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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 23:35

On se souvient du candidat Sarkozy se proclamant l’héritier de Jaurès lors des élections présidentielles de 2007[1]. Dans son discours devant le Parlement réunit en congrès, le Président Sarkozy aura voulu poursuivre sur la même lignée en se référant au programme du Conseil National de la Résistance et au pacte social français.

 

La première partie du discours multiplie les envolées lyriques auxquelles un homme de gauche trouvera bien peu à redire : « Fonder sa compétitivité non sur des politiques sacrificielles qui dégradent le niveau de vie, mais sur la recherche d’une productivité globale par la qualité de son éducation, de sa santé, de sa recherche, de ses services publics, de sa protection sociale (…) ». Puis-je me dire en désaccord avec de tels principes ?

Le Président dit avoir tiré les leçons de la crise : « le modèle français a de nouveau sa chance » dit-il aujourd’hui après avoir vanté les mérites du modèle anglais[2] durant sa campagne, car « tout nous y ramène : la crise économique, la crise sociale, la crise écologique ». Il va même jusqu’à critiquer la mondialisation « qui privilégie la croissance externe, chacun cherchant par tous les moyens à prendre les emplois et les marchés des autres ». L’appel à refonder le capitalisme[3] n’est pas loin, lorsqu’il déclare vouloir faire passer la mondialisation dans une logique « coopérative ».

 

Le peuple de gauche devrait se féliciter de cette conversion du président de la république, sinon à l’anticapitalisme, du moins à la social-démocratie. Mais au lieu de me donner envie d’applaudir, ce discours me rappelle une phrase célèbre attribuée à l’ancien mentor politique de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Car des paroles aux actes, le fossé entre le discours du Président de la République et la politique mise en œuvre par son gouvernement est immense.

 

Nicolas se réfère au Conseil National de la Résistance (CNR) et à son pacte social. Pourtant, depuis le début de son mandat, il n’a eu de cesse de le mettre à bas. Le principe fondateur de la sécurité sociale mise en œuvre par le CNR était « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ». Les récentes réformes instaurant une franchise médicale et incitant à transférer une partie des remboursements sur les mutuelles (où on reçoit en proportion du contrat souscrit) sont en contradiction totale avec le programme du CNR et son pacte social.

Le CNR indiquait également dans son programme : « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques »[4]. De la vente par l’Etat de GDF à Suez aux aides massives aux banques privées, on mesure l’écart entre les idéaux du CNR et la politique mise en œuvre par le gouvernement actuel.

 

Nicolas Sarkozy veut également « fonder (la) compétitivité (…) sur la qualité des services publics ». Dans le même temps, au Conseil de l’Union Européenne, il donne l’accord de la France à la candidature de l’ultra-libéral Barroso pour présider la commission européenne, et soutient des deux mains la politique libérale de l’UE. Cette politique qui, mise en œuvre par Barroso, concourt à la disparition des services publics, renommés d’ailleurs services d’intérêts généraux pour mieux pouvoir les transférer au secteur privé[5].

 

Dans la même phrase, Nicolas Sarkozy déclare toujours « fonder (la) compétitivité non sur des politiques sacrificielles mais sur la qualité de (la) santé ». La loi « Patients et territoire » qui donne pour priorité à l’hôpital la rentabilité financière et rencontre une protestation unanime du corps des médecins, y compris jusque dans les rangs de l’UMP[6], la fermeture de nombreuses maternités à travers la France semblent plus être de l’ordre de la  politique sacrificielle que du renforcement de la qualité du système de santé. La suppression annoncée ces derniers jours de 16000 postes d’enseignants[7] à la rentrée prochaine relève du même ordre dans le domaine éducatif.

 

La litanie des incohérences entre les intentions présentées et les actions passées pourrait continuer encore longtemps. Intéressons nous plutôt aux propositions faites lors du discours.

 

Ainsi, Nicolas Sarkozy dit « pour atteindre l’égalité, il faut savoir donner plus à ceux qui ont moins, il faut savoir compenser les handicaps de ceux auxquels la vie a donné d’emblée moins de chance de réussir qu’à tous les autres (…) il faut le faire sur des critères sociaux. » On cherche dans la suite quelle(s) mesure(s) nouvelle(s) le président va proposer en matière sociale,  mais on ne trouve que la phrase « nous n’éluderons pas la question des niches sociales ». « Donner plus à ceux qui ont moins » passerait par la suppression d’aides sociales ? La cohérence du discours n’apparaît pas d’emblée.

 

Nicolas Sarkozy se demande également « comment se fait-il que nous ayons tant tardé à entreprendre la révolution verte du Grenelle de l’Environnement » Pourtant, l’essentiel des mesures adoptées lors du premier Grenelle, lancée en grande pompe en juillet 2007, n’ont toujours pas été traduites dans la loi deux ans plus tard. Plus encore, le plan de relance annoncé cet hiver par le gouvernement incluait la construction de nouvelles autoroutes, en totale contradiction avec le Grenelle[8].

 

Nicolas Sarkozy déclare également « Je ne sacrifierai pas l’investissement parce que sans investissement, il n’y a plus d’avenir. » Pourtant, il déclare ensuite « Nous irons jusqu’au bout de la réforme des collectivités territoriales ». Réforme qui, au nom de la maîtrise des dépenses publiques et avec la suppression de la taxe professionnelle, mesures encore réaffirmée dans ce discours, nuira aux capacités d’investissement des collectivités territoriales, pourtant premières investisseurs publics, très loin devant l’Etat.

 

Le maître mot de la fin du discours est enfin « nous ne pouvons pas laisser un euro d’argent public gaspillé ». Outre qu’il faut un certain culot pour dire cela lors d’une cérémonie à 400 000 € la journée, on pouvait s’attendre à une déclaration fracassante sur les niches fiscales qui, après un récent rapport de la Cour des Comptes, ont fait récemment les gros titres des journaux économiques[9]. Mais non, aucun mot sur les niches fiscales, par contre « nous n’éluderons pas la question des niches sociales ».  On épargne les riches, on s’en prend au porte monnaie des plus pauvres, nécessairement assistés ou cherchant à tromper le fisc. Ouf, on retrouve enfin nos repères, notre Président est toujours de droite, libéral, et l’ami du CAC 40. Il a seulement troqué une journée bling bling sur le yatch de Bolloré pour une journée dans les fastes pourpres et or de la République. Mais au fond, c’est toujours le même.

 


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Published by Laurent MELY - dans Réaction à l'actualité
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