Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Archives

7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 19:15

Spectacle écrit, mis en scène et joué par Nicolas Lambert.

 

Cette pièce de théâtre raconte le fameux « Procès Elf » qui a eu lieu de mars à juillet 2003 avec un texte tiré des minutes du procès, l’auteur ayant lui-même assisté à la quasi-totalité des audiences.

 

Théâtralement parlant, il s’agit d’une véritable performance d’acteur. Nicolas Lambert est seul sur scène, interprétant tour à tour chacun des protagonistes, le juge, Loïk le Floch-Prigent, PDG d’Elf, Alfred Sirven son bras droit, André Tarallo, le « monsieur Afrique) et divers autres intervenant comme le procureur, l’un des avocats… Nicolas Lambert bondit littéralement d’un personnage à l’autre, incarnant chacun d’entre eux en adoptant instantanément une posture, un ton de voix qui les font vivre sous nos yeux avec une grande intensité et véracité. Le décor sobre concentre l’attention sur le jeu d’acteur : un baril de pétrole au logo d’elf sert de chair au juge, et les portraits officiels du Général De Gaule, de François Mitterrand et de Jaques Chirac rappellent que l’ombre de ces présidents a plané sur tout le procès. Un jeu d’acteur époustouflant.

 

Mais l’intérêt du spectacle, c’est bien sûr le texte ainsi mis en scène : les minutes du procès Elf, les paroles authentiques des principaux accusés. La première partie du spectacle dévoile peu à peu l’incroyable système qui s’était développé au sein de la société Elf, sur ordre des présidents de la république successif : « un ministère de la coopération bis » dira le Floch-Prigent, répétant des mots que lui auraient dit François Mitterand « Elf a été créé pour ça ». On y apprend comment la société Elf finançait – corrompait plutôt – les gouvernements africains, sur ordre et pour le compte de l’Élysée depuis le Général de Gaule. La pierre personnelle de François Mitterand, mis en œuvre par Loïk le Floch-Prigent et Alfred Sirven étant de financer également l’opposition… On y apprend également qu’une part de cet argent revenait en France pour financer les partis politiques français « tous » dira Alfred Sirven sans jamais prononcer de noms. « L’argent d’Elf qui part en afrique et revient en France, c‘est toujours de l’argent d’Elf » renchérira Loïk Le Floch-Prigent. Un système qui fait froid dans le dos.

 

Mais hélas, le procès Elf ne fut pas le procès de ce système, comme le rappel peu à peu la pièce dans sa seconde partie. « Tenons nous en au cadre strict de la saisine de ce tribunal » répétera plusieurs fois le juge. Le cadre de la saisine du tribunal, c’est l’accusation d’enrichissement personnel du successeur de Le Flock Pringent à la tête d’Elf. Personne n’a accusé les dirigeants d’elf d’avoir corrompu des chefs d’états étrangers sur ordre du gouvernement, ils ne furent accusés que de s’être servi au passage. Et à la question « voulez vous que je cite des noms ? » d’hommes politiques français qui ont bénéficié des largesses d’Elf, le tribunal ne répondra pas, tant et si bien que Loïk le Flock Pringent conclura « je conclus que le ministère public ne souhaite pas que je cite de nom ». Hormis celui d’un mort, François Mitterrand, peu de noms d’hommes politiques français seront cités. Le nom d’Omar Bongo, président du Gabon reviendra quant à lui souvent lors de ce procès par contre.

 

Et c’est là que cette pièce est d’une actualité brulante et troublante. Car ce même Omar Bongo fut l’une des premières personnes que Nicolas Sarkozy appela le jour de son élection pour « le féliciter de ses précieux conseils » et fut le premier chef d’état étranger qu’il reçu. On est en droit de se demander quels conseils Omar Bongo, ancien membre des services secrets français, dictateur du Gabon depuis plus de quarante ans et homme d’état corrompu par la société elf, et donc par le gouvernement français, soupçonné d’avoir en retour financé « tous » les partis politiques français, quels précieux conseils cet homme là a bien pu donner à Nicolas Sarkozy. Et donc, si le procès elf ne fut le procès que d’hommes et non le procès d’un système, on est en droit de se demander si ce système perdure encore aujourd’hui, et si oui, comment ?

 

Pour voir les dates du spectacle.

Partager cet article

Repost 0
Published by Pingouin094 - dans Culture
commenter cet article

commentaires