Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Archives

11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 13:39

http://img.over-blog.com/312x176/1/94/91/98/Article/GreceLutte.jpg1°/ Retour sur un plan d’aide pas si généreux que ça.

 

La Grèce va donc bénéficier d’un plan d’aide de l’UE sous forme de prêts de chacun des Etats membres. Le montant de ce prêt est 110 milliards d’euros sur 3 ans dont 80 milliards auprès de l’UE et 30 milliards auprès du FMI. Concernant la France, cette aide sera de 16.8 milliards d’euros en 3 ans, dont 3.8 milliards en 2010. Il s’agit de prêts à taux fixe, à 5%.[1]  Ces prêts serviront à refinancer la dette grecque, c'est-à-dire à lui permettre d’emprunter pour payer des dettes arrivées à échéance En effet, si la Grèce devait se refinancer sur les marchés financiers, elle ne se verrait proposer que des emprunts à un taux d’intérêt prohibitif, allant de 8% à 11% sur 10 ans selon les variations du marché [2], taux qui risquent de monter encore si la situation financière grecque continue de se dégrader. On note au passage que l’Etat Grec emprunte aujourd’hui sur 10 ans à un taux entre deux et trois fois supérieur à celui d’un particulier français.

 

De loin, le mécanisme d’aide semble donc démontrer la solidarité de l’UE envers un de ses pays membre. En y regardant de plus près, la réalité est cependant toute autre :

 

La France prête à la Grèce à un taux de 5%, une somme qu’elle emprunte elle-même aux banques commerciales à un taux avoisinant les 3.5%. De plus, les banques commerciales pourront elles-mêmes être amenées à emprunter une partie de cette somme à la Banque Centrale Européenne si elles ne disposent pas de la réserve obligatoire correspondante (cf. plus bas).

Les 3.8 milliards d’euros de prêt, en 2010, de la France coûteront 190 millions d’euros par an en intérêt à la Grèce, répartis comme suit : 57 millions pour l’Etat Français, 135 millions pour les banques auquel il faut éventuellement retrancher les intérêts d’un éventuel refinancement de la banque auprès de la banque centrale (au maximum 760 k€). Notons que si pour les Banques, il s’agit d’un prêt à un taux relativement bas (prêt à un état offrant toutes les garanties) et donc correspond à une marge assez faible, pour l’Etat Français, il s’agit d’un simple jeu d’écriture. Les intérêts pour l’Etat Français sont donc directement une marge venant alimenter les caisses de l’Etat.

Si on extrapole, aux 80 milliards d’euros prêtés par l’UE sur 3 ans, on parvient à des intérêts de 1.5 milliards d’Euros, répartis en 450 millions pour les Etats membres et 1,05 milliards pour les Banques (toujours moins un éventuel refinancement auprès de la BCE, au maximum 16 millions d’€) (NB : ce calcul part du principe que tous les Etats empruntent dans des conditions aussi favorables que la France, ce qui n’est pas le cas).

 

2°/La vraie solidarité européenne : un prêt de la Banque Centrale Européenne

 

Compte tenu de la situation de crise que vit la Grèce, la BCE pourrait prêter directement à la Grèce, à son taux directeur sur 10 ans de 1%  fortement inférieur aux taux des prêts actuellement consentis à la Grèce. C’est une solution simple, efficace et directe, proposée notamment par le PCF et le Parti de Gauche [3].

 

3°/ La planche à billet, les banques, et le Traité Fonctionnel de l’Union Européenne

 

http://img.over-blog.com/300x173/1/94/91/98/Article/Grece.pngCette solution simple serait possible dans d’autres pays. La FED, équivalant américain de la BCE, est ainsi autorisée à prête à des Etats, y compris les USA. Mais en Europe, le traité de Maastricht interdit explicitement cet usage : «  il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres […] d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l'Union […] ou des États membres; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite »[4]

 

Dans le monde entier, le recours à un emprunt auprès d’une banque centrale est fortement réglementé. En effet, emprunter auprès d’une banque centrale, c’est une façon élégante de dire qu’un état va créer de la monnaie, qu’il va « faire tourner la planche à billet ».

Néanmoins, les banques centrales ne sont pas les seules à créer de la monnaie. Les banques commerciales peuvent aussi créer de la monnaie [5] : elles prêtent des sommes dont elles ne possèdent qu’une partie (appelée réserve obligatoire, fixée à 2% dans la zone euros, 8% pour des obligations d’états). De fait, 92% des sommes prêtées est donc potentiellement créée par une banque.

 

De fait, lorsque l’Etat français emprunte auprès d’une banque commerciale pour prêter ensuite à la Grèce, la banque lui prête de l’argent qu’elle a créé à 92% pour l’occasion. La différence avec un prêt auprès de la BCE où la création de monnaie est de 100%  n’est donc techniquement pas d’une grande importance.

 

La BCE maintient des taux directeurs extrêmement bas, ce qui revient à dire qu’elle encourage le crédit et donc la création monétaire par les banques commerciales. A ce moment là, pourquoi ne pas permettre la création monétaire directe par la BCE pour sauver la Grèce ?

 

4°/ L’UE où le renoncement des Etats

La Grèce est aujourd’hui considérée par les agences de notations comme ayant un niveau de risque de non remboursement de sa dette équivalant à un fond spéculatif, et non à un Etat. Mais la vérité est aussi que la Grèce a renoncé, comme tous les autres Etats de la zone euro, à la plupart de ses prérogatives d’Etat indépendant en matière de gouvernance économique, au nom du dogme libérale.

 

Ainsi, la Grèce a renoncé à son droit de création de monnaie au profit de la Banque Centrale Européenne indépendante qui a interdiction de lui prêter de l’argent.

Ainsi, la Grèce a renoncé à son contrôle sur la valeur de sa monnaie, se retirant le droit de la dévaluer, toujours au profit de la BCE, indépendante. Pire encore, la Grèce a donné pour objectif à la BCE de lutter uniquement contre l’inflation, et non pas de favoriser la croissance ou de lutter contre le chômage à l’instar de la FED aux USA. Une dévaluation de l’euro pour aider la Grèce est impossible.

Ainsi, la Grèce a renoncé à son droit de contrôler les flux de marchandises qui entrent et sortent de son territoire au nom de la « concurrence libre et non faussée » en délégant à l’UE la tarification des droits de douanes.

Ainsi, toujours au nom de la « concurrence libre et non faussée », les possibilités d’intervention de la Grèce dans son économie sont contraintes, un Etat européen ne pouvant pas favoriser ou subventionner une entreprise nationale.

Ceci est bien sûr vrai pour tout Etat de l’UE, France comprise.

 

Il ne reste donc à la Grèce qu’une seule variable d’ajustement macro-économique : sa population. D’où le train de mesure extrêmement régressif à l’encontre de la population grecque, sans qu’aucune autre mesure d’ordre macro-économique sur tout autre pan de l’économie ne soit prise.

 

Mais ceci n’est pas une fatalité qui s’imposerait à tout Etat au monde. C’est la conséquence du choix politique pour la Grèce et pour tous les pays européens d’avoir renoncé à leurs prérogatives d’Etat au nom du libéralisme et du « moins d’Etat », laissant ainsi faire le marché.

 

Une autre Banque Centrale, non indépendante des Etats, avec pour objectif la lutte contre le chômage et la croissance, et la crise grecque pourrait être résolue avec bien moins de sacrifice pour la population grecque.

 

[1] : Eaysbourse.com – L’assemblée nationale entérine l’aide à la Grèce.(04/05/10)

[2] : Bellaciao – Faillite de la Grèce : elle doit emprunter à des taux qui ne cessent de monter (20/04/10)

     : Les échos - Les taux grecs à 10 ans au-dessus des 11%, du jamais vu (28/01/10)

[3] :  PCF – Grèce : Austérité et régression sociale ne sont pas la solution (29/04/10)

         Blog de Jean-Luc Mélenchon – Invitée de la matinale sur Europe 1 sur la Grèce (29/04/10)

[4] Traité de Maastricht – Article 104.

[5] Wikipedia – Création monétaire. Et articles liés.

Partager cet article

Repost 0
Published by Laurent MELY - dans Réaction à l'actualité
commenter cet article

commentaires

alexandre 14/05/2012 16:56


"Les intérêts pour l’Etat
Français sont donc directement une marge venant alimenter les caisses de l’Etat."


Et si la grèce n'est plus sovable qui rembourse?


Cette information est tout simplement mensongère (ou trés
imprésice), elle convient certe à convaincre une partie des lecteurs mais pas tous. 


Aprés si vous vous contentez de ça, pourquoi pas.









Pingouin094 14/05/2012 22:39



On ne peut pas tout dire dans un article, sous peine d'être trop long, et mes billets le sont déjà bien assez. C'est tout l'intérêt des commentaires de pouvoir approfondir.


Si les intérêts perçus par la France avaient eu pour but de se prémunir d'un défaut, il aurait fallu qu'ils soient d'un montant autrement plus élevés : Les 10-15% de taux d'intérêts exigés par
les spéculateurs. Mais alors, on n'aurait plus parlé de solidarité, et pour faire la même chose que les spéculateurs, nul besoin des états.


Mais si on parle de solidarité, alors on assume le risque. Et oui, ça veut dire qu'on prend le risque de reporter la dette sur le contribuable Français. Mais alors, plus le taux d'intérêt est
élevé, et plus la difficulté de rembourser est élevée pour la grèce et le risque élevé pour le contribuable Français.


Alors autant aller jusqu'au bout, et prêter via la BCE à taux quasi-nul, comme le propose le Front de Gauche.


Mais les demi-mesures, je crois que depuis les 18 mois environs que cet article a été écrit, on a pu en mesurer le résultat : la Grèce n'a jamais été aussi proche du défaut de paiement.


Mais, 1 an et demi plus tard, l'occasion de sauver la Grèce via des prêts à taux réduits de la BCE est sans doute passée. Je crains qu'il ne reste plus à la Grèce qu'à organiser son défaut, comme
l'argentine l'a fait avant elle, avec un certain succès.