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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 17:01

            Je vous recommande « La Fourmilière » mise en texte par Guillaume Hasson, mise en scène par Alain Mollo et jouée par la troupe du Théâtre de la Jacquerie. La compagnie y représente le monde du travail dans une vaste fresque en quatre actes allant des années cinquante à nos jours.

 

               On y dépeint le monde ouvrier de l’après-guerre, le travail à la chaîne, mais aussi le fils d’ouvrier qui gravit l’ascenseur social et devient cadre. On y voit le jeune fils rebelle, pris dans la tourmente gauchiste de mai 68. Puis le temps passe et c’est l’arrivée de la grande distribution, l’ère des jeunes cadres dynamiques pour ceux qui réussissent. Pour les autres, on découvre l’intérim, les petits boulots. Et puis la machine du temps continue son envol, les jeunes cadres dynamiques découvrent le stress, la compétition. L ’intérim devient les petits boulots, la précarité, le chômage. Pour les vieux ouvriers, l’usine délocalise et c’est la préretraite, les ménages pour boucler les fins de mois. Le passage entre chaque scène est fluide, le personnage de David, journaliste dans un journal qui était de gauche autrefois, rythme les pièces et donne une cohésion à l’ensemble.

 

             Le ton de la pièce est juste, on évite le pathétique, des moments d’humours allègent la tension. Chacun retrouve des moments de vies vécus et les trouvent exacts. Et pour cause, l’auteur n’a pas écrit la pièce du haut de sa tour d’ivoire. Le texte est le fruit d’un long travail de rencontres et d’interviews qui ont donné lieux à de nombreux spectacles intermédiaires présentés à ceux-là même qui étaient mis en scène. Toutes ressemblance avec des personnes ayant réellement existé n’est pas fortuite hasard prévient l’auteur au début de la pièce.

 

             Théâtralement aussi, la pièce est une réussite. Le metteur en scène donne avec brio son intensité à la pièce grâce à un décor minimaliste. Quelques meubles réarrangés au cours de la pièce, une maîtrise des jeux de lumières et une virtuosité dans le changement de costume et de rôle : en quelques instants on passe de l’atelier de l’usine au bureau d’un cadre de la grande distribution. Pratiquement rien n’a changé sur scène, et pourtant on y est. Il faut voir les acteurs mimer les gestes répétitifs du travail à la chaîne, nul besoin de figurer les machines pour ressentir l’automatisme qui règle leur vie. Un grand moment.

 

             Pour connaître les prochaines dates, je vous invite à aller sur le site du théâtre de la Jacquerie. Il est important de souligner que ce travail de longue haleine a été rendu possible par le statut d’intermittent du spectacle et les subventions publiques. Cela rend d’autant plus actuel le combat des intermittents pour défendre leur statut et leur art.

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Published by Pingouin094 - dans Culture
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