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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 14:28
 A lire les récentes interventions de Nicolas Sarkozy, à entendre les commentaires autour de moi, certains en viennent dangereusement à confondre laïcité et liberté de culte. Hier, devant le CRIF, Nicolas Sarkozy est revenu sur ses propos antérieurs concernant la religion, disant notamment « Ma conviction est qu’elles (les morales religieuses et laïque) sont complémentaires ».
 
 A mes yeux, cette rectification est tout aussi grave et contraire à l’esprit de la laïcité que celle qu’elle voulait corriger «Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé ». En effet, si la morale religieuse complète la morale laïque, c’est donc qu’un athée - n’ayant pas de morale religieuse puisque non-croyant - a une morale incomplète. Le président de la république défend la Liberté de Culte, chacun est libre d’avoir pour morale celle issue du judaïsme, du christianisme, de l’islam, du boudhisme etc… mais considère l’athéisme comme dépourvu de moral.
 
Ce fait est d’autant plus important qu’il est –à mes yeux- une complète négation de ce qu’est la laïcité « à la française ». De 1789 à au début du XXème, la République Française s’est construite contre l’Eglise Catholique. En 1790, les biens de l’église sont nationalisés et vendus, les membres du clergé doivent jurer fidélité à la république et deviennent fonctionnaire. Le pape Pie VI condamne ces réformes. De très nombreux membres du clergé - ceux qu'on appelera les réfractaires - s’opposeront activement à la naissance de la république et soutiendront le retour de la monarchie. En 1906, le Pape Pie X publie une encyclique "Vehementer Nos" condamnant la loi de 1905 de séparation de l’église et de l’état, mais aussi la démocratie au motif que le peuple ne peut pas décider par lui-même de son sort mais doit se laisser conduire par ses bergers.
 
Pourquoi cette hostilité entre la République et l’Église ? Je n’ai pas la prétention d’être exhaustif, ni même historien. J’en donne une interprétation correspondant à mes valeurs personnelles : Dans l’esprit des Lumières, la République est un idéal en soi avec son système de valeur proclamé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. C’est un idéal en opposition avec les valeurs de l’église catholique jusqu’au début du XXème siècle, comme celle de l’encyclique Vehementer Nos de 1906 condamnant la démocratie.
 
Bien sûr, l’église catholique d’aujourd’hui ne s’oppose pas aux idéaux républicains. Mais un autre phénomène l’a remplacé, qui amène à questionner le rôle de la laïcité : l’émergence de nombreuses « communautés » (je reviendrais sur ce mot plus bas) religieuses en France, et notamment celle de la communauté musulmane.
 
S’il appartient aux religions de définir le bien du mal, alors chaque religion et chaque fidèle d’une religion en auront leur définition propre, ce qui ne peut qu’amener au communautarisme, chaque groupe religieux se refermant sur ceux qui partagent son système de valeur, comme on peut le voir en Angleterre.
 
La laïcité française, c’est pour moi bien au contraire de proposer un système de valeurs universelles (« Liberté, Égalité, Fraternité », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme...) qui transcendent les religions et puissent rassembler toutes celles et ceux qui s’y reconnaissent par delà leurs croyances religieuses.
 
C’est un tout autre projet que celui que nous propose le président de la république par ses déclarations répétées, projet bien plus porteur d’espérance pour avancer dans un XXIème siècle que d’aucun nous promettent être celui d’un « choc des civilisations ».

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