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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 22:17

GreceLa crise de la dette hante l’Union Européenne et la Zone Euro depuis plus d’un an. Et elle ne semble pas prête de se terminer. Pourtant, l’Union Européenne n’a pas ménagée ses efforts avec deux plans d’aides à la Grèce, la création du Fonds Européen de Stabilité Financière et même le rachat d’obligations par la BCE en violation des traités européens. Mais rien n’y fait. La Grèce est toujours au bord du gouffre. De nombreux analystes doutent de la capacité de la Grèce à pouvoir un jour payer ses dettes en l’état, d’autres pays sont menacés et pas des moindres comme l’Italie ou l’Espagne. La France elle-même s’inquiète pour sa note ‘AAA’ auprès des agences de notations.

 

Pour toutes réponses, les gouvernements n’ont qu’un dogme libéral : toujours moins d’Etat, toujours plus d’austérité et de rigueur. Ainsi, les états de l’UE se sont volontairement dessaisis d’un certain nombre de pouvoirs régaliens indispensables pour la gestion économique d’un pays. Cela se traduit principalement par l’indépendance et les règles qui entourent la Banque Centrale Européenne et la Zone Euro :

  • La BCE ne prête pas aux Etats, mais seulement aux banques privées !
  • Seule la BCE a le pouvoir de dévaluer l’Euro,
  • La BCE et les banques privées ont un pouvoir de création monétaire, mais pas les Etats.

Ainsi, la Grèce se retrouve tout à la fois incapable de :

  • dévaluer sa monnaie,
  • Emprunter directement à la Banque Centrale à un taux acceptable,
  • Créer de la monnaie,
  • Annuler unilatéralement sa dette

En restant dans le cadre d’une politique capitaliste ultralibérale, il ne reste à la Grèce qu’une solution : l’austérité. Et le plan de rigueur a été extrêmement sévère : réduction du déficit de l’Etat de 6% du PIB, réduction moyenne des salaires de 9%, des retraites de 10%, réduction des importations de 29%, hausse de la TVA de 2%, augmentation de l’âge de départ à la retraite de 5 ans,  pour ne prendre que ces exemples.

Pourtant, cela n’a pas fonctionné. Les marchés financiers continuent d’imposer des taux d’intérêts à la Grèce extrêmement élevés, 14.8% quand l’Allemagne emprunte à 2.9%. Et surtout, le montant de la dette n’a fait qu’augmenter : il était de 125% du PIB en 2009, il est de 158 % du PIB après un an d’austérité, soit 350 milliards d’Euros !

La Grèce n’a donc aucune chance de pouvoir payer un jour sa dette en suivant cette voie. Les analystes estiment qu’il faudrait à la Grèce un excédent budgétaire de 6% du PIB par an pour y parvenir. Un tel niveau d’excédent n’a historiquement jamais été obtenu par aucun pays, autrement que par la rente pétrolière. Et la Grèce part de très bas, puisqu’elle avait un déficit de 14% du PIB avant l’austérité. Après l’ensemble des mesures extrêmement sévère énoncées ci-dessus, elle reste toujours à 6% du PIB de déficit. Réduire encore le déficit de 12% du PIB est donc impossible.

Et ceci d’autant plus que l’ensemble de la zone euro est dans une croissance molle, les mesures d’austérités enfoncent la Grèce dans la récession (-4% en 2010, -2.5% en 2011) tandis que le chômage explose a 12% et atteindra vraisemblablement 15% en 2012

 

On le voit avec la Grèce, les mesures d’austérités mènent à l’impasse. Comme elles ont menés à l’impasse les pays d’Amérique Latine dans les années 70-80, comme elles mèneront la France et le reste de l’UE si elles sont là encore appliquées.

De plus, si la Grèce est réellement étranglée par sa dette, tel n’est pas le cas de la France. Les intérêts annuels que doit payer la Grèce sont d’un niveau tel qu’ils ne laissent plus aucune marge de manœuvre. En France, nous n’en sommes pas encore là. Mais la crainte d’un sort « à la grecque » sert d’épouvantail pour faire passer dans l’opinion des réformes de droite qui susciteraient une levée de bouclier autrement. La réforme des retraites étaient déjà justifiée par la nécessité de garder la confiance des agences de notations. Combien suivront ?

 

Pour sortir de cette crise, il faut d’autres solutions. Il faut que les Etats cessent d’avoir pour unique baromètre la « confiance des marchés » et pour unique horizon le « triple A » des agences de notations.

D’autres solutions sont possibles. En 2001, l’Argentine a annulé unilatéralement sa dette, a rompu avec les logiques libérales de privatisations. Et cela n’a pas été la « fin du monde ». Deux ans plus tard, le pays négociait un accord avec le FMI et retournait sur les marchés, sa santé financière retrouvée.

D’autres solutions existent. Le Front de Gauche en propose, et je les détaillerais dans un prochain billet.

Théoriquement, en tant qu’Etat souverain, la Grèce pourrait prononcer unilatéralement un moratoire sur sa dette extérieure. Néanmoins, les conséquences d’un défaut de la Grèce se ferait ressentir sur les autres Etats de la zone euro. La pression politique des autres Etats sur la Grèce est donc extrêmement forte pour qu’elle n’y recoure pas de manière unilatérale. Intégrée à l’Union Européenne, la Grèce ne peut pas se soustraire à cette pression.

Taux d’intérêt « bund » sur 10 ans au 15 juillet 2011.

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Published by Laurent MELY - dans Billet d'humeur
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