'intérêt menacé, et donc de lobby prêt à dépenser des sommes importantes pour protéger les éleveurs bretons qui
polluent les sols au nitrate que pour protéger Total, BP et autres...


Donc, si aujourd'hui Total, BP et autres sont considérés comme les principaux pollueurs, ce n'est pas faute pour ces entreprises de tenter de détourner l'attention sur d'autres au prix de sommes
folles.


D'ailleurs, tu critiques ceux qui ont fondé le GIEC avec un parti pris. Arrête toi un instant à penser à la puissance financière de ceux qui ont tout intérêt à décrédibiliser le GIEC. Rien que
ça, ça fait réfléchir sur quiconque tente de le décridibiliser, sachant que celui qui décrédibilise le GIEC défend tout à la fois les intérêts des émirs du pétrole qu'ils soient arabes ou Russe,
et les intérêts de Total, BP, Exxon, Texaco, Shell et j'en oublie.