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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 11:54

La réunion de la gauche anticapitaliste du 10 novembre a consacré l’échec des discussions en vue de constituer des listes unies de la gauche anticapitaliste (NPA – PCF – PG et autres organisations telles que Gauche Unitaire, République & Socialisme, La Fédération, Les Alternatifs…) ; échec qui sera vraisemblablement entériné par les votes des militants NPA ce week-end (5 et 6 décembre).

Les différentes organisations anticapitalistes n’ont pourtant jamais été si proches d’un accord électoral :

Ø     Elles se sont entendues sur le 1er tour : listes d’union de la gauche anticapitaliste sur un programme de rupture avec le capitalisme basé sur la réalité des compétences régionales ;

Ø     Elles se sont entendues sur le 2ème tour : fusion proportionnelle au nombre de voix recueillie avec les autres listes de gauche (PS, écologistes) à l’exclusion du Modem, pour battre la droite ;

Ø     Elles ne se sont pas entendues sur le « 3ème tour » : la participation ou non aux exécutifs régionaux avec les autres listes de gauche dans les régions gagnées ou conservées par la gauche.

Ce point, « le 3ème tour », la répartition des postes au sein des exécutifs régionaux peut sembler de second ordre. Il peut sembler n’être qu’un prétexte à une querelle d’organisation. Il n’en est rien. Ce point est au contraire un point essentiel de divergence sur la conception même de ce que doit être la gauche anticapitaliste, j’y reviens dans le 1er § de ce billet.

Néanmoins, eu égards aux enjeux, la nécessité de faire apparaître une alternative crédible et porteuse d’espoir face à la crise économique et à la politique libérale, cette divergence paraît moins importante que l’impérieuse nécessité de s’unir, j’y reviens dans le 2ème § de ce billet.

L’impossible unité

Après des semaines de discussions à la recherche d’un accord, la rupture entre le NPA d’un côté et le Front de Gauche de l’autre a donc eu lieu sur un unique point : faut-il ou non participer à la co-gestion des régions avec la sociale-démocratie dans le contexte d’une société qui reste capitaliste ?

Pour le PCF et le PG, comme pour le NPA, c’est « oui » à 3 conditions :

Ø     Reprise des points essentiels du programme ;

Ø     Rapport de force permettant de mettre en œuvre ce programme ;

Ø     Non participation du Modem à ces exécutifs.

La divergence porte sur la notion de « rapport de force permettant de mettre en œuvre ce programme ».

Ø     Pour le NPA, cela signifie que la gauche anticapitaliste doit être majoritaire au sein de l’ensemble de la gauche, afin d’être en mesure d’imposer sa politique à ses partenaires.

Ø     Pour le Front de Gauche, cela signifie que la gauche anticapitaliste doit avoir suffisamment d’élus (une minorité de blocage) afin d’être en mesure de ne pas se faire imposer leur politique par ses partenaires.

Divergence minime en apparence, mais qui cache une vraie divergence politique de fond : quelle est la voie à suivre pour rompre avec le capitalisme. Schématiquement :

Ø     Pour le PCF et le PG, la participation à des exécutifs permet de rendre crédible ses idées en les mettant en œuvre et en pratique, quand bien même cela nécessiterait de faire parfois des compromis avec la sociale-démocratie.

Ø     Pour le NPA, le fait de ne jamais faire de compromis avec la sociale-démocratie permet de rendre crédible  ses idées.

Cette divergence de stratégie part d’une idée commune et largement partagée : aujourd’hui, l’ « hypothèse communiste », c'est-à-dire la transformation de la société pour rompre avec le capitalisme n’est pas une idée crédible dans la population, elle s’apparente à une chimère, un beau rêve, mais irréaliste. Pour rompre avec le capitalisme, il faut d’abord rendre crédible cette hypothèse communiste. Chacun estime connaître « le » seul et unique chemin pour y parvenir.

La nécessaire unité

Or, à mes yeux aujourd’hui, le problème de la crédibilité de l’hypothèse communiste ne se pose plus en termes de stratégie : participer ou non à la cogestion du système capitaliste et y démontrer ou non qu’on puisse par ce biais transformer la société. Cette stratégie était valable alors que le PCF était un « parti de masse » au dessus de 10% dans les urnes, une des forces qui pèse dans la société et que les organisations trotskistes entendaient grignotées.

Aujourd’hui, le PCF est à lui seul a moins de 5%, et encore loin des 10% même avec le renfort du Front de Gauche. Le NPA l’a sans doute quelque peu grignoté, mais c’est à peine suffisant pour atteindre les 5%, et en aucun cas pour dépasser les 10% Aucune de ces forces ne peut plus aujourd’hui se prétendre « parti de masse ».

Or, c’est là que réside aujourd’hui la question de la crédibilité, plus que dans la stratégie de participation ou non aux exécutifs : l’existence d’un parti de masse, suffisamment important pour peser dans le paysage politique et apparaître comme un recours possible.

C’est pourquoi l’unité est aujourd’hui indispensable et dépasse l’enjeu de la participation ou non aux exécutifs dans le cadre d’une élection :

Une gauche anticapitaliste au dessus de 10% dans les élections, au moment où la crise économique fait la démonstration de l’échec du capitalisme, c’est un enjeu qui va au-delà d’une élection régionale, au-delà d’une élection. Ce serait un signe fort, réel, concret, qu’il existe une alternative possible au capitalisme et qu’elle est partagée par un nombre important de concitoyens. Cela rendrait à nouveau crédible l’hypothèse communiste. L’unité est aujourd’hui nécessaire et indispensable, non pas pour l’avenir des régions, mais pour l’idée même qu’on puisse un jour rompre avec le capitalisme.

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Published by Laurent MELY - dans Elections Régionales
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