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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 14:46

  Lors de la manifestation du 29 janvier, il était frappant de remarquer le nombre de secteurs en grève, chacun avec ses propres revendications. Ici, la Protection Judiciaire de la Jeunesse portant des mots d’ordres sur la réforme de l’ordonnance des mineurs de 1945, là les intermittents du spectacle à propos de l’indemnisation du chômage, plus loin des infirmières et la réduction des postes dans les hôpitaux, des enseignants, des chercheurs, des ouvriers de Renault, de la grande distribution… Mais pourquoi tous ses secteurs sont venus en nombre à une manifestation unitaire si chacun a des mots d’ordres différents qui ne peuvent qu’être noyés dans la masse ?

 

 Plus généralement, la manifestation fut majoritairement ressentit comme étant un mouvement contre la politique du gouvernement. L’appel interprofessionnel des syndicats était d’ailleurs assortit d’un contre-plan de relance.  La manifestation était donc bien une manifestation d’ordre politique, pourtant ce sont les syndicats, et ce de manière unanime, et non les partis de gauche qui y ont appelé. Pourquoi donc les syndicats ont investis le champ politique ?

 

Le plan de relance est vécu comme étant un cadeau aux actionnaires, aux grands patrons, au monde de la finance, au détriment du maintient des salaires, du pouvoir d’achat. On parle de « deux poids, deux mesures », de plan à « deux vitesses ». Bref, d’un plan fait au profit d’une classe sociale et aux dépends d’une autre.  La première vivant des revenus du capital (dividendes, vente d’actions, stock option et autres produits de la bourse  et du monde de la finance), la seconde vivant des revenus de son salaire.

 

 Deux classes sociales, le capital et les revenus du travail, sans prononcer le mot, on en revient à une vieille idée : la « lutte des classes », sous sa forme du XXIème siècle, mais lutte des classes quand même. Si parmi les manifestants, on trouvait du cadre moyen syndiqué à la CGC (Confédération Général des Cadres) au technicien spécialisé syndiqué chez Sud, c’est parceque nous avons tous ceci en commun : être des salariés.

 

Et si on en revient à la lutte des classes, à qui revient-il d’organiser le mouvement, si ce n’est aux organisations spécifiques des salariés,  les syndicats ?

 

C’est un phénomène nouveau, en rupture avec le rôle traditionnel des syndicats et des partis politiques en France depuis l’après-guerre. Cela explique sans doute les tâtonnements et les hésitations pour donner une suite à ce mouvement d’une ampleur remarquable. Qui doit prendre le relais ?

Un débouché politique dans les urnes n’est pas une translation évidente d’un mouvement à l’origine syndical. Et ceci est d’autant plus compliqué que si la gauche est en pleine mutation (tentative de constituer un Front de Gauche LCR-PCF-PG, réorientation du PS par Martine Aubry), pour l’heure celle-ci ne semble pas être en mesure d’être une force convaincante et crédible pour une alternative politique.

Une lutte syndicale dans la durée sur un thème aussi politique est hors du cadre habituel du syndicalisme et est conceptuellement difficile à imaginer. Et pourtant… c’est ce qui s’est fait en Amérique Latine, c’est aussi d’une certaine manière ce qui se passe aujourd’hui même dans un coin de France qui n’est que peu sous l’œil des caméras : la Guadeloupe.

Alors, quelle suite à donner au 29 ? Je suis bien en peine de le dire. Comme d’autres, j’aimerais un mouvement social fort, une grève générale porteuse de grands changements. La manifestation du 29 était le premier pas dans cette direction, mais le chemin pour y parvenir est encore long. Sera-t-il parcouru, je le souhaite, sans oser y croire.

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Published by Pingouin094 - dans Mouvement social
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