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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 11:44

Adepte de la méthode Coué, l’Union Européenne veut voir « un pas dans la bonne direction » (cf. article France 24) dans le discours prononcé par Benjamin Netannyahou le 14 juin à l’université de Bar-Ilan ; discours où il a exposé sa vision d’une paix au Proche-Orient.

 

Pourtant, la lecture attentive du discours (texte intégral, en anglais) montre clairement que la nouvelle orientation du gouvernement israélien ne constitue en aucun cas un progrès. Au contraire, il fait preuve dans son discours d’une vision extrêmement partiale de l’histoire et formule de nombreuses exigences inacceptables pour le peuple palestinien.

(remarque : le lecteur me pardonnera si les citations sont en anglais. Pour plus de précision, je préfère me référer à la version officielle et donc en anglais du discours).

Une vision partiale de l’histoire :

our connection to the land of Israel, and the Palestinian population living within it” En une phrase, le cœur du conflit idéologique est dévoilé, sans fard ni artifice. Dans la vision du gouvernement israélien, le peuple juif a un lien « historique » avec la terre d’Israël, sur laquelle vit une population palestinienne qui n’a –elle- aucun lien avec cette terre.

En une seule phrase, l’existence même d’une histoire et d’une culture palestinienne est niée, comme est nié le droit du peuple palestinien à revendiquer cette terre comme sienne. Peut-on construire la paix sur ces bases ?

 

Partant de ce constat, l’histoire est revisitée dans le sens le plus favorable à Israël :

The attacks against us began in the 1920s, escalated into a comprehensive attack in 1948 with the declaration of Israel’s independence” Le premier ministre israélien passe opportunément sous silence les violences des milices juives de l’Irgoun qui perpétuèrent des assassinats et des attentats terroristes dès 1936, contribuant ainsi fortement à inscrire la Palestine Mandataire dans un climat de guerre civile plus de 10 ans avant l’expiration du mandat britannique (cf. Wikipedia, Irgoun)

All this occurred during the fifty years before a single Israeli soldier ever set foot in Judea and Samaria.” L’OLP reconnaît aujourd’hui pour frontière la “ligne verte” de 1967. Ce qui ne change pas pour autant la réalité historique : les soldats israéliens ont conquis militairement entre 1947 et 1949 la moitié du territoire dévolu à l’Etat Palestinien par la plan de partage de 1947 (cf. carte historie Palestine – Israël).

 

Revisiter et réécrire l’histoire de la fondation de l’état israélien permet ensuite à Benjamin Netannyahou de tordre la réalité historique plus récente, en sa faveur :

the simple truth is that the root of the conflict was, and remains, the refusal to recognize the right of the Jewish people to a state of their own, in their historic homeland.“ et plus loin “The Palestinian leadership must arise and say: “Enough of this conflict. We recognize the right of the Jewish people to a state of their own in this land, and we are prepared to live beside you in true peace.”   Et pourtant, l’OLP reconnaît le plan de partage de la Palestine et donc Israël depuis plus de vingt ans (discours de Yasser Arafat devant les Nations Unis le 15/12/88) ! Benjamin Netannyahou ignore-t-il que le Hamas est lui aussi prêt à reconnaître Israël dans le cadre d’un accord de paix global, comme il l’a déclaré à l’ancien président des USA Jimmy Carter en avril 2008  (CNN, 17/04/2008)?

 

The signing of peace treaties have brought about an end to their  (les états arabes) claims against Israel, an end to the conflict. But to our regret, this is not the case with the Palestinians” Les nombreux traités de paix n’ont jamais été intégralement appliqués par Israël. Ainsi, la « Feuille de Route » prévoyait entre autre le gel de la colonisation (y compris l’expansion naturelle des colonies), ce qui n’a bien sûr jamais été le cas. Dès lors, comment s’étonner que les différentes signatures de traités non appliqués n’aient pas amené la paix ?

 

We evacuated every last inch of the Gaza strip, we uprooted tens of settlements and evicted thousands of Israelis from their homes, and in response, we received a hail of missiles on our cities, towns and children.” Benjamin Netannyahou omet soigneusement de dire que si les colons furent évacuer de Gaza, l’armée israélienne en a gardé le contrôle total des frontières terrestres, aériennes et maritimes, maintenant ainsi une autre forme de violence et d’oppression. Cette violence s’est même renforcée avec le blocus total imposé après la prise de pouvoir du Hamas à Gaza. La violence des roquettes du Hamas- pour condamnable qu’elle soit- est la réponse à une autre violence tout aussi condamnable.

 

La vision du conflit israélo-palestinien de Benjamin Netannyahou est donc extrêmement partielle et partiale. Elle donne une idée fausse des origines du conflit et des prédispositions de chacun à le résoudre, ce qui ne peut qu’aboutir à des propositions qui ne sont pas acceptable pour les Palestiniens.

Un ensemble de propositions inacceptable.

Benjamin Netannyahou prononce les mots « palestinian state ». C’est bien le moins qu’il pouvait dire, mais surtout, cela n’a rien de nouveau. Israël tire sa légitimité du plan de partage de l’ONU (résolution n°181 du 29 novembre 1947). En adhérant à l’ONU en 1949, Israël s’est engagé a respecté le droit international, et notamment toutes les déclarations rappelant le droit à un état palestinien. Cet engagement a été renouvelé à maintes reprises et notamment lors de l’acceptation de la « Feuille de Route » en date du 30 avril 2003. Ce qui est nouveau, ce sont les sévères restrictions faites à cette reconnaissance :

 

« "Israel needs defensible borders, and Jerusalem must remain the united capital of Israel ». Voilà en quels termes le gouvernement israélien pose la question territoriale. Il n’y a aucun mot sur les frontières de « 1967 » pourtant reconnue par la communauté internationale (résolution n°242 des nations unies, du 22 novembre 1967), mais seulement la réaffirmation des prétentions israéliennes sur Jérusalem-Est et des frontières « défendables », ce qui laissent augurer d’autres revendications sur des terres palestiniennes, notamment dans la Vallée du Jourdain.

 

we have no intention of building new settlements or of expropriating additional land for existing settlements. But there is a need to enable the residents to live normal lives, to allow mothers and fathers to raise their children like families elsewhere”. Plus encore, Benjamin Netannyahou ne s’engage absolument pas à évacuer une quelconque colonie israélienne pour régler la question territoriale. Bien au contraire, s’il promet de ne pas en construire de nouvelles, il déclare que les colonies actuelles pourront continuer à grossir « naturellement » durant la phase de négociation. Ceci est en contradiction totale avec les engagements précédents d’Israël et notamment la « Feuille de Route » en date du 30 avril 2003. Et on peut se demander quelles seront les exigences israéliennes dans le futur plan de paix pour permettre aux colons de vivre des « vies normales » dans leurs colonies au cœur d’un hypothétique état palestinien.

 

The Palestinian refugee problem must be solved, and it can be solved, as we ourselves proved in a similar situation. Tiny Israel successfully absorbed hundreds of thousands of Jewish refugees who left their homes and belongings in Arab countries.   Therefore, justice and logic demand that the Palestinian refugee problem be solved outside Israel’s borders“La vision partiale de l’histoire sert la logique actuelle. Le premier ministre israélien évite soigneusement de parler des millions de déportés juifs qui au lendemain de la deuxième guerre mondiale sont revenus dans leurs foyers et dans leurs pays d’origine, c'est-à-dire en Europe et non pas en Israël.

D’autre part, l’OLP ne s’oppose pas, bien au contraire, au retour en Palestine des réfugiés juifs qui fuirent les combats de 1947 (réfugiés qui n’étaient pas « des centaines de milliers », mais des dizaines de milliers tout au plus).

Enfin, absorber des « centaines de milliers » de réfugiés dans 78% de la Palestine Mandataire (état d’Israël dans les frontières de 1967) dont on a chassé plus d’un millions de palestiniens ne se compare pas à absorber plusieurs millions de réfugiés dans 22% de la Palestine Mandataire (Cisjordanie et Gaza). La bande de Gaza est déjà le territoire ayant la plus forte densité de population au monde.

De plus, contrairement aux propos de Benjamin Netannyahou, la justice demande (résolution n°194 des Nations Unis en date du 11 décembre 1948) le retour des réfugiés dans leurs foyers d’origine, y compris en Israël. Ce fut le cas pour les déportés juifs de 1945 ; en 1999 l’OTAN a garantie par les armes le retour des réfugiés Kosovars et Serbes au lendemain de la guerre du Kosovo. Les réfugiés palestiniens seraient-ils les seuls à se voir interdire ce droit ? (Cf. article de ce blog sur le droit au retour des réfugiés).

 

Enfin, Benjamin Netannyahou demande que « the Palestinians recognize Israel as the State of the Jewish people”. Si l’OLP reconnaît le droit à l’existence d’Israël (discours de Yasser Arafat devant les Nations Unis le 15 décembre 1988), peut-elle reconnaître Israël comme « l’état du peuple juif » alors qu’un million de palestiniens vivent en Israël et disposent de la citoyenneté israélienne ?

 

Benjamin Netannyahou prononce les mots « état palestinien », mais sur les trois points essentiels de tout processus de paix : frontière de 1967, Jérusalem-Est pour capital, droit au retour des réfugiés, il oppose une fin de non recevoir. Pire encore, le premier ministre israélien nie la légitimité du peuple palestinien sur sa terre.

Enfin, au milieu de son discours, le premier ministre israélien ditSo far I have spoken about the need for Palestinians to recognize our rights.  In a moment, I will speak openly about our need to recognize their rights. Il n’y a pas un mot en ce sens dans la suite. Peut-être dans un futur discours ? Aucune date n’est programmée en tout cas.

 

Dans ces conditions, il ne peut pas s’agir d’une véritable offre de paix, et on comprend que les palestiniens l’aient rejeté (Cf. France-Palestine).

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commentaires

powered files 21/07/2014 12:37

I think this post has much significance in these days. We all are aware of the events going on in the Middle East. Even U N is not able to do anything in this matter. I think Israel is not yet able to produce a valid explanation on these matters.

thanina 24/09/2009 12:50


Merci pour cette lecture objective d'un discours qui n'apporte absolument rien a la paix et deux fois rien pour l'etablissement d'un etat palestiniens . Certains sionistes continuent de voir le
monde , de vivre dans une paranoia totale , des formules toutes pretes et des accusatins repétées inlassablement , heureusement que ce n'est pas la reflexion du peuple juif dans sa totalité .La
vérité jaillira un jour , le droit triomphera parceque comme on le dit chez nous " on ne peut cacher le soleil avec un tamis " bonne journée . A bientot .


Frank 22/06/2009 15:04

Arretez avec vos mensonges communistes faits pour endormir la mefiance des israeliens. La volonte de detruire Israel existe vraiment, elle est meme propagee constament dans les medias palestiniens. D'autre part, le refus d'un etat juif par les palestiniens prouvent bien qu'ils ne veulent pas d'Israel.La vraie raison pour laquelle vous etes contre un etat demilitarise est que cet etat ne pourra pas mener ce programme genocidaire. D'autre part, arretez avec votre faux peuple palestinien indigene. Les seuls indigenes de ce territoires sont les juifs. Les arabes palestiniens sont soit les descendants des colonisateurs arabes du VIIeme siecle, soit pour la majeure partie d'entre eux des descendants d'immigrants arrives sur place pendant le mandat britannique.

Laurent MELY 23/06/2009 09:33


Comment les palestiniens pourraient reconnaître un "état juif", lorsque plus d'un millions d'israeliens ne sont pas de confession juive ? Mais plus encore, après avoir souffert d'un Adolf Hitler
pronant un "état aryen", comme le peuple juif peut-il entendre sans honte un Liebermann prononcer le mot "état juif" et vouloir chasser tous les non-juif d'Israël comme d'autres voulurent chasser
tous les non-aryen d'allemagne ?

 Faut-il en conclure que si Hitler n'avait fait "que" chasser les juifs de son "Lebensraum", alors cela aurait été une idéologie tout à fait acceptable et somme toute peu différente d'"Eretz
Israël" dont il faudrait chasser les palestiniens ? Et que la seule chose condamnable dans le nazisme est d'avoir troqué le charter contre la chambre à gaz, le déplacement forcé de population
contre le génocide ? Tous deux sont pourtant reconnus comme crime contre l'humanité.

Maintenant, apprenez à lire. Dans mes nombreuses critiques du discours de Netanyahou, il y'a une phrase qui n'est pas citée : l'exigence d'un état démilitarisé. Cette exigence est acceptée par
l'OLP et par la majorité du peuple palestinien.

Enfin, si vivre dans un pays depuis 1300 ans ("colonisateur arabe du VIIème siècle") ne suffit pas à établir un "lien historique" avec une terre, je pense qu'il faudrait se poser de sérieuses
questions sur la notion de "français de souche" (je m'en pose déjà, ceci dit).
 Combien de français peuvent certifier que leurs ancêtres vivent en France depuis plus de 1300 ans ? A mon sens, s'il fallait expulser de France, ou même seulement retirer leur droit de vote à
tous les français qui ne peuvent pas prouver leur origine française depuis depuis l'époque Gauloise, il n'en resterait plus beaucoup, des français de souche !
 Plus encore, la communeauté juive a commencé à s'établir de manière importante en France depuis "seulement" 900 ans (XIème siècle). Faut-il en conclure qu'elle n'a pas sa place en france ?
C'est ce que je comprend de vos propos si je fais le parallèle avec les palestiniens. Ce n'est évidemment pas mon point de vue.

Mais peut-être faut-il aussi chasser les américains (présent depuis seulement 500 ans sur le nouveau monde) et refonder l'empire Inca, la nation sioux et les tribus apaches, seuls à avoir un "lien
historique" sur le nouveau monde aussi ancien que celui des juifs en israël.

Mais j'oubliais, avant l'époque des "juges d'Israël", qui étaient sur cette terre depuis plus longtemps encore ? Avant que les colons juifs n'arrivent sur cette terre il y'a 3500 ans, elle était
une partie de l'empire d'Egypte et des pharaons.
Faut-il que l'égypte rappelle ses droits historiques sur Israël-Palestine, remontant non pas à 3500 ans, mais à 4000 ans ? Tout ceci n'est-il pas absurde ?

Arrêtons là, en rappelant seulement que lors du mandat britanique, ceux qui ont émigré en masse, ce sont les colons juifs. Cela fait moins d'un siècle, soit environs 4 générations. Et cela me
suffit à leur reconnaître un droit sur cette terre... dans les frontières de 1967.


Frank 22/06/2009 04:32

Decryptage du decryptageApres avoir extermine 100 millions de personnes et avoir perenise l'antisemitisme en occident sous pretexte de cause palestinienne, les communistes continuent de plus belle et sans remords dans leur projet de destruction des juifs. Les communistes savent pertinement que la vraie cause de cette guerre est la volonte arabe de detruire Israel mais ils essayent d'en rendre Israel responsable pour donner un habit moral a leurs actions haineuses, racistes et criminelles.Le discours de Netanyahu est clair, si les arabes veulent un etat, ils doivent accepter que cet etat ne puisse en aucune maniere etre une menace pour Israel. Tout refus de cette demande prouve que les supporters du pretendu etat palestinien veulent redefinir la notion de "paix" en creation d'un etat terroriste qui continuera la guerre avec les moyens d'un etat.On rappelera au passage que la notion de "peuple palestinien" est une invention du KGB qui a cherche a donner une legitimite et une respectabilite au terrorisme arabe dedie uniquement a la destruction d'Israel.

Laurent MELY 22/06/2009 08:50



La "volonté arabe de détruire Irsaël" est une paranoïa volontairement entretenue par Israël pour justifié sa politique, mais qui n'a plus de raison d'être depuis bien longtemps. La détention
d'armes nucléaires suffit à elle seule à assurer la pérénité d'Israël, même vis à vis des régimes les plus "extrémistes" comme l'Iran. Quant aux palestiniens eux-même, il y'a plus de vingt ans
que l'OLP a renoncé à détruire Israël, et même le Hamas s'y est résolu (cf. déclaration à Jimmy Carter cité dans l'article).


Nier l'existence d'un peuple est une autre invention israélienne, tout aussi néfaste. Comment peut-on nier qu'habitaient en Palestine Mandataire une population, avec son histoire, ses traditions
et sa culture ? Les juifs qui ont émigré en Palestine sont-ils arrivés sur une terre vide de toute population ? Et pour caricaturer encore plus loin, est-ce contre les moutons que les
croisés chrétiens ont été conquérir Jérusalem ? Contre qui sinon contre les ancêtres de ceux qui y vivent encore aujourd'hui ?

Pour les "crimes" du communisme, je ne m'abaisserais pas à répondre. La lecture attentive de ce blog indiquera sans ambiguité ma conception du communisme. Chacun y verra qu'elle n' a
rien à voir avec une dictature comme a pu l'être l'URSS.